Jean-Marie Corbeil et François Maranda présentent leur spectacle Naïfs, à la Maison de la culture de Gatineau.

Le plaisir de la performance

Bien qu’il soient amis depuis plus de 20 ans, les humoristes Jean-Marie Corbeil et François Maranda, qui affichent chacun de leur côté une feuille de route plutôt bien garnie, n’ont officiellement cédé à la tentation de travailler ensemble qu’il y a deux ou trois ans environ.

« Est-ce que ton analyse est une façon de nous [suggérer] qu’on a perdu 17 ans », nous demande du tac au tac François Maranda lorsque, dès le début de l’entrevue, on dresse leur petit bilan de leur carrière, en guise de vérification des faits. Le ton est donné pour une entrevue aussi rythmée et désopilante – et sans doute même aussi absurde parfois – que le spectacle Naïfs,  présenté par le duo au foyer de la salle Odyssée, ce lundi 4 décembre à 20 h (en formule cabaret, donc).

À l’heure ou le stand-up comique est roi, le duo a décidé de miser sur la force rythmique de leur tandem, en dépliant une panoplie de sketches où le théâtre rencontre l’imitation, voire même la chanson et la danse, pour certains numéros. Tout cela baigné dans une cascade d’effets sonores (surtout) et visuels venus renforcer le comique des situations ou les faire « basculer vers autre chose », comme un flashback ou une illustration théâtrale, expliquent les deux humoristes.

« Le soutien sonore arrive à son paroxysme quand on attaque le numéro ‘visuel’, où il n’y a en réalité aucun décor, et où l’univers où l’on est n’est intelligible uniquement grâce aux sons qu’on entend, que je sois en train de taper à la dactylo, d’ouvrir une porte ou de manger mes toasts », illustre François Maranda.

« Il y a donc tout un côté ‘performance’, car tout doit arriver au bon moment », souligne Jean-Marie Corbeil.

Aucune inquiétude du côté de leur sens du timing : les deux acolytes ont prouvé à quel point ils étaient rompus à l’art du doublage cinématographique, eux qui ont investi la Toile avec des capsules vidéo décalées (mais au lip-synch chronométré au quart de poil) parodiant, dans leur auto, des scènes classiques du Septième Art.  

« C’est tout sauf un show de stand-up ; ç’a bien plus à voir avec le spectacle de variétés [...] fantaisiste, à cause des formes humoristiques [proposées], toutes différentes. On ramène une forme d’humour qui n’existe pas vraiment en ce moment », résume pour sa part Jean-Marie Corbeil, heureux de se référer, à titre de base comparative, aux frasques du Groupe Sanguin, ou aux « délires éclatés » de l’émission Saturday Night Live.

La comparaison n’est pas complètement farfelue puisque Dominique Lévesque (du Groupe Sanguin) avait commencé à travailler avec eux quelques mois avant son décès, préciseront dans la foulée les deux humoristes. La mise en scène du spectacle a quant à elle été confiée à Sylvain Marcel.

« Clownumnisme »  

La  notion de « performance », qu’elle soit physique, rythmique ou verbale, est au coeur de l’essence comique du duo. « Tout est très long à maîtriser », indique Jean-Marie Corbeil.

« On dirait que l’humoriste est devenu un polémiste, ces temps-ci. C’est comme si, pour faire un show, il faut que tu brasses quelque chose de sensible ou que tu parles de problèmes sociaux », note-t-il, sans dénigrer cette tangente de l’humour, mais en préférant s’inscrire dans une autre logique que celle de tous ces « clowns-columnists, ou clownumnistes » – le jeu de mot est de son complice Maranda, apparemment au diapason sur le sujet – qui se « donnent une mission » sociopolitique. « Nous, notre mission, c’est pas de prendre position : c’est juste d’être des observateurs de ce qui se passe autour de nous, comme on [bouffons, comédiens dell’arte ou humoristes] le faisait depuis la nuit des temps, et de transformer ça en quelque chose de drôle », mais sans nécessairement chercher à « passer des commentaires ou créer une polémique ».

Ceci n’empêche pas le duo de se frotter au plaisir du « clownumnisme », notamment pour aborder « l’actualité » et les travers du système de santé québécois. Ou encore pour « prendre des positions féministes », ajoute M. Corbeil, évoquant un numéro dans lequel ils camperont des femmes (coécrit à huit mains, avec deux femmes humoristes, mais bien avant les récentes chasses aux harceleurs sexuels sur les réseaux sociaux), montés dans un souci de rééquilibrer un spectacle autrement très porté sur des portraits de gars.


QUAND ? Le lundi 4 décembre 2017 à 20 h

OÙ ? Maison de la culture 

(Foyer de la salle Odyssée)

BILLETTERIE : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca