L’humoriste granbyen Yannick de Martino sera de passage le lundi 29 octobre, dans le foyer de la salle Odyssée (à guichets fermés).

Le barde baroque Yannick de Martino en spectacle à Gatineau

Baroque : du portugais « barocco », « de forme irrégulière », selon le Robert illustré 2013. L’expression désigne quelque chose « qui est d’une irrégularité bizarre », « qui est à l’opposé du classicisme ». Dans un autre scénario, elle aurait aussi servi de titre autodérisoire pour le premier spectacle solo de Yannick de Martino.

En humour, les titres de spectacles en un seul mot ont la cote. Comme Velours, comme Déplaire, comme Ça. Baroque aurait été « une belle manière d’exprimer, avec un meilleur vocabulaire » la singularité à la fois du one-man-show de Yannick de Martino et de lui-même. « En fait, “baroque” est plus une définition de moi-même que du spectacle ! », se corrige le barbu de 29 ans.

Son choix s’est enfin arrêté sur un titre six fois plus long et sur une affiche le montrant en train de caresser une vache. Les dalmatiens sont énormes en campagne (la « pognez»-vous ?) sera testé à guichets fermés devant le public gatinois, le lundi 29 octobre, dans le foyer de la salle Odyssée. « J’aime comprendre les codes établis de ce qui se fait et aller totalement à l’opposé », résume le finaliste dans la catégorie Découverte de l’année au Gala les Olivier 2018.

« J’aimerais que l’on comprenne mon ton avec seulement une image. En entendant le titre, beaucoup de gens ne comprendront pas la blague et penseront que c’est de l’humour absurde, mais en voyant l’affiche ils verront qu’il y a un gag. C’est le ton de mon humour : on pense que c’est n’importe quoi, mais finalement c’est nous qui n’avons pas assez réfléchi pour comprendre que j’allais quelque part. »

Hormis sur l’affiche, il ne sera pas question de plaisirs campagnards ou d’expertise canine dans le spectacle. Pour initier les plus perplexes à son univers déroutant, de Martino commencera par se présenter en revenant sur une période charnière de sa vie : ses 18 ans. En l’espace d’un an, il a fait la rencontre, puis le deuil de son père, et son fils est né. « Je n’avais vraiment pas de sous. Je n’avais même pas de compte de banque ! se souvient le Granbyen. J’arrivais à Montréal, j’allais dehors avec des pantoufles qu’un ami m’avait données et qui avaient de bonnes semelles, et je me coupais les cheveux moi-même avec des ciseaux à viande. »

Autre moment décisif : il a participé « sur un coup de tête » au concours En route vers mon premier gala Juste pour rire, qu’il a enfin remporté en 2011. Dans les dernières années, comme résident au festival Zoofest, il a écrit et livré cinq spectacles d’une heure. Aujourd’hui, il apparaît dans la série web Les Prodiges, coanime le podcast Ça ou ça et joue parmi la distribution de Like-moi ! depuis la dernière saison de l’émission – les trois projets sont aussi finalistes aux Olivier. Son premier spectacle, en rodage pour cinq mois, sera cristallisé en mars.

Dans la deuxième partie du spectacle, l’« overthinker » pleinement assumé débitera un flot de réflexions insolites ou complètement terre-à-terre « dans le même champ lexical que (son) poème sur la goberge » – référence à un hommage au similicrabe vu plus de 76 000 fois sur YouTube. Le « suranalyste » livrera ses réflexions à double niveau sur l’apocalypse, la pollution, le créationnisme ou sur les problèmes propres aux Nord-Américains.

En 2011, de Martino blaguait qu’il était incapable de faire de l’humour à messages, car « ça finit toujours mal ». Est-il devenu l’éditorialiste qu’il redoutait ? L’opinion, avance-t-il, n’est pas que l’affaire de ceux qui rient explicitement de la politique ou des maux de la société. « Tout le monde est porteur de messages, croit-il. Quand on crée quelque chose, il y a toujours un point de vue. Je ne pense pas que quelqu’un soit capable de monter sur scène en n’ayant aucune opinion dans ce qu’il présente. Dans ce sens-là, tout le monde est un humoriste à messages. Ensuite, c’est aux gens de capter ces messages-là ou pas. »

Les dalmatiens sont énormes en campagne reviendra hypnotiser les Gatinois le 20 septembre 2019 à l’auditorium la polyvalente Nicolas-Gatineau.