La pièce de théâtre L’État de siège, d’Albert Camus sera présentée du 15 au 18 novembre au Centre national des arts.

La pensée camusienne sur un plateau

Le Théâtre de la Ville présente régulièrement des spectacles en danse au Centre national des arts, mais pas en théâtre. « Peut-être il y a 30 ans », se remémore vaguement son directeur, le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota.

La célèbre institution érigée au cœur de Paris, à deux pas de la Seine et de Notre-Dame, s’exporte en tournée nord-américaine avec la pièce de théâtre L’État de siège, d’Albert Camus. Après New York et Boston, où elle a suscité des discussions animées, elle sera à l’affiche du CNA du 15 au 18 novembre, avec une présentation spéciale sous-titrée en anglais le 17 novembre.

Ce projet d’envergure s’accompagne également d’une projection gratuite du film 1984, de George Orwell (à la Quatrième Salle, le 14 novembre à 19 h), ainsi que d’une table ronde Penser l’état d’urgence : terreur et angoisse dans la politique contemporaine (15 novembre, 18 h).

Faut-il préciser que cette œuvre plus confidentielle de Camus, créée en 1948, offre un terreau fertile au débat ?

L’écrivain et journaliste né en Algérie en 1913, nobélisé en littérature en 1957, n’a écrit que quatre pièces de théâtre. Il fut un « grand penseur politique, sociétal, qui s’est engagé contre la peine de mort en 1948 » résume le metteur en scène joint à Paris, entre deux voyages.

Parmi ce corpus, L’État de siège n’a peut-être pas eu le même rayonnement que Les Justes ou Caligula, plus souvent étudiées et montées au théâtre, mais ses questionnements sur la liberté, le pouvoir totalitaire et la résistance trouvent un indéniable écho contemporain, défend M. Demarcy-Mota.

La peur entretenue

« Que fait-on face à la montée des extrêmes aujourd’hui ? » s’interroge-t-il, soulignant la contemporanéité de la pensée camusienne.

« On le voit aujourd’hui, Trump passe son temps à commenter le monde par des tweets. Camus prédisait qu’on rentrerait dans une époque où la polémique remplacerait le dialogue. Aujourd’hui, le fait polémique devient soi-disant de la pensée. » Trump a succédé à Obama, phénomène « très camusien » : « il ne suffit pas de connaître le mal, il faut savoir en guérir », cite-t-il en reprenant une réplique de la pièce.

Continuer à s’indigner, à résister face à une corruption pas tant politique qu’humaine : L’État de siège transporte les vieux démons de son époque (1948), juste après le nazisme et tout ce qui avilit l’homme. 

« La peur, développée et entretenue, est aussi l’un des grands thèmes fondamentaux de la pièce », complète le metteur en scène, philosophe de formation universitaire, qui monta également Rhinocéros de Ionesco.

« Je m’intéresse aux œuvres capables de faire le pont entre des problématiques appartenant au XXe siècle et le XXIe, siècle dans lequel je ne crois pas que l’on soit encore entré ». 

Camus avait imaginé un théâtre total pour la mise en scène de ses idées : musique, farce, chœur, et même mime. Cette multidisciplinarité, Emmanuel Demarcy-Mota l’a toujours revendiquée dans les troupes et institutions qu’il a dirigées. En fervent défenseur d’un théâtre sans frontières, libre de traverser les siècles et les formes d’expression dramatique. 


POUR Y ALLER

Quand ? Du 15 au 18 novembre, 19h30

Où ? CNA

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787