La pression de créer un deuxième spectacle a mené Korine Côté à se tourner vers elle-même. «Les numéros sont plus personnels parce que tu vas piger dans les choses que tu as vécues», dit-elle.

Korine Côté : zoom sur elle-même

Depuis ses débuts en humour, Korine Côté peaufine l’art de l’humour d’observation : dès 2013, sa tirade contre les utilisateurs de produits Apple lui a valu le prestigieux trophée du numéro de l’année au gala Les Oliviers. Après un premier spectacle où elle disséquait de petits riens de son entourage, elle a plutôt braqué le projecteur sur elle-même pour «Gros plan», un deuxième solo qu’elle s’apprête à faire voyager aux quatre coins du Québec.

Pour tout dire, on aurait dû avoir des nouvelles de l’humoriste montréalaise avant. De son propre aveu, une grossesse surprise s’est invitée dans sa période de rodage et l’a forcée à réorganiser sa tournée. Pas grave. «Tout peut s’arranger et il n’y a pas de mauvais moment» pour devenir maman, selon la principale intéressée. Pendant la pause qu’elle a prise avant — «pour aller être grosse et avoir des reflux gastriques chez nous», laisse-t-elle tomber — et après la naissance de son fils, Korine Côté a aussi modifié un peu le contenu de Gros plan pour y aborder sa grossesse et sa nouvelle vie de mère. Des thèmes qui s’inscrivaient dans la ligne du spectacle, qui avait déjà une teinte plus personnelle.

«Le premier show, quand tu le sors, tu peux avoir neuf ans de numéros en rang. Tu prends ce que tu veux et tu fais ton show avec ça. Pour le deuxième, tu as moins de temps», explique celle qui voulait justement prendre son temps avant de songer à la suite des choses.

«Pendant un an, je ne voulais même pas entendre parler d’un deuxième spectacle, ajoute-t-elle. Je ne voulais juste pas y penser. Ça me stressait. C’est comme quand tu as un enfant et que tu te fais dire : “en voulez-vous un deuxième?” Heille, laisse-moi vivre le premier! Donc je disais aux gens : “le cadavre du premier show n’est même pas froid encore. Laissez-moi le temps!”»

Une fois l’échéancier fixé, la pression de livrer a mené l’humoriste à se tourner vers elle-même. «Quand tu décides d’une date, tu es encore plus pressée, évoque-t-elle. Ça fait que les numéros sont plus personnels parce que tu vas piger dans les choses que tu as vécues. Et je pense qu’avant, je n’avais pas assez d’expérience derrière la cravate pour rendre drôles certains numéros que là, je suis capable de rendre drôles.»

Grandir au foyer de personnes âgées

Parmi les sujets abordés par Korine Côté dans son nouveau monologue, elle cite son enfance peu banale, elle qui a grandi dans une résidence pour personnes âgées. «C’était un duplex et j’habitais au sous-sol avec ma mère, ma tante et ma cousine, raconte-t-elle. Je me levais et j’aidais un peu ma mère avec la bouffe. Je remplissais des seringues d’insuline avec elle. On vivait avec plein de monde. C’était quand même le fun. On avait neuf pensionnaires et on était très proches. Il y en a un qu’on a eu du début à la fin.»

De cette expérience qu’elle croyait tout à fait normale, Korine Côté estime avoir apprivoisé des tabous comme celui de parler de la mort, notamment. «Quand il y a une liste d’attente de quatre ans, c’est parce que du monde va mourir, observe-t-elle. Mais on dirait que les gens sont mal à l’aise avec ça. Ça me surprend, parce que tout le monde va mourir. Et quand tu vas dans une résidence, ce n’est pas pour 15 ans. Tu vas là pour finir ta vie. Eux, ils venaient finir leur vie chez nous. Ça fait partie de la game.»

De quoi influencer son style d’humour, non? «J’ai une capacité à rire des choses un peu plus dramatiques, confirme-t-elle. Par exemple, je parle aussi de ma tante qui est déficiente intellectuelle. Nous, on est habitués. Elle a grandi dans une famille normale, elle a un bon sens de l’humour. Ça rend les autres mal à l’aise et nous, il est là notre plaisir. Quand les gens sont mal à l’aise, c’est le fun pour nous!»

La tournée en vert

Pour ce nouveau spectacle, Korine Côté a rejoint le mouvement Artistes citoyens en tournée (ACT) qui se donne pour mission de promouvoir les pratiques écoresponsables dans le milieu culturel. Un pas de plus pour celle qui a adopté le mode de vie qu’elle dit «granol» depuis un moment.

«J’ai ma gourde en tout temps, j’ai toujours mes verres à café. Mon auto est hybride, j’achète en vrac… Je suis comme ça. Ma crème à face, c’est moi qui la fais. Ma crème pour le corps aussi. J’ai du shampooing en barre. Je n’achète plus de contenants. Je fais le maximum que je peux», énumère celle qui dit souvent acheter de seconde main. «Je vends aussi beaucoup d’affaires sur Kijiji, ajoute-t-elle. Il y a plein de monde qui débarque chez nous…» Se fait-elle parfois reconnaître? «Des fois oui, mais la plupart du temps non. C’est arrivé que je signe mes affaires quand je les ai vendues», lance-t-elle en rigolant.

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POUR Y ALLER (GATINEAU)

Quand ? Jeudi 21 novembre, à 20 h

Où ? Polyvalente Nicolas-Gatineau

Renseignements : ovation.qc.ca ; 819-243-2525