L'humoriste québécois, François Bellefeuille

La perfection de l’imperfection

437 spectacles, plus de 300 000 billets vendus, le prix du Spectacle d’humour/meilleur vendeur au dernier gala des Olivier : avec un seul spectacle à son actif, François Bellefeuille est vite devenu une figure incontournable de l’humour au Québec. Et sous des dehors d’échevelé colérique, se cache un homme sensible et réfléchi, qui est loin de tenir son succès pour acquis. Le Soleil l’a rencontré, à quelques semaines de la première montréalaise de son nouveau spectacle, Le plus fort au monde... dont il donnera un léger avant-goût à Orléans, le 12 janvier, à l’occasion d’une soirée de rodage – donnée à guichets fermés.

Q    Comment as-tu choisi le titre de ton nouveau spectacle, Le plus fort au monde ?


R    C’est à travers les yeux de mon fils que je suis le plus fort au monde. Mon fils a 2 ans, ma fille 6 mois, et elle va penser la même chose bientôt. Pour elle, pour l’instant, tous les hommes sont barbus comme moi. (Rires) Je ne parle pas que de mes enfants dans le spectacle, mais disons que c’est la chose qui a le plus changé, ma réalité de père, comparé au célibataire endurci et mal-aimé qu’était la trame de fond de mon premier one-man-show.

Q    Est-ce toujours le même personnage ?

R    Oui, mais il a évolué un peu, il est plus mature. (Sourire) Moi aussi j’ai évolué comme humoriste, on s’améliore tout le temps, surtout en début de carrière… j’espère, sinon, ce serait dommage. Je connais mieux mon métier, j’ai eu un gros succès avec le premier [spectacle], qui m’a permis de réaliser exactement c’est quoi, « divertir une foule ». 

Je mets énormément d’efforts à ce que le spectacle soit le meilleur possible, et la réponse du public est extrêmement importante : j’aime les rodages, j’aime peaufiner. Le scientifique en moi [c’est un ancien vétérinaire] voit l’humour comme une chose à toujours améliorer. 

Q    Peut-on dire que ton personnage a appris à « gérer sa colère » ?

R    J’utilise beaucoup la colère, mais je dirais qu’il est plus soupe au lait que colérique, comme moi dans la vie. Maintenant, je n’ai pas peur des moments plus calmes, moins énergiques, j’en ai saupoudré plus dans mon show, j’apprécie ça davantage qu’avant. 

Tu sais, une de mes tantes m’a dit il y a deux ans qu’elle n’irait jamais voir Louis-José [Houde] parce qu’il parle trop vite. C’est une fausse perception. Au début, on l’a juste étiqueté comme ça.

Quand j’ai commencé mon style, j’étais vraiment dans la colère dans le tapis, et tout le monde me disait que je ne serais jamais capable de faire un show complet… et ils avaient raison : impossible de faire plus que sept minutes dans cette intensité-là. Mais à la télé, les gens voient un numéro pour lequel il y a du montage, on va à la pause, et moi je suis au sommet de ma colère. Et beaucoup de gens n’ont que cette image de moi. Mais c’est loin d’être comme ça pendant une heure et demie : quand ce moment-là arrive, c’est calculé, et on a du fun. J’aime la colère dans le plaisir.

L'humoriste québécois, François Bellefeuille

Q    Après une première tournée très prenante, tu n’aurais pas voulu prendre un temps d’arrêt avant un deuxième spectacle ? 

R    J’ai l’urgence de m’améliorer et de me rendre au maximum d’où je peux me rendre en humour. Je n’ai pas commencé l’humour à 20 ans, et on n’est pas éternel.
Actuellement, j’ai l’énergie pour faire quatre shows par semaine, alors j’en profite. Je goûte
à mon rêve actuellement, et j’en veux encore. 

Je ne veux jamais arrêter de faire de la scène, j’aime trop ça. Si ce n’est pas une tournée, ce sera les comedy club. C’est ce que j’adore avec Le Bordel [dont il est un des propriétaires] : c’est près de chez nous, je couche les enfants, et je pars faire mon show, et ils n’ont même pas l’impression que je suis parti de la maison.

Q    Tu sembles très exigeant envers toi-même…

   Oui… un peu trop même. (Rires) Mais depuis que j’ai des enfants, ça a calmé un peu mon côté perfectionniste, parce que je ne peux pas être aussi pointilleux que je l’étais avant, je manque de temps. 

Je suis un perfectionniste légèrement guéri par ses enfants. Parce que c’est négatif, être perfectionniste. Longtemps j’ai vu ça comme une qualité, mais je ne le vois plus comme ça. On se vante souvent de ça, mais ça dérange, on est toujours en train de penser à ça, pis la perfection, on ne peut jamais l’atteindre, on ne devrait pas trop avoir d’anxiété par rapport à ça, juste être le meilleur qu’on peut être.

Je vois bien maintenant que, des fois, je pourrais passer plus de moments en famille que de gosser sur des virgules.

POUR Y ALLER

Maison de  la culture de Gatineau

Les 26 et 27 janvier et le 22 février, 20h

819-243-2525; salleodyssee.ca