Anthony Kavanagh retrouve la scène ces jours-ci après avoir évité le pire, avant les Fêtes.

Le retour du guerrier

En entrevue, Anthony Kavanagh est comme un livre ouvert. Il se livre sans détour sur la mort, la vie, l’avenir et les mille et un questionnements qui le taraudent ces temps-ci. Il parle aussi du bonheur — et de la peur — qu’il éprouve à remonter sur scène après avoir frôlé le pire.

« Ça va bien, confie l’humoriste quand on lui demande d’entrée de jeu comment il se porte. Je suis fébrile, mais j’ai une certaine appréhension. Appelons ça une petite nervosité de jeune homme. Ça fait presque deux mois que je n’ai pas fait de spectacles. »

Pour ceux qui l’ignoraient, Anthony Kavanagh a vécu des moments éprouvants l’automne dernier. Après avoir souffert d’une bursite septique, d’une cellulite infectieuse et d’un streptocoque A à la suite de la première médiatique de son nouveau spectacle Showman - Il était une fois Anthony Kavanagh, en novembre, il a été victime d’une embolie et d’un infarctus pulmonaires le mois suivant alors qu’il était en tournée au bout du monde, en Nouvelle-Calédonie. Une expérience qu’il a vécue loin de ses proches et qui l’a profondément marqué.

« Quand ça arrive, on a tellement peur. Je ne pouvais plus respirer et je me disais “pas maintenant, c’est pas le temps” », raconte-t-il.

« Ça change la vie de A à Z. On prend du recul, on réfléchit. On se questionne sur ses priorités et sur ce qu’on veut faire du reste de notre vie. J’ai deux enfants en bas âge, je ne veux pas les perdre », dit-il.

Ces deux avertissements « coup sur coup » lui ont fait prendre conscience qu’il n’avait plus 20 ans. « Mon corps m’a parlé. Je ne peux pas être sur deux continents en même temps... J’étais en avion, en train, en voiture, parfois les trois dans une même journée. J’ai fait ça durant des années, ça s’est accumulé, puis tout à coup, paf ! », ajoute l’homme de 48 ans.

Cet épisode l’a obligé à mettre sa vie sur pause et à annuler tous ses engagements. Quand La Voix de l’Est l’a joint cette semaine, il s’apprêtait à reprendre sa tournée, d’abord à Drummondville (hier) et à Sorel-Tracy (ce soir), avant d’investir le Palace de Granby ce vendredi, 9 février.

Il croisait les doigts pour que tout se passe bien. « Ma forme est… je vais voir. Je m’entraîne, mais le spectacle dure deux heures. Mon entourage me conseille d’en réduire la durée, mais j’ai besoin de voir comment les choses vont aller avant de décider. C’est un spectacle qui me demande beaucoup physiquement et émotionnellement. Pour l’instant, je ne change rien », glisse-t-il candidement.

Spectacle sur la vie
Coïncidence ou prémonition, Showman se veut un hommage à la vie, à l’espoir et au côté positif des choses. À ses talents professionnels, il ajoute sa touche personnelle de mari, de papa et d’homme. Des blagues, de la musique, de l’improvisation, un peu de danse... il touche à tout. « C’est un peu tout ce que j’ai appris en 20 ans, plus le côté humain. Je voulais montrer que je n’étais pas que le garçon aux gros cheveux qui saute partout. C’est plus philosophique. Je veux faire vivre aux gens d’autres émotions ; pas juste les faire rire. »

Il avoue du même souffle que pour arriver à Showman - Il était une fois Anthony Kavanagh, il a dû travailler fort pour l’adapter à partir de son spectacle français. Il y avait, dit-il, des extraits et des moments difficiles à transposer dans un équivalent québécois. Et certains trucs trop culturels n’étaient tout simplement pas adaptables. En bon caméléon — c’est lui-même qui le dit —, il croit avoir réussi l’exercice.

« Ma femme préfère me voir ici en spectacle. Elle me trouve plus fluide, plus naturel. Mon personnage d’avocat haïtien, par exemple, est plus drôle au Québec ! »

Retour au bercail
Ce Québec qui l’a vu naître lui a suffisamment manqué pour qu’il décide, l’automne dernier, de revenir s’y établir avec sa famille. Après de longs séjours de l’autre côté de l’Atlantique et d’innombrables allers-retours Europe-Québec, le temps était venu de rentrer au bercail. Chose qu’il n’avait pas faite depuis environ quatre ans.

Que ses ennuis de santé surviennent au moment de son retour est peut-être un signe, avance-t-il. « Je veux désormais me concentrer surtout sur le Québec, même si j’ai des spectacles ailleurs. Je suis même prêt à animer une émission à la télévision québécoise. Cela me permettrait d’être plus près de ma famille. »

Il pousse pourtant la franchise jusqu’à avouer qu’une année sabbatique avec son clan lui ferait le plus grand bien. Mais sa conscience professionnelle lui dicte d’honorer ses nombreux engagements. Ça et son amour du public.

« Je suis content de remonter sur scène. Tout le monde prend de mes nouvelles. Les gens sont tellement bienveillants, c’est incroyable... »

Pas pour rien qu’il parle de Showman comme « un show d’amour et d’humour »...