Kitchen Chicken, un joyeux collectif hors normes.

Kitchen Chicken: Yodler en cuisinant

L’expression « souper-spectacle » prend un nouveau sens lorsque c’est L’orchestre d’hommes-orchestres (L’ODHO) qui invite. Faire de la préparation d’un repas un spectacle éclaté, et pourquoi pas, l’épicer de yodle, de caquètements et d’un touski d’arts de la scène : voilà le pari qu’a pris le collectif hors normes dans Kitchen Chicken, qui salira joyeusement la scène de la Salle Jean-Despréz le 9 mai.

Kitchen Chicken est le dernier tour de force de l’ovni artistique de Québec qui s’amuse depuis 2002 à faire sauter les cloisons qui compartimentent les disciplines.

À savoir quelles étiquettes apposer à Kitchen Chicken, la réponse est « toutes ». « C’est du théâtre, mais ce n’est pas du théâtre, parce qu’on n’a pas d’approche narrative dramatique, mais en même temps on occupe la scène. Et on est en musique, mais il n’y a pas que de la musique », indique Gabrielle Bouthillier, l’une des chanteuses du collectif. L’expérience tient aussi des arts visuels, pour ses objets inventés, ainsi que de la chorégraphie, car seule une partition précise de gestes et de déplacements peut orchestrer cette mixture sans dégât.

Six interprètes à tout faire seront les musiciens et cuisiniers d’un soir. Les deux hôtesses de ce party de cuisine, Gabrielle Bouthillier et Danya Ortmann, reprendront le répertoire des DeZurik Sisters, deux yodleuses américaines qui ont fait fureur dans les années 30 et 40.

Personnages récurrents chez L’ODHO, les deux chanteuses incarnent et bonifient depuis 2009 un duo inspiré de celles qu’on surnomme Cackle Sisters. Cackle, comme le mot anglais pour « caqueter » : les DeZurik intégraient dans leurs chansons des cris d’animaux, dont celui de la poule.

De là est venue l’idée de faire cuire un poulet sur scène. Et, au fil des ajouts, de créer une série de tableaux vivants autour de la confection des éléments d’un repas — bouchées, cocktails et accompagnements compris. Rien que pour les patates, les cuistots pèlent les tubercules à l’aide de mécanismes inhabituels, puis tentent, comme au baseball, de les frapper pour qu’ils atterrissent dans une marmite. Familial, Kitchen Chicken ? Sans doute le spectacle le plus doux et ludique de L’ODHO, oui. Sans s’adresser directement aux enfants, « ça pogne » chez les jeunes, admet Gabrielle Bouthillier.

« On met le poulet à cuire sur scène. Le défi est intéressant, parce qu’il faut faire durer le spectacle assez longtemps pour que ce soit cuit, mais sans étirer, parce que la musique peut devenir répétitive », ajoute la chanteuse. Musicalement, pas de souci : on s’est assuré de mélanger les combinaisons de musiciens et de styles pour garder le public interpellé.

Culinairement, la solution s’est manifestée dans une recette portugaise de poulet en crapaudine. Écrasé sur une plaque, le volatile cuit en une heure et dix minutes. Bien entendu, les spectateurs peuvent y goûter à la fin de la représentation. « C’est toujours délicieux. Jusqu’à maintenant, on n’a pas eu trop de plaintes ! »

Sorti des cuisines de L’ODHO au tournant de 2019, Kitchen Chicken a été servi entre autres à Toronto et Vancouver. Depuis 2006, la compagnie que Robert Lepage a choisie pour recevoir le prix Glenn-Gould Protégé de la Ville de Toronto en 2014 se fait surtout connaître auprès des publics canadiens et européens pour son hommage coloré à Tom Waits.

Récemment, L’ODHO s’est présenté aux cinéphiles pour la première fois dans Avant qu’on explose. La fanfare y joue son propre rôle, y faisant de courtes apparitions surréalistes que le collectif a voulues de plus en plus menaçantes envers Pierre-Luc, l’ado dont la peur de mourir puceau tisse la trame du film.

« On a travaillé nos images à nous. On a eu notre petite carte blanche. Ça a été une très belle expérience ! Et ça entrait dans notre intention d’être toujours inattendus dans ce qu’on fait. »

POUR Y ALLER :

Quoi ? Kitchen Chicken de L’orchestre d’hommes-orchestres (L’ODHO)

Quand ? Jeudi 9 mai, 20 h

Où ? Salle Jean-Despréz

Renseignements : ovation.qc.ca