Benjamin Dutertre et Julie Kim qui elle, sur la scène du Franco.

Julie Kim : en gang, même en solo

Le Festival Franco-Ontarien a amorcé hier soir sa 43e édition, avec Damien Robitaille aux commandes. Pour la suite de ses festivités, le festival reste en mode choral avec la chanteuse Julie Kim.

La Torontoise fera coup double, au parc Major à Ottawa, où elle participera aux deux grands concerts collectifs prévus en soirée. Ce vendredi, elle partagera la scène avec Marie-Mai, Lulu Hughes, Kim Richardson et Rebecca Noëlle, pour un spectacle rock 100 % féminin. Elle remontera sur les planches le lendemain, cette fois au côté d’Alex Nevsky, Jacobus, Yao, Clay And Friends et Shawn Jobin, pour un spectacle de clôture à saveur électro et hip-hop orchestré par la bande de Valaire. Yao, que Julie Kim connaît bien, puisqu’elle a été la choriste du chanteur ottavien, sur disque puis sur scène.

Fille de gangs, Julie Kim (Beaudry) est pourtant en mode solo, ces temps-ci. En mai, elle a fait paraître à son (pré)nom l’album Portrait, qui plonge dans le jazz, la soul, le funk et le blues : des ambiances qui, dit-elle sans dénigrer ses Chiclettes, la représentent bien davantage que les harmonies swing explorées au sein du trio.

La chanteuse s’y révèle telle qu’elle voudrait qu’on la perçoive, offrant un très large éventail d’émotions et de tessitures vocales. Une parenthèse solo « pour le plaisir » solitaire et pour « s’affranchir » des étiquettes et des perceptions, et non pour rompre avec le trio, puisque l’aventure des Chiclettes se poursuit en parallèle (avec parfois une doublure, quand les horaires des trois chanteuses ne sont pas compatibles).

Ce disque plus personnel — « Julie Kim, c’est moi dans mon identité d’artiste » — est « inspiré de la musique soul et R&B » : tant « celle des années 70 », dit-elle en avouant « réécouter régulièrement les vinyles » d’Aretha Franklin et Stevie Wonders, artistes fétiches, que d’une soul aux sonorités « plus contemporaines », nourrie par D’Angelo, Erika Badhu ou Jill Scott, et pas moins « sensuelle ».

Soul américaine... en français
Portrait plonge donc, au fil de neuf compositions originales, dans une soul américaine — sauf que l’exercice se décline ici en français uniquement.

« Ce qui m’a poussé à faire ce projet-là en français, plutôt qu’en anglais, c’est vraiment ma découverte de Ben L’Oncle Soul. Mon cœur a fait whhooo ! » se souvient Julie Kim, aussi fan de la musique de Ben que de sa présence scénique. La chanteuse a eu la chance de rencontrer Benjamin Dutertre (Ben L’oncle Soul) en 2011, lorsqu’il était de passage à la Francofête de Toronto. Julie Kim, en admiratrice presque groupie, avait « appris par cœur toutes les chansons » du Français pour être en mesure de les scander depuis la foule.

Et elle ne détesterait pas recommencer, mais sur scène cette fois, aux côtés du Français. « J’aimerais beaucoup travailler avec lui. Ou avec Corneille. Je lance ça dans l’univers, comme ça, des fois que... » dit-elle en laissant échapper un rire explosif susceptible de se faufiler jusqu’aux étoiles, pour peut-être en attirer les auspices. Et pourquoi pas ? Après tout, Corneille ne vient-il pas d’entamer une collaboration avec Renee Wilkin ?

L’exercice de chanter du « soul » en français est délicat, le jeu sur les accents toniques et « le flow s’y prêtent mieux » en anglais, convient-elle. Sauf que les auditeurs « francophones portent beaucoup plus attention aux paroles ».

C’est pourquoi Julie Kim, pourtant très à l’aise pour composer des mélodies « le plus souvent, quand je suis dans mon bain », s’esclaffe-t-elle, a humblement préféré faire appel à « des collaborations avec des auteurs », en ce qui concernait l’écriture des morceaux.

« Il fallait que ça groove, à la base, mais je voulais aussi marier ça avec des textes de qualité, qui [véhiculent] des messages. » La plupart des textes portent ainsi la trace de deux plumes bien connues à Ottawa : celles des auteurs-compositeurs Janie Renée (surtout) et Eric Dubeau.

Si les bains moussants sont propices à la création, c’est tout simplement « parce que c’est le seul endroit où je suis seule avec moi-même, au calme, loin des enfants, et que je n’ai pas plein d’idées qui se bousculent en même temps dans ma tête ».

« J’ai toujours mon cellulaire pas trop loin pour enregistrer la ligne de basse, qui arrive toujours en premier. Après, je réécoute, je chante par-dessus ou je me mets au clavier et j’ajoute des mélodies de guitare, je cherche des accords, je trouve les percussions ou des hooks. »

Les chansons ont été enregistrées sous la supervision de la blueswoman Cécile Doo-Kingué, qui a réalisé le disque. La collaboration « s’est révélée comme une évidence dès qu’on s’est rencontrées », dit-elle en évoquant la « chimie immédiate » et les « étoiles dans les yeux » qu’elles avaient lorsqu’elles jasaient ensemble du projet.

Grosse gang
Mais Julie Kim, disait-on, est une fille de gang. Sans surprise, d’autres belles équipes se sont donc ajoutées.

La section de cuivres de The Brooks (réputé octuor montréalais versé dans une musique soul et funk aux accents vintage) et son chanteur Alan Prater (qui a déjà accompagné Michael Jackson) sont venus rejoindre Julie Kim en studio, tout comme le quatuor à cordes Eska.

Sans oublier Kim Richardson et Marie-Christine Depestre (une acolyte de Damien Robitaille), venues prêter leurs voix. « J’étais un peu ‘gaga’ de me retrouver en studio avec autant de gens aussi talentueux. C’était presque surréaliste », confesse-t-elle.

Gageons que ce ne sera pas moins surréaliste pour elle, vendredi et samedi, avec tout ce beau monde sur la scène du Franco.

POUR Y ALLER

Quand ? Du 14 au 16 juin

Où ? Parc Major’s Hill

Renseignements : 613-321-0102 ; www.ffo.ca