La controverse entourant le spectacle Slav présenté dans le cadre du Festival de jazz de Montréal aura eu raison des représentations devant avoir lieu d’ici la fin du festival.

Le spectacle Slav est annulé

MONTRÉAL — Le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) annule toutes les représentations de Slav en raison de la controverse raciale suscitée par le spectacle mis en scène par Robert Lepage.

Dans un communiqué diffusé mercredi avant-midi, l’organisation du Festival affirme avoir été «ébranlée et fortement touchée par tous les témoignages reçus». Elle tient à s’excuser auprès des personnes qui ont été blessées, et ajoute que cela n’était pas du tout son intention.

Le musicien afro-américain Moses Sumney s’était retiré du FIJM, mardi, en raison de la présence de Slav au sein de la programmation. M. Sumney reproche au spectacle d’être dirigé par un homme blanc (Robert Lepage) et qu’une chanteuse blanche (Betty Bonifassi) y interprète des chansons composées par des esclaves afro-américains. Le Californien de 28 ans a indiqué sur Twitter qu’il ne pouvait présenter sa musique au Festival en bonne conscience après avoir appris que celui-ci continuait à défendre son événement publiquement.

Mercredi, le Festival de jazz indique que l’inclusion et le rapprochement entre les communautés sont essentiels. L’organisation de l’événement estival précise que la décision d’annuler les futures représentations a été prise de concert avec la tête d’affiche du spectacle, Betty Bonifassi.

Dans un communiqué publié mercredi après-midi, Robert Lepage a promis «de réagir à la controverse d’ici la fin de la semaine».

Slav est au coeur d’une controverse depuis la semaine dernière, alors que de nombreuses voix se sont élevées contre la présentation du spectacle qui représente, estiment-elles, une appropriation raciste de la culture noire.

Les Blancs ne devraient pas profiter de l’histoire, de la culture et de la souffrance des Noirs, avait indiqué Lucas Charlie Rose, un artiste hip-hop qui avait même organisé un rassemblement s’opposant au spectacle.

Rejoint par La Presse canadienne, mercredi, le militant Vincent Mousseau s’est réjoui «de cette première démarche afin de rendre la scène artistique montréalaise et québécoise plus anti-raciste». M. Mousseau croit que l’esclavagisme n’existe pas seulement comme fait historique, mais que l’on vit encore ses effets intergénérationnels de nos jours sous la forme de discrimination dans le milieu de l’emploi ainsi que dans les systèmes carcéral et policier.

D’autres personnes, notamment dans les médias, avaient plutôt dénoncé les militants, affirmant que Betty Bonifassi a été touchée par les chants d’esclaves et qu’elle souhaite les faire découvrir au public pour rappeler un pan douloureux de l’histoire.

Selon le site du FIJM, «SLAV: une odyssée théâtrale à travers les chants d’esclaves» permet de «tisser des liens de manière universelle entre différentes pages d’histoire connues et moins connues — ou volontairement oubliées — qui ont mené l’humanité à asservir des peuples».

Le Théâtre du Nouveau Monde avait ajouté 11 supplémentaires de Slav, alors que les billets des cinq premières dates s’étaient envolés rapidement. 

Leurs détenteurs peuvent maintenant obtenir un remboursement au point d’achat.

La 39e édition du Festival international de jazz de Montréal se poursuit jusqu’au 7 juillet.