Oui, l’humour provocateur a encore de l’avenir, selon Maxim Martin. La rectitude politique a atteint un extrême : « ça ne pourra pas continuer longtemps», prophétise-t-il.

Le lâcher prise de Maxim Martin

Toujours prompt à faire un doigt d’honneur à la rectitude politique, Maxim Martin s’amène à Gatineau avec son cinquième spectacle solo, simplement baptisé «Fuckoff», pour clarifier les choses d’entrée de jeu.

« Le show commence en attaquant de front cet espèce d’abcès qui contamine la société », mais « le but » de Fuckoff n’est pas non plus d’être politiquement incorrect pendant une heure et demie, précise d’emblée l’humoriste.

« C’est pas un “F**k off” agressif, pas un “f**k you!” C’est pour ça que je l’ai écrit [le titre] en un mot », ce qui exprime davantage « un espèce de lâcher prise », explique-t-il. Prononcé vite fait, « Fuckoff! » est pour lui surtout synonyme de: « C’est pas si grave que ça, au bout de la ligne ! »

Son spectacle devient le lieu d’un « fuckoff à tout », non pas réservé seulement à la rectitude politique, poursuit le désormais quinquagénaire, en précisant qu’il n’est ni « en crise d’adolescence », ni sur le sentier de « la guerre ». Il dit même être au contraire plutôt relax, dans la distance vis-à-vis de tout ce qui serait susceptible de l’énerver, parce qu’« il voit les choses différemment ».

Et bien que le titre ne fasse rien pour polir l’image de gars insolent et provocateur, voire vulgaire, que traîne Maxim Martin, l’humoriste note que ce que les critiques retiennent du show, c’est « le sourire et la bonne humeur contagieuse » du bonhomme qui arpente la scène. Car, en définitive « celui qui passe au cash, le plus souvent, dans ce spectacle: bien, comme d’habitude, c’est moi ! » analyse-t-il.

Il ne faudra d’ailleurs peut-être pas trop chercher d’autre moteur ou fil conducteur à Fuckoff que « l’envie de réapprendre à rire de soi ». Et Maxim Martin se pique de prêcher par l’exemple, « l’autodérision » dans le tapis.

Authenticité et autodérision

Quant à savoir quels sujets, de controverse ou non, sont plus précisment inclus dans ce « tout » qu’il envoie promener sur scène... Maxim Martin se fait avare de détails, préférant que le public vienne découvrir son spectacle en personne, et qu’ils en jugent le contenu sur pièce.

« De façon générale, je confronte ma virilité, je fais le procès des générations, tant la mienne que celles qui précèdent et celles qui suivent; je m’attaque à mon éternel célibat. Je partage quelques anecdotes de voyages (parfaitement authentiques: « Je n’ajoute pas de faux détails, dans mes anecdotes »), tout ça pour mieux donner un portrait du clown que je suis rendu» , dit-il. « Et puis ça finit sur un boutte assez croustillant », promet-il.

À l’écriture, « j’ai eu beaucoup de plaisir à être aussi incisif que je l’étais », et ce, tout en tenant compte du « nouveau baromètre de la société ». « C’est pas parce que la société s’en vient ‘beige’ que moi je pouvais me permettre de l’être » ou de « modifier mon style d’humour ». Ç’a même été « un beau défi créatif », dira-t-il.

« Je crois que les gens ont une écœurantite un peu aigue » de la rectitude politique. Nombreux, parmi les spectateurs et ses collaborateurs, lui suggéreraient d’aller « plus loin ». « C’est la première fois de ma vie que ça m’arrive, s’esclaffe-t-il. Moi je trouvais que ça allait assez loin ! »

Les limites et les extrêmes

« Le show commence en rappelant qu’en humour, on a testé les limites » avec le temps — et tant mieux, car « c’est exactement ça [notre] rôle de fou du roi » — et que, par un effet de retour de balancier, le grand public a développé une frilosité, une susceptibilité, et des réflexes de crispations bien-pensantes. « Là, on s’en vient trop fort d’un côté [celui du camp des outrés]. Faut revenir au centre. »

Oui, l’humour provocateur a encore de l’avenir, selon Maxim Martin. La rectitude politique a atteint un extrême : « ça ne pourra pas continuer longtemps», prophétise-t-il.

Et en ce qui le concerne lui, personnellement, il n’est pas inquiet de pouvoir continuer à pousser les limites encore longtemps.

«Ça a pris du temps avant qu’on comprenne c’est qui, Maxim Martin, mais depuis mon livre — Excessif, une autobiographie parue en 2016, dans lequel il ne cachait rien de ses dépendances et de ses vulnérabilités — les gens ont compris que je suis juste un gars qui n’a pas eu peur de se regarder dans le miroir et de faire des changements qu’il était plus que temps que je fasse... Je me suis perdu dans la trentaine. Et rendu à quarantaine, j’ai recollé les morceaux.»

Il estime aussi que «les fans se sont ajustés» à lui, au fil des chroniques qu’il signait dans la presse.

Les perceptions du public ont changé depuis qu’on connaît mieux sa sensibilité, ses failles, sa famille ou sa passion pour les marathons et autres triathlons, évoque-t-il. «Je n’ai plus juste l‘air du gars en tabarnak. Ça me permet d’aller plus loin, je crois.»

Quant aux autres... Fuckoff!

«Si tu prends tout au premier degré, je ne te veux pas dans ma salle, de toutes façons!» conclut-il.

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LE QUÉBEC, LE CHAMPION DE LA VICTIMISATION

«Une société qui joue constamment la victime est pour moi une société faible», raconte Maxim Martin. Or, «au Québec, on est les champions de la victimisation. Tout le monde se trouve des raisons d’être victime.» 

Et le phénomène n’est pas récent, argue-t-il, lui qui a aussi eu l’occasion de comparer sur les planches, en France, aux Etats-Unis et au Québec, l’effet de certaines blagues ironiques de froisser l’orgueil national. 

C’est au Québec que cela a été le plus mal reçu, se souvient-il. «Pourquoi tu dis ça !? Kesstuveudire ? Pas vrai, on n’est pas toutes comme ça !» poursuit-il sur un ton larmoyant qui imite les doléances entendues. 

Puis de sa voix normale, il coupe sèchement cet interlocuteur invisible : «Ta gueule ! T’es venu voir un show ! Va voir ton psy ! Change de pilules ! Je commencerai pas à faire le thérapeute pour toi !»

POUR Y ALLER

Quand ? Le 22 novembre, à 20 h

Où ? Polyvalente Nicolas-Gatineau (PNG)

Renseignements : ovation.qc.ca ; 819-243-2525