Kathleen Fortin avoue qu’elle aime le compositeur André Gagnon d’amour. « J’aime d’abord les mélodies et le musicien... mais j’aime profondément l’homme, aussi. »

Kathleen Fortin entre la musique d'André Gagnon et les mots d'Émile Nelligan

Kathleen Fortin et ses complices replongent dans le répertoire d’André Gagnon. Avec le même plaisir qu’en 2017, souligne la chanteuse et comédienne.

La tournée du spectacle Les 4 saisons d’André Gagnon en régions s’amorce à Gatineau le 3 avril. Elle s’étalera jusqu’au 14 avril, avec des arrêts prévus à Québec et Sherbrooke, entre autres.

Une formule plus orchestrale est en préparation. « Cet été, il y aura une nouvelle version avec un orchestre de chambre, avec un peu plus d’instrumentistes », laisse entrevoir Mme Fortin. Les diffuseurs auront donc le choix entre la version petit ou gros ensemble. Mais, pour l’instant, le contenu du show ne contient « pas de changements » notables.

La version actuelle réunit cinq instruments : contrebasse (Dominic Girard), violon (Antoine Bareil), violoncelle (Carla Antoun), percussions (Maxime Lalanne, batteur pour Marie-Mai, Marc Dupré, Dan Bigras, etc.), sans oublier le piano, tenu par Stéphane Aubin, créateur, directeur musical et arrangeur de ce spectacle.

« On travaille très bien ensemble, Stéphane et moi. Moi qui suis plus intuitive, organique, et lui plus cartésien. Stéphane est quelqu’un de très sensible, mais il a un petit côté “mathématique”, rigoureux, organisé », évoque Kathleen Fortin, qui dans cette production tient le rôle de soliste.

« Magicien de la mélodie »

« André est un mélodiste incroyable, un magicien de la mélodie. Ça m’atteint au cœur à chaque fois. Systématiquement.

Il a cette capacité d’intervalle, la force du spleen et de la mélancolie. Et en même temps, il a une espèce de nostalgie et de profondeur. Je ne sais pas si c’est son côté contemplatif, mais je trouve son œuvre profondément lumineuse. Ça me touche beaucoup. »

La comédienne et Stéphane Aubin se sont rencontrés il y a plusieurs années, mais n’ont entamé leur « première vraie collaboration » qu’en 2011, avec la comédie musicale Belles Sœurs, dont Aubin a composé la trame musicale (à quatre mains, avec Daniel Bélanger).

« Ç’a été une expérience extraordinaire, monter ce spectacle-là », se souvient-elle. Par la suite, « nos collaborations ont toujours été des “rencontres” un peu étonnantes. On s’apporte beaucoup, mutuellement. C’est assez réjouissant. »

L’année suivante, alors que Belle-Sœurs était présenté à paris, Monique Giroux l’appelle de Montréal pour lui proposer de participer à l’aventure d’Une soirée avec Monique Giroux. La commande : reprendre dans son intégralité l’album Leyrac chante Vigneault et Léveillé, disque sur lequel Monique Leyrac était entourée d’André Gagnon et son orchestre. « On avait le droit de tout réarranger. J’avais envie de dépoussiérer [l’œuvre, mais sans la] dénaturer. Je voulais garder ce souffle classique et vintage que ça représentait. Et je me suis dit que Stéphane était la personne parfaite pour faire ça... »

Quand, plus tard, le pianiste s’est mis à réfléchir à cet hommage scénique à André Gagnon, et commencé à chercher un interprète vocal pour y participer, il a tout naturellement songé à Kathleen Fortin.

Laquelle était loin d’être une profane dans ce répertoire. « J’aime André Gagnon d’amour. J’aime d’abord les mélodies et le musicien... mais j’aime profondément l’homme, aussi. Je ne pouvais pas dire non à cette aventure-là... »

L’ombre de Nelligan

Pour elle, la révélation fut l’opéra Nelligan, que Michel Tremblay a écrit sur la musique de Gagnon. « J’écoutais ça à 15 ans... ça me transportait ! Et ça m’a habité longtemps ».

Mais il ne s’agit là que de sa première « incursion consciente » dans le répertoire du maestro. « Parce que, bien sûr, j’entends les mélodies d’André Gagnon depuis toujours ; il fait partie de notre ADN », au Québec.

Kathleen Fortin a été marquée par Gagnon à un point tel que La Dame en noir », tirée de cet opéra, « a été ma “carte” pour toutes les auditions chantées que j’ai faites depuis que je suis adolescente », précise-t-elle.

« Si on parle des 4 Saisons d’André Gagnon, c’est parce qu’il y a des périodes plus lumineuses, plus estivales, et d’autres avec des couleurs plus automnales ou plus sombres. Et on se promène comme ça entre les ambiances. »

Au fil des saisons, Kathleen Fortin se réapproprie deux pièces de l’opéra Nelligan, mais aussi « beaucoup d’extraits du très beau spectacle Leyrac chante Nelligan – dont certaines pièces ont été reprises telles quelles dans l’opéra Nelligan ; je pense par exemple au poème La romance du vin, qu’on reprend. »

Le spectacle se veut très éclectique. « Je fais aussi quelques extraits de poèmes récités de Nelligan. Ce sont des segments qui me plaisent particulièrement. »

Surprises

Au milieu des compositions instrumentales, comme cet « hymne disco » intitulé Wow !, la bande revisite le téléroman Les Dames de cœur », et on ose quelques « petites surprises », comme Les chemins d’été (véritable titre de Dans ma Camaro, dont la mélodie, « les gens l’ignorent souvent », est signée André Gagnon. « On en fait une petite version plus latine, un peu bossa nova, un peu plus féminine et sensuelle. C’est charmant. Les gens sont séduits. »

« Je suis toujours ravie de faire ce spectacle, même si on fait beaucoup de route et que c’est compliqué de faire rentrer ça dans nos horaires. »

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EN BREF

En toute simplicité

On se retrouve à cheval entre concert pop et récital classique, mais «ce n’est pas didactique, on [n’impose] pas d’ordre chronologique ni de grande mise en scène» prétentieuse.

En général, les spectateurs «trouvent le spectacle très élégant et très humble, tout à fait à l’image de André Gagnon. C’est très simple, plein d’amour et de tendresse, et c’est ça que les gens reçoivent et pour moi, c’est un grand cadeau», constate Kathleen Fortin.

«L’amour d’André Gagnon pour jumeler la musique classique et la musique populaire, Stéphane l’a aussi en lui. Et les musiciens aussi sont portés par ce souffle-là. Et moi, je n’ai pas la prétention d’être une chanteuse classique, loin de là. Ce qui fait que ce n’est pas du tout guindé.»

André Gagnon

André Gagnon a adoré

«André Gagnon est venu nous voir à deux reprises. On était très émus. Il nous a même demandé la permission de revenir voir le spectacle, en coulisses cette fois. » La visite du pianiste hommagé a donc rassuré les artisans des 4 saisons d’André Gagnon: «C’est un cadeau qu’on voulait lui faire, alors on voulait qu’il soit content. » Ce qui n’était pas acquis d’avance, précise Kathleen Fortin. «C’est quelqu’un de très généreux, mais de très rigoureux, très exigeant envers lui-même, et envers les autres aussi. On a toujours l’heure juste, avec lui. [Et là], on sait qu’il est content.»

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POUR Y ALLER

Quand ? Le 3 avril, à 20 h

Où? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca