Dans The King and I, Angela Baumgardner partage la scène avec 32 autres interprètes, dont six enfants.

Le féminisme subtil d’Anna et le roi

Le personnage de Hannah dans la comédie musicale The King And I (Anna et le roi) constitue le tout premier « rôle titre » d’Angela Baumgardner dans une production Broadwayenne. « le ‘I’ », rigole-t-elle.

Il s’agit aussi de sa première participation à une tournée d’ampleur nationale, pour cette comédienne qui s’est fait connaître dans diverses comédies musicales inspirées de l’univers de Disney, et jouées en Californie.

La jeune femme partage l’affiche avec l’Hawaïen Pedro Ka’awaloa, qui campe le roi de Siam, dans cette version itinérante d’une production recréée en 2015. Ce quatrième revival (la production originale date de 1951) a remporté quatre prix Tony, dont un pour les costumes (conçus par Catherine Zuber) et celui de la meilleure chorégraphie (signée Christopher Gattelli, mais assez fidèle aux danses créées par Jerome Robbins en 1951).

Rappelons que le comédien Yul Brynner y brillait déjà dans le costume du roi Mongkut de Siam (le royaume deviendra la Thaïlande). C’était cinq ans avant l’adaptation cinématographique qu’allait en tirer Walter Lang ; Brynnner reprendra le rôle sur scène jusqu’au milieu des années 80.

« Je suis originaire d’Oklahoma, et la première comédie musicale dans laquelle j’ai jouée, quand j’étais à l’école, était Oklahoma, qu’ont composée Rodgers et Hammerstein », le célèbre duo de compositeurs américains auteur de The Sound of Music, et qui est aussi à l’origine du musical The King And I.

« Je l’adorais. Alors, quand j’ai entendu parler de la tournée du revival de 2015, j’ai immédiatement contacté mon agent pour lui dire que je voulais être auditionnée pour le rôle. Et je l’ai eu ! » se réjouit Angela Baumgardner.

Femme de principes

« J’adore la force de ce personnage. Anna tient vigoureusement à ses principes. J’aime aussi sa tendresse, car elle a une faiblesse pour les enfants. Je me sens très proche d’elle, dans ces deux aspects de sa personnalité. »

Anna, poursuit-elle, « ressent profondément cet appel, elle a la conviction que son destin est d’aller au Siam », s’occuper des enfants du roi et de ses concubines.

Angela Baumgardner

L’Américaine apprécie toute la pugnacité de son personnage, qu’elle voit comme une pionnière. « Elle s’est donné un objectif, et elle le suivra jusqu’au bout. Elle s’y accroche, en dépit de tous les défis qu’elle rencontre. »

Le récit est tiré d’un roman de Margaret Landon paru en 1944, lui-même inspiré des souvenirs d’Anna Leonowens, une Britannique qui devint la gouvernante du roi de Siam, autour de 1860. La pièce lui fait jouer un rôle un peu plus politique.

« J’aime aussi le fait que, même si elle vient pour enseigner, en définitive, elle va apprendre beaucoup. » Et c’est précisément, croit-elle, « ce qui rend cette œuvre très actuelle, et ce qui lui donne toute son importance aujourd’hui », à travers son message qui incite à « chercher à comprendre ceux qui sont différents de nous », à respecter la différence.

La pièce, malgré son âge, porte en elle des traces de féminisme, à travers « le thème de la valorisation et le renforcement du pouvoir d’action (empowering) des femmes », soutient l’actrice. The king and I « comporte trois rôles de femmes fortes », détaille-t-elle : Hannah, Tuptim (une jeune esclave promise au fils du roi, et campée par Paulina Yeung) et Lady Thiang (la première épouse royale, interprétée Deanna Choi).

Collaborer pour avancer

« J’ai le sentiment que chacune d’elles trouve des façons pour que le pays progresse. J’ai l’impression que Hannah réussit à les apprivoiser un peu, qu’elle les aide à s’élever », analyse Angela Baumgardner, convaincue que penser et agir au bénéfice des générations futures est synonyme de sagesse – même si elle n’a « pas encore » d’enfants.

Pedro Ka'awaloa est le roi du Siam dans «The King and I».

La comédienne a l’habitude de travailler avec le jeune public, à qui elle enseigne le chant. « Pratiquement tous » les spectacles auxquels elle a participé mettaient en scène des gamins, dont elle jouait la mère, ou une figure maternelle (Mrs Potts dans Beauty And the Beast; Mrs Darling dans Peter Pan, etc.).

La distribution du King and I en comprend six (sur 33 interprètes).

« J’adore travailler avec les enfants. Ceux qui sont avec nous en tournée sont de grands travaillants : ils font [comme les adultes] huit représentations par semaine, le soir, en plus d’étudier et de faire leurs devoirs scolaires, durant la journée. Ils sont... précieux. Quand ils me voient, ils viennent me faire un câlin comme si j’étais vraiment leur maîtresse d’école ! Ils sont si mignons ! » sourit-elle, émue.

Les scènes qu’ils partagent avec elle portent également le thème de l’échange interculturel, note-t-elle en mentionnant par exemple la danse des éventails, que les enfants essaieront d’apprendre à Anna, après que celle-ci leur aura enseigné les rudiments du menuet. « Je vois ça comme un joli exemple de brassage culturel ! »

Au fil de cette production royale, l’interprète de Hannah enfile sept robes différentes – sa garde-robe est exactement celle qui a été récompensée par le prix Tony. « Je me sens comme une princesse », même si la dernière qu’elle doit enfiler – au moment d’interpréter la classique Shall We Dance – pèse environ 40 livres. C’est « la plus grosse et la plus lourde » des sept. Mais comme la chanson constitue « un des moments les plus émouvants du spectacle », et qu’elle est aussi sa « préférée du show », elle endure le costume sans broncher.

Ceci dit, la pièce, malgré ses aspects plus politiques, demeure une comédie d’une grande légèreté : « Le public est surpris de voir à quel point la pièce est drôle », conclut Angela Baumgardner.

POUR Y ALLER :

Quand ? Du 12 au 17 mars, à 20 h (et en « matinée » le 16 à 14 h ; le 17 à 13 h)

Où ? Centre national des arts

Billets : 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca