L’abus de pouvoir et les chagrins amoureux ont fait de Kandle Osborne une personne « sombre ».

Kandle Osborne en spectacle au Minotaure

Quand Kandle a enfin enregistré Broken Boys, en mai dernier, ce fut la libération. La grande bouffée d’air qu’elle n’avait pas respirée depuis des années.

Ce nouvel oxygène se transforme en souffle incendiaire dans Holy Smoke, paru fin septembre. Son soul noir, aux accents rock enfumés, embrasera le Minotaure le samedi 20 octobre.

Mais où était donc passée Kandle Osborne, la Montréalaise d’adoption dont le premier opus In Flames avait été encensé en 2014 ? La musicienne aguerrie se trouvait enchevêtrée dans un fatras légal, voilà la réponse. Sa situation contractuelle lui interdisait d’enregistrer et de diffuser de la nouvelle musique. Mais même muselée, la Britanno-colombienne a continué sa « thérapie » contre les intempéries émotives en écrivant toujours plus de chansons. Holy Smoke n’est qu’un indice de cette collection construite dans l’ombre.

« Les gens avec qui je travaillais avant me faisaient enregistrer mes chansons 100 fois, encore et encore, souffle la chanteuse. Broken Boys, je l’ai écrite une journée, enregistrée le lendemain, et dans l’espace d’une semaine elle était sortie. (...) Je n’ai accepté aucune critique ni opinion. Personne ne m’a dit que je n’étais pas assez bonne ou que je n’avais pas le droit de faire ça. Et je l’ai juste fait. »

Son clip a été filmé avec autant de spontanéité dans le désert californien – lorsqu’elle n’est pas sur la route, Kandle passe la moitié de son temps à Los Angeles. La réalisatrice Lauren Graham l’a captée, elle et une poupée gonflable, vivant une histoire d’amour aussi houleuse que ses anciennes fréquentations, avec lesquelles elle croyait – à tort – apaiser son propre cœur brisé.

« Maintenant, j’ai une bonne équipe et un bon groupe, assure-t-elle. Et croyez-le ou non, j’ai un amoureux qui n’est pas une poupée gonflable et qui est un ange ! »

#moiaussi

L’abus de pouvoir, les chagrins amoureux ; ses malheurs qui ont fait d’elle une personne « sombre », clame-t-elle, se font fusiller dans le fulminant Holy Smoke. Elle y tire à boulets rouges sur sa vie sur la route, ses traumatismes et sa douleur.

L’abus sexuel n’échappe pas au bûcher. Nobody Wants You Now, raconte la blonde de 28 ans, avait été écrite lorsqu’elle a appris que certaines de ses amies avaient reçu des commentaires déplacés ou subi des attouchements par Jian Gomeshi. « I’m tired of seeing us get the blame, feeling the shame, getting up at night / we hope you’re afraid we found out », lance-t-elle à la vedette de CBC déchue. « J’étais tellement enragée (pendant le procès). D’aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai travaillé avec des hommes qui ont abusé de moi. »

« Pendant des années, je croyais que je le méritais, ou que je devrais m’endurcir pour avoir une carrière ou un futur. Quand ce cas-là a été exposé, j’étais furieuse. C’est inacceptable. Ça me rend malade. »

Musèlement oblige, elle a dû patienter de longues années avant que la chanson ne sorte. Le titre pourrait aussi bien pointer du doigt les Bill Cosby et Harvey Weinstein de ce monde, dont les abus ont été dénoncés avant, pendant et après l’éclatement du mouvement #metoo en 2017.

« Avant, j’étais la cible d’attouchements dans la rue ou dans le métro au moins une fois par semaine ; depuis #metoo, ce ne m’est pas arrivé depuis un an ! » ajoute-t-elle, sur un ton mi-réjoui, mi-sarcastique.

« Je suis royalement fatiguée qu’on protège ces hommes puissants. Dans mon cas, il y en a eu quelques-uns, mais je ne suis pas prête à mentionner leurs noms. J’ai encore peur de ce que ça pourrait faire à ma réputation et à ma vie. »

« Un jour peut-être, mais pas aujourd’hui. »

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POUR Y ALLER

Quand : Le 20 octobre

Où : Minotaure

Renseignements : lepointdevente.com