Koriass a fait vibrer la foule du parc des Cèdres, vendredi soir, lors du festival L’Outaouais en fête.

Koriass déchaîné au festival L'Outaouais en fête

Le soleil était au rendez-vous, vendredi, au parc des Cèdres, pour accueillir les premières notes de musique décochées dans le cadre des festivités de la Saint-Jean Baptiste en Outaouais... Mais aussi celles du solstice d’été, faut-il ajouter, car en ce 21 juin, on célébrait aussi la Journée nationale des Peuples autochtones.

L’Outaouais en fête (OEF) a consacré au hip-hop la soirée inaugurale de sa 43e édition, en faisant appel aux « flows » tapageurs des rappeurs Loud et Koriass. Mais le party a surtout, très tôt dans la journée, pris des airs de pow wow informel.

Sur ce bout de terres non cédées — elles appartiennent à la nation Anishinaabe-algonquine, a rappelé, sur scène, la peintre Isabelle Regout — l’ambiance autochtone avait commencé dès 6 h du matin, avec une cérémonie de lever du soleil, suivie par des ateliers de danse pow wow et de fabrication de tambours, et une conférence sur la nation Innue.

Elle s’est poursuivie en montagnais, au rythme des chants folk-pop teintés de blues et de musique traditionnelle qu’interprétait Mike Paul, un métis innu du Lac-Saint-Jean, entouré de quatre musiciens.

En cette période de rapprochement entre Canadiens et Amérindiens, le sympathique chanteur a joué son rôle de « trait d’union » interculturel avec enthousiasme, en profitant des interludes pour non seulement présenter ses chansons, mais aussi sa langue, sa culture et sa communauté. L’origine même du mot « Québec » vient d’ailleurs du montagnais « képak » signifiant « débarquement », s’est-il amusé à rappeler au public, en l’invitant à débarquer plus près de la scène.

Le public s’est dégêné à mesure qu’il s’est densifié (et rajeuni... l’heure de Koriass approchait). Certains spectateurs ont dansé, main dans la main, maillons d’une chaîne humaine entraînée par une danseuse malécite en tenue d’apparat ; d’autres, sorti leur tambour chamanique pour accompagner dans leur coin une mélodie reprise à Kashtin.

Et c’est entre « Être humains » chaleureux et fébriles qu’on a accueilli Koriass.

Si le rappeur est surtout connu pour ses prises de position « Natural Born Féministe », Koriass n’a jamais caché non plus sa solidarité vis-à-vis des communautés autochtones et sa sensibilité à leurs problématiques. Il était à sa place, vendredi.

« On ouvre officiellement le solstice ! » a-t-il d’ailleurs clamé à la fin de J-30000 , la pièce qui ouvre La nuit des longs couteaux, son plus récent album, avec laquelle il a lancé les hostilités musicales.

En s’excusant au passage d’avoir amorcé son concert par un anglicisme (« Breaking away from sanity »). Mais son hôte, Jean-Paul Perreault, président d’Impératif Français, venait lui-même d’en commettre un, en invitant la foule à être plus « Loud » pour attirer le rappeur.

Koriass a surtout exploré son cinquième long jeu, enchaînant avec Éléphant, sur laquelle tout le monde s’est mis à sautiller, ou Get it Right, dans une interprétation magistrale (on n’ose pas dire du mal, quand on sait le sort que la chanson réserve au « journaliste qui [le] critique), qui a enflammé le public, brandissant ses centaines de bras à l’unisson.

Multipliant les détours — en direction de Montréal-Nord et Tséveudire, tirées de Rue des Saules, les incursions amoureuses dans son répertoire de l’époque Love Suprême (2016), avec notamment Légendaire et Blacklights, elles aussi très appréciées par la foule, désormais remuante — Koriass a arpenté la scène au pas de course, en lapin Energizer, l’attitude rap dans le tapis, déchaîné, le mauvais doigt dégainé entre deux rimes colériques, galvanisant ses ouailles dès que l’énergie de la foule descendait d’un cran (ce qui était plutôt rare), et se permettant même à l’occasion de sauter à pieds joints dans la nuée, le temps d’une petite session de body surfing. Exercice auquel s’est aussi prêté Jean-Paul Perreault, en passant...

On a vu toutes sortes de publics, au parc des Cèdres, au fil des dernières années... mais jamais n’avait-on vu une moyenne d’âge aussi basse. Et gageons que la moyenne d’âge ne va pas augmenter avec les Hubert Lenoir, Roxane Bruneau, Sir Pathétik et autres 2 Frères qui se profilent à l’horizon de l’OEF.

« Vous êtes beaux, à l’intérieur comme à l’extérieur. The full package ! » a clamé l’artiste, avant de poursuivre ses zigzags scéniques, chemin qui s’est achevé sur un tonitruant Enfant de l’asphalte.

La bande a laissé la scène à Luce Bélanger, une Métisse algonquine venue elle aussi partager quelques éléments de la culture des Premières Nations, par ses chants et son tambour. Intéressant, mais ça manquait un peu d’amplitude.

Le clou de la soirée, Loud, est quant à lui monté sur scène un peu trop tard — 22 h 30, c’est presque notre heure de tombée — pour que le rédacteur puisse lui rendre justice par écrit. On a tout de même eu le temps d’apprécier un peu de sa verve et de son énergie... indubitablement contagieuse, à en juger par la foule euphorique.

Renseignements : festivaloutaouaisenfete.com