Le dirigeant de La Nouvelle Scene ne craint pas une fermeture.

La Nouvelle Scène garde espoir

Les coupes provinciales de 2,9 millions $ dont est victime La Nouvelle Scène (LNS) Gilles Desjardins, à Ottawa, ont rebondi à Queen’s Park, jeudi matin.

Le député du Nouveau parti démocratique (NPD) Guy Bourgouin a profité de la période de questions de l’Assembléée législative de l’Ontario pour dénoncer – en français – ce coup de hache dans dans la culture francophone, un geste qu’il a qualifié d’«absolument irresponsable».

«Ce n’est pas suffisant pour vous d’éliminer le Bureau qui défend nos droits constitutionnels et d’annuler ce qui devrait être notre université ? » a tonné le député Bourgouin à l’adresse du gouvernement progressiste-conservateur (PC). «Pourquoi êtes-vous si déterminé à attaque la communauté franco-ontarienne?» a poursuivi le député dans Mushkegowuk-Baie James, qui se faisait l’écho de la consternation des francophones de la province.

Ce à quoi le ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport Michael A. Tibollo a rétorqué que jamais son gouvernement ne prendrait une décision destinée à nuire à la communauté francophone — laquelle «fait partie intégrante de ce que nous sommes, les Ontariens» — et que c’est la seule «responsabilité fiscale » de son parti qui avait dicté cette décision.

Le ministre a ensuite expliqué que LNS n’avait pas fourni le plan de mise en œuvre qui aurait permis au ministère de juger de la pertinence de cette subvention, ni de son aspect prioritaire.

La somme, promise par le précédent gouvernement libéral en mai 2018, était destinée à libérer La Nouvelle Scène de sa dette de 2,9 millions $, contractée lors de ses travaux d’agrandissement entrepris en 2014-2015.

Le ministre Tibollo a réitéré que ses portes restaient ouvertes. «La Nouvelle Scène est invitée à travailler avec nous pour trouver des façons de trouver du financement.»

Lalande Rassuré

« On est encouragés! a réagi le président du c.a. de LNS, Jean Lalande, en entrevue avec Le Droit.

Si l’annonce «met en péril la viabilité» du centre de diffusion théâtrale «et sa capacité à se concentrer sur le volet artistique et culturel», le gestionnaire voit tout de même un signe de bonne volonté, «une ouverture d’esprit», de la part du gouvernement de Doug Ford.

«Le ministre [de la culture] a dit qu’il allait travailler avec nous pour s’assurer que LNS Gilles Desjardins ne ferme pas ses portes. Je vais le prendre au mot: on va retourner voir le gouvernement [pour se faire préciser] ce qu’il faut faire pour répondre à leurs critères » administratifs de façon adéquate, afin de récupérer les 2.9 millions $ dont le centre de diffusion théâtrale vient d’être privé, ou du moins une partie de la somme.

«Je ne suis pas naïf au point de croire qu’on aura nos 2,9 millions au bout de quelques mois», note-t-il toutefois.

Pour justifier le retrait des subsides provinciaux attendus par LNS, le ministère de la Culture a expliqué en privé à M. Lalande que cet engagement financier libéral débordait du cadre financier que s’est fixé le gouvernement progressiste-conservateur.

«Si ça ne rentrait pas dans leur cadre financier il y a un ou deux mois... Mais peut-être qu’ils ont eu le temps de repenser à la situation, et de changer leur fusil d’épaule.»

Ou peut-être s’agit-il d’une manœuvre stratégique destinée à «calmer les esprits», à apaiser la grogne que les progressisters-conservateurs perçoivent au sein de la communauté francophone? lance-t-il, hypothétiquement.

Ces derniers jours, la communauté franco-ontarienne a montré qu’elle était prête à fédérer ses forces pour transformer sa colère en un véritable mouvement de résistance massif, sous l’égide de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). LNS faisant partie de l’AFO, «on croit en notre devoir participer à ce mouvement de contestation», indique-t-il.

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ALARMANT, MAIS « PAS PRÉCAIRE »

La Nouvelle Scène (LNS) se retrouve « dans une situation pas très favorable », cette dette de 2,9 millions $, devant être remboursée chaque mois, comme pour n’importe quelle hypothèque.

L’institution se voit désormais contrainte de réacheminer « une portion de l’argent qu’on reçoit » au remboursement de la dette, au lieu de « l’utiliser pour organiser des spectacles », reconnaît le président de son conseil d’administration, Jean Lalande.

« D’un point de vue de gestion, cela demande beaucoup de temps et d’effort, de la part du conseil d’administration et les agents de l’entreprise, précise-t-il. Au lieu de mettre nos efforts à la création, on doit les mettre à aller chercher ce 2,9 millions $ » qu’on pensait avoir déjà obtenu.

Le président du c.a. se fait rassurant : bien que préoccupante, la situation de LNS n’est « pas précaire », selon lui. « Est-ce qu’on va fermer les portes demain ? non ! On gère de façon efficiente les sommes qu’on reçoit, pour s’assurer d’être en mesure de [rembourser] nos dettes. »

« La situation peut devenir un problème, mais ce n’est pas imminent ».

Et si LNS devait manquer à ses obligations de remboursement ? « On n’a pas envisagé cette possibilité à ce stade-ci », répond stoïquement M. Lalande.

La Nouvelle Scène a dans ses coffres de quoi lui « permettre de tenir plusieurs mois ». Ce pécule — dont M. Lalande ne pouvait préciser le montant, jeudi — provient des « contributions de la communauté », dont la générosité s’est exprimée lors de la campagne de financement que LNS a menée en marge de sa reconstruction.

Concrètement, M. Lalande ne prévoit « pour le moment » aucune diminution du nombre de pièces présentées en 2010.

Le Théâtre du Trillium, La Vieille 17, le Théâtre la catapulte et Vox Théâtre, les quatre « compagnies résidentes » avec lesquelles LNS fait affaire disposent de leurs propres budgets autonomes. 

« On va travailler avec elles — et avec l’ensemble de la communauté des arts du Canada français — pour s’assurer qu’il y ait une programmation complète [...], en continuant à faire de la codiffusion », expose le gestionnaire.