Elton John était au Centre Canadian Tire d’Ottawa, vendredi soir, dans le cadre de la tournée d’adieu.

Goodbye Elton John

CRITIQUE / Une légende de la musique s’est matérialisée vendredi soir. Des fans en liesse ont dit au revoir à Elton John, au Centre Canadian Tire pour la dernière fois en sol ottavien. « Et je vais m’ennuyer de vous. »

Comment célèbre-t-on la dernière tournée d’une carrière plus grande que nature ? Qu’est-ce qui rend un digne hommage à cinq décennies de musique, qui comptent la vente de plus de 300 millions d’albums, 4000 concerts, et — anecdote la plus surréaliste de sa vie — un rock’n’roll endiablé dansé avec la reine Elisabeth II ?

Avec une tournée gargantuesque, bien sûr. La maison des Sénateurs d’Ottawa a accueilli l’un des premiers des quelque 300 arrêts de sa tournée Farewell Yellow Brick Road, qui durera trois ans. Les fans d’Ottawa ont répondu avec autant d’enthousiasme. Toutes les 17 000 places de la salle étaient occupées par des fans de toutes les générations, certains vêtus de lunettes scintillantes et de costumes délirants. L’amour brillait sous les éclairages.

Pour son spectacle d’adieu, Elton John s’est fait plaisir. Sa scène formait une pente surmontée d’un écran géant où étaient projetés des vidéos et des animations éclatées. Le pianiste et chanteur s’est présenté sur scène vêtu d’une queue-de-pie ornée de perles et d’un cougar scintillant, des volants aux poignets, avec d’iconiques lunettes surdimensionnées incrustées de diamants. Dans un tonnerre d’applaudissements, il a entamé au piano la sautillante Bennie And The Jets avec tant de puissance que le mobilier en vibrait. On suivi All the Girls Love Alice et I Guess That’s Why They Call It the Blues, avant de faire un hommage à Aretha Franklin avec Border Song. La chanteuse soul décédée en août dernier en avait une reprise en 1970, alors qu’Elton était encore aux premiers balbutiements de sa carrière. « Ça m’a donné tellement de confiance en moi », s’est-il souvenu.

Le chanteur a continué avec sa mythique Tiny Dancer. Après la dernière note, et le musicien, et la foule se sont levés, comme chacun l’a fait à la fin de chaque chanson. Sir Elton s’est mis à courir d’un bout à l’autre de la scène en levant les bras pour demander plus de cris, que ses sujets lui ont donné sans réserve. Alors que le spectacle semblait être une revue de ses hits, Elton John et son percussionniste Ray Cooper ont ensuite assuré à eux deux Indian Summer. Devant l’animation d’un voyage dans l’espace, le groupe a enchaîné avec Rocket Man. Les longues envolées vocales ne laissent rien douter de la vitalité vocale du septuagénaire, décidément.

Les vidéos et animations de David LaChapelle et Alan Aldridge ont apporté une touche de fraîcheur à certaines chansons aussi vieilles que sa carrière.

Someone Saved my Life Tonight a été jouée devant un dessin animé psychédélique d’Elton John traversant une foule de monstres. L’animation s’est terminée avec la rencontre d’un autre personnage qui rend son monde plus heureux. Une belle référence à l’époque où le jeune Elton avait été sauvé d’une tentative de suicide en s’appuyant sur ses amis, dont Long John Baldry.

Son hommage à Marilyn Monroe, Candle in the Wind, a été accompagné d’une vidéo montrant des courts moments intimes avec la superstar, qui fermait la porte, avec la musique en decrescendo…

Bruits de tonnerre. La scène se couvre de fumée. C’est comme si la pluie diluvienne qui mouillait la capitale avant le spectacle s’était invitée dans l’aréna. Elton John est revenu sur scène dans un costume à fleurs roses. Le chevalier chevauchait son piano, qui s’avançait parmi les nuages, en reprenant le thème de sa chanson hommage à Norma Jean, plus fort encore.

En grande forme

À 71 ans, Elton John a prouvé qu’il était en grande forme, encore et toujours. Son spectacle de deux heures trente ne lui a laissé aucun instant pour souffler — et il a enchaîné ses 24 chansons avec tant d’aisance qu’il n’a même pas semblé en avoir besoin. Il a gardé ses fans électrisés jusqu’à la fin avec Burn down the Missions, I’m Still Standing et Crocodile Rock, dont il a confié les « na na na » du refrain au parterre.

Un musicien avec son expérience sait qu’un rappel était inévitable. Elton John avait préparé une fin émouvante à son aurevoir.

Dans un nouvel habit bleu royal brodé d’or, il a chanté seul au piano, puis avec son groupe, Your Song.

Le tout s’est terminé avec Goodbye Yellow Brick Road et des vidéos tirées de ses 4000 concerts.

Enfin, Sir John a monté sur une rampe automatique, qui l’a tiré dans les confins de son décor constellé d’étoiles.

Son nom a sorti de la pénombre stellaire en lettres brillantes, puis l’homme est apparu en vidéo, quittant l’aréna sur une route de brique jaune. Goodbye, Elton John…