Dans Le lilas africain, l’histoire avec un grand H se mêle à l’histoire des Grace, une famille blanche d’origine britannique établie en banlieue de Johannesburg dans les années 1960.

Le lilas africain: les enfants de l’apartheid

La dernière fois que Sasha Dominique a présenté Le lilas africain, en 2016, la question de l’appropriation culturelle n’avait pas encore fait tempête dans le monde des arts. Dès jeudi, la comédienne ravivera la vingtaine de personnages de ce spectacle solo à la fois par défi théâtral, par témoignage d’admiration pour l’œuvre de Pamela Gien, et pour rendre hommage aux victimes de l’apartheid en Afrique du Sud. « Je trouve important que cette histoire-là ne sombre pas dans l’oubli. »

Le lilas africain fleurira le Studio B de La Nouvelle Scène pendant quatre représentations, du 28 février au 2 mars.

La Gatinoise signe ici sa première traduction, celle de The Syringa Tree, une pièce autobiographique de la Sud-Africaine Pamela Gien. La première a eu lieu en 1999, à Seattle ; maintes fois primé, le texte a été transformé en roman en 2007.

Dans Le lilas africain, l’histoire avec un grand H se mêle à l’histoire des Grace, une famille blanche d’origine britannique établie en banlieue de Johannesburg dans les années 1960. Elizabeth, six ans, est la témoin candide et innocente des injustices du système ségrégationniste de son pays. La petite est assez grande pour savoir que Blancs et Noirs ne peuvent circuler dans le quartier de l’autre sans permis spécial ; assez éveillée pour réaliser que l’enfant à venir de Salamina, sa nounou xhosa, n’aura pas le droit d’habiter chez les Grace. Et que la fillette devra rester cachée des regards extérieurs, malgré l’amour qui unit les deux familles.

Pour Sasha Dominique, le coup de foudre a opéré lors d’une représentation au Great Canadian Theatre Company d’Ottawa au tournant de la décennie. « J’ai été vraiment fascinée. J’ai beaucoup appris et je me suis même sentie presque coupable de ne pas vraiment avoir su quelle avait été l’ampleur de l’apartheid », explique la comédienne. Selon elle, que des Noirs soient joués par une Blanche ne pose pas problème, au contraire : c’est ainsi que la pièce a été écrite, souligne la dramaturge qui a tenu à ce les spectacles concordent avec le Mois de l’histoire des Noirs.

« Le fait que ce soit une enfant blanche qui raconte ça (plutôt qu’un Noir) fait qu’il y a moins de charge émotive, d’injustice qui l’habite. Elle a un regard de curiosité, d’éveil et de questionnement. Je trouve que c’est une façon très habile de la part de l’auteure de présenter une pièce qui dénonçait tout ça, en quelque sorte, et qui montrait l’ampleur du conflit, mais par le biais d’un conte. D’une histoire. »

Défi(s) artistique(s)

La variété des rôles à interpréter a eu de quoi faire saliver la comédienne chevronnée. Les personnages ont de 3 à 84 ans ; ils sont de cinq nationalités différentes et parlent en tout quatre langues. Elizabeth, ses parents et grands-parents, sa nounou et le peloton de domestiques font partie de cette cohorte, dont certains paraissent sur scène pendant une seule réplique.

Avec un unique costume et aucun accessoire, toute la différence entre ces personnages reposera sur le jeu de l’actrice. « Ça me demande beaucoup de concentration ! s’exclame la principale intéressée. Il n’y a pas de temps d’arrêt. C’est très pointilleux comme interprétation, mais en même temps, c’est un extraordinaire cadeau que je me suis fait ! »

La traduction aussi lui a réservé son lot de défis. L’usage du français n’étant pas répandu en Afrique du Sud, les référents pour transposer les expressions des personnages dans la langue de Molière étaient pratiquement inexistants. 

« Il a fallu que j’invente de sonorités francophones, continue Sasha Dominique. Ça a été un travail très minutieux avec le metteur en scène (André Perrier) pour éviter d’aller dans les clichés et les caricatures. Il y a quatre nationalités noires ; il fallait que je trouve une façon de les rendre différents. Où je plaçais mon son, est-ce qu’une prononciation allait être plus ronde ou plus sèche... »

En mars, Sasha Dominique ira présenter Le lilas africain à Iqaluit devant un public qu’elle espère en bonne partie autochtone. 

« Tout ce qu’ils ont vécu, c’est semblable à l’apartheid. On les a colonisés, vraiment, ajoute-t-elle. Ça va être intéressant de voir la réaction. »

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POUR Y ALLER

Quoi ? Le lilas africain

Quand ? Quatre représentations du 28 février au 2 mars

Où ? La Nouvelle Scène

Renseignements : nouvellescene.com