Justin Boulet et Marjo font parti des artistes invités qui fouleront la scène du FMG.

Gerry, Toujours vivant

Le temps fort de la prochaine édition du Festival de montgolfières de Gatineau (FMG) sera sans doute ce 30 ans de Rendez-vous doux, hommage à l’album phare de Gerry Boulet. Ce spectacle réunira cinq chanteurs et huit musiciens, samedi 1er septembre. Il est concocté par le fils de Gerry en personne, Justin, lui aussi rockeur et bluesman dans l’âme.

Lui qui, adolescent, a enregistré en 1984 une partie de batterie sur le 1er album solo de son père (ce sont ses baguettes qu’on entend sur la grosse caisse de la pièce Le roi d’la marchette, sur l’album Presque 40 ans de Blues) sera d’ailleurs sur scène pour « partager quelques anecdotes » et présenter les artistes. 

« J’étais au lancement de Rendez-Vous Doux, en 88. Cétait dans un petit bar dont je me souviens malheureusement pas du nom. [Le cadre] était vieillot, ça faisait presque mystique : pas du tout le genre de place où il [Gerry] allait d’habitude. C’était un peu étrange, comme s’il y allait en cachette. Ç’a été une belle soirée », se souvient le « fiston » (qui aura tout de même 50 ans en novembre), en puisant pour l’exemple dans sa banque de souvenirs de « faits vécus ».

Quand il parle de son père, c’est toujours avec un mélange d’humilité (celle du musicien qui porte le même nom) et de simplicité.

« Pour moi, c’est particulier : il est mon idole et mon inspiration, mais il représente aussi mon père. Il était autoritaire. Quand c’était le temps d’être drette – pas droit, mais drette – fallait qu’je soye drette. »

Quand il l’apostrophait, « c’était ‘Pa, pas Gerry. Et lui, il m’appelait Ti-père », rigole-t-il en rappelant que Gerry Boulet n’a obtenu que sur le tard son statut d’icone. 

À l’époque de la conception de Rendez-vous Doux, Justin n’habitait plus avec son paternel. « Il me faisait entendre des pièces quand j’allais lui rendre visite. Il était ben fier de me faire écouter » ce qui, il l’ignorait à l’époque, allait devenir « un des albums marquants du Québec ». « Il y a peu d’artistes qui ont vendu autant. ‘Pa est un des derniers. »

L’album « représentait une grosse cassure avec [l’époque] d’Offenbach. Il y avait plus de finesse », poursuit-il. L’arrangeur Richard Leduc, qui a activement participé au projet, « a déjà dit que Gerry nous a livré son testament », avec ce disque.

Cinq chanteurs (plus un)

Justin Boulet ne sera pas sur scène en permanence, mais fera office d’« hôte de cette soirée » conçue expressément pour le FMG. 

Le MC en profitera pour reprendre Ayoye, classique qu’il s’est réapproprié il y a déjà longtemps, et quelques autres – telle Le roi d’la marchette, à cause de sa valeur hautement symbolique pour le rejeton musicien. Et, comme il joue aussi du clavier, on continuera de l’apercevoir durant plusieurs chansons.

Ses invités : le Franco Breen Leboeuf (grand complice de la période Offenbach, qui tenait la basse sur Rendez-vous doux), l’énergique Marjo (qui a posé sa voix sur la chanson Les yeux du cœur), le chanteur et comédien Mario-St Amand (qui a incarné Gerry à l’écran), ainsi que Roxane Bruneau et France Castel.

« On cherchait à diversifier les artistes et les genres. France est une très bonne blueswoman et une grande fan » de Gerry Boulet. 

La présence de Roxane Bruneau, moins connue, s’explique par le fait qu’« on voulait une “découverte”. C’est une artiste de plus en plus connue sur les réseaux sociaux. Et puis, ça attire une autre clientèle. C’est un beau mariage, [pensé pour] un festival familial », expose Justin Boulet.

Gerry Boulet en compagnie de son fils, Justin.

Défier le temps

Pas que Justin Boulet cherche à mieux faire connaître son paternel aux milléniaux. Lui qui fait régulièrement des spectacles hommages à son père se dit heureux, et ému, de constater que Gerry défie le temps et transcende les générations. « À chaque fois, je suis surpris de voir que les jeunes connaissent toujours les paroles. Ceux qui ont 25 ans aujourd’hui, ils avaient 3 ans à l’époque. C’est donc les parents qui leur ont fait connaître ce répertoire. » 

Sous la direction musicale de Jeannot Bournival (qu tient la basse et le saxophone), le quintette entonnera les chansons de l’album, qui en solo, en duo ou en trio. Dans son intégralité, précise Justin Boulet, mais pas forcément dans l’ordre habituel. 

Violons

Les orchestrations ont été un peu retouchées, explique Justin Boulet, qui, à titre de producteur du spectacle, a invité « une section de cordes » : deux violons et un violoncelle. « Maudit que c’est beau, des violons ! Ça amène une autre couleur. C’est pas comme [quand c’est le] clavier qui fait les strings. Ça me donne envie d’en ajouter plein dans mes concerts... »

« Ceux qui m’ont déjà vu en show [chanter] Le Roi de la marchette vont être surpris. Ils vont faire “Ayoye !”. Plus ou moins aussi, risque de surprendre : elle est encore plus bluesée. »

En plus des dix pièces de Rendez-vous doux, la troupe profitera de la présence de Breen LeBoeuf pour déborder sur les plates-bandes

d’Offenbach, et faire quelques classiques dont « on ne pouvait pas passer à côté ».

Toujours Vivant

L’album a été couronné de cinq statuettes Félix : « trois du temps que mon père était vivant », plus deux décernés à titre posthume, en 1990, dont le prix Hommage.

On ne pouvait s’empêcher de lui demander quelle est sa chanson préférée du disque. « Toujours vivant. Je les aime toute la gang. Mais ma préférée est sans doute Toujours Vivant. C’est celle qui évoque le plus mon père, à mes yeux. J’aime énormément Les yeux du cœur, aussi. Et Une dernière fois, que je vais faire dans le spectacle... »

Minitournée

Bien que le concert ait été créé pour Gatineau, plusieurs villes du Québec s’y intéressent déjà. Deux dates ont rapidement été réservées, à St-Roch et Trois-Rivières, à la fin septembre. Là-bas, c’est Boom Desjardins qui remplacera France Castel. Le trio de cordes demeure une exclusivité gatinoise, puisque seul le violoncelle suivra cette minitournée.