Mélanie Ghaminé a présenté, en première médiatique, son spectacle « Brut[e] », vendredi soir, à Gatineau.

La nature « Brut[e] » de Mélanie Ghanimé

CRITIQUE / L’humoriste Mélanie Ghanimé a poursuivi sa « thérapie », vendredi, à la Polyvalente Nicolas-Gatineau.

Sa séance d’auto-thérapie s’intitule Brut[e] : un premier spectacle solo qui lui permet effectivement de ventiler, comme on lâcherait la soupape devant le psy.

D’ailleurs, elle profite parfois de la scène pour régler ses comptes avec sa psychothérapeute, qui la confronte sur ses incohérences, ou qui la bombarde d’irritants conseils flegmatiques destinés à l’aider à « accueillir son insatisfaction ».

Oui, Ghanimé consulte — « depuis 17 ans » — et ne s’en cache pas. « Tout le monde est scrap, et tout le monde a besoin d’aide ! »

Brut[e] permet à Ghanimé de se présenter un peu. La quasi-quarantenaire n’est pas une « nouvelle venue », en humour (elle est sortie diplômée de l’ÉNH en 2009), mais le grand public vient encore la voir dans un esprit de découverte, après avoir vu son nom passer parmi les finalistes de la catégorie « numéro de l’année », lors des deux dernières éditions du gala Les Olivier, ou d’avoir vu son visage au détour d’une émission de télévision. Ou encore sur Internet (la websérie Adrienne, de Mathieu Cyr,) à en juger par la moyenne d’âge, plutôt basse, du public

Ghanimé profite donc de son one woman show pour se dévoiler. Elle aborde rapidement son héritage libanais et son éducation spirituelle (« mon père était scientifique ; ma mère était voyante et numérologue ; j’ai grandi entre sarrau et tarot »), sa gourmandise et son empressement à juger les gens, tout cela au fil d’anecdotes empruntées au quotidien... et de quelques aventures nettement plus incroyables (mais authentiques, jure-t-elle), comme la fois où elle s’est fait kidnapper, alors qu’elle était encore bébé.

C’est lorsqu’elle déverse ses états d’âme, qu’elle est le plus tordante. Quand elle lâche la soupape émotive. Quand elle fait part de ses petite frustrations ou de son agressivité.

Quand elle fait preuve d’une belle et violente honnêteté (« Je suis intense. J’ai pas de dimmer, sur mes émotions », avoue celle qui se considère comme « une vraie Germaine... à tendance control freak »).

En toute franchise.

En toute impudeur, aussi.

Entre confession et provocation...

Mais avec un savoir-faire manifeste.

Surtout au niveau du rythme. Et particulièrement lorsqu’elle commente le racisme et le sexisme ordinaires, laisse poindre son anxiété de petite fille en manque d’amour, ou qu’elle évoque les testicules de Mario Bros. Hum !

N’ayant pas peur de s’exposer — parfois jusqu’à l’humiliation — elle multiplie les mots crus et les images grasses (on songe à son numéro sur l’épilation de ses parties privées).

Non, Mélanie Ghanimé n’a pas n’a peur de la vulgarité. Mais elle n’en fait pas un objectif. Et sa vulgarité, sans doute parce qu’elle est contrebalancée par sa sensibilité et sa candeur, n’est jamais un réel handicap au rire.

Il faut quand même avoir du cran, pour prendre le micro et parler — au « je » — de masturbation (au travail), de vulve qu’on vouvoie, d’orgasmes (porcins), de « baises de marde », de pornographie (féministe). Ce qu’elle fait dans un numéro final susceptible de faire rougir les oreilles chastes (on a vu des enfants dans la salle... PAS une bonne idée !).

Ceci dit, elle n’est pas toujours crue. Elle peut se montrer un brin engagée, et presque tendre parfois.

(Dans un premier temps, l’humoriste évoque le plaisir qu’elle a à bitcher ... et se dépêche d’illustrer la chose en décochant ses flèches à destination de la télé-réalité québécoise. Un numéro corrosif, pas particulièrement original, mais qui met la table pour la suite des choses, plus musclées...

À Gatineau, où elle présentait Brut[e] en grande « première médiatique », elle a prouvé par son aisance et son rythme qu’elle avait l’étoffe des grandes...