Le restaurant Garçon ! dressera ses tables sur la scène de la salle Odyssée, les 5 et 6 août.

«Garçon!», un cocktail de rires, SVP!

Pierre Brassard joue les clients malcommodes dans la pièce de théâtre Garçon !, titre qui renvoie à la façon d’apostropher un serveur, en restauration. Le restaurant «Garçon !» dressera ses tables sur la scène de la salle Odyssée, les 5 et 6 août.

Le comédien et animateur (Parasol et Gobelet ; Pouvez-vous répéter la question) tient cinq rôles dans cette comédie à sketches adaptée de la websérie du même nom qui date de 2017 — signée Stéphane E. Roy, qui campe aussi l’un des serveurs.

Ces cinq clients sont plutôt grognons, et pas particulièrement sympathiques. « Ce sont des personnages assez désagréables. Pour quelqu’un comme moi qui aime être aimé par tous.... je sens comme un froid » dans le public, s’amuse l’ex-Bleu Poudre, convaincu que sur les planches « obtenir des rires, c’est le fun, mais avoir des petits moments dramatiques » est tout aussi enrichissant. Le metteur en scène, Alain Zouvi, a « beaucoup travaillé la vérité » de ces personnages, assume-t-il.

Heureusement, « il y en a aussi des gentils, ou des plus sympathiques, comme ce banquier qui revient souvent au restaurant : ce n’est pas le personnage le plus drôle, [mais il] pourrait aider à ce que le resto soit sauvé d’une éventuelle faillite ».

Pour Pierre Brassard, il s’agit là de la première véritable expérience théâtrale, malgré ses trente années d’expérience. Certes, il a « déjà fait de la scène et de la comédie à gauche et à droite » à la télévision (Les Parlementeries et le Bye Bye, notamment). Aux débuts de sa carrière, il se voyait d’ailleurs sur les planches, à lâcher des gags. Lors qu’il a terminé ses études en communications à Jonquière, il a tenté sa chance en auditions à Juste pour rire, avant d’accepter d’opérer un « virage vers les médias, en radio et en TV ».

« La scène me manquait beaucoup, avec les années. J’avais le rêve d’en faire — en tant qu’humoriste ; le théâtre, je n’y pensais pas vraiment. » Depuis « près de 15 ans », son ami Stéphane E. Roy vient régulièrement titiller cette envie scénique. Pierre Brassard a fini par céder, mais n’a pas voulu ébruiter la chose trop tôt.

« Je l’ai fait un peu secrètement, pour me donner le temps de retrouver le calme et l’aisance sur scène, explique-t-il. Jouer des clients, je trouvais que c’était une belle entrée en matière. »

Esprit de gang

Pierre Brassard, qui s’avoue « quelqu’un de très spontané », rompu à l’art de l’impro, ne regrette pas d’avoir relevé « le défi, presque le fantasme » d’assumer jusqu’au bout l’exercice inverse : le placement docile et minutieux des gestes et des intentions, les centaines d’heures de répétition nécessaires à la précision du jeu, l’humilité essentielle au travail d’équipe.

« C’est presque une thérapie : se donner la permission. J’ai senti de la crainte », au début.

Cette comédie aigre-douce s’appuie sur une distribution de huit comédiens, dont la moitié (Pierre Brassard, Stéphane E. Roy, Claude Prégent et Catherine Florent) faisaient partie de l’aventure de Caméra Café.

Pour leur donner la réplique : Félix Beaulieu-Duchesneau, Ann-Catherine Choquette, Diane Lavallée et Marc-André Poliquin.

Que Pierre brassard incarne « un grand misogyne », dont les défauts permettent d’aborder la fidélité et le mouvement #MeeToo, ou qu’il campe un malade en phase terminale, ce qui amène le sujet de l’euthanasie entre formage et dessert, Garçon !, sous ses airs comiques, veut conserver un espace de réflexion.

« La série était un peu pince-sans-rire ; là, c’est du théâtre, il faut donc grossir le trait, mais, pour que â reste intéressant, il faut un peu de drame. On n’est pas toujours en train de se taper sur les cuisses. [...] On ne tombe pas dans le burlesque. »

« Une épiphanie »

Pierre Brassard avoue avoir ressenti « une épiphanie », en cours de route, au milieu de cette gang. « Il y a ce sentiment d’équipe. De camaraderie. On ne peut pas être dans le one man show. [...] Je pense que je peux me qualifier de bon gars d’équipe, je suis un trooper. »

Son « sens de la créativité continue » de s’exprimer de façon explosive en coulisses, mais il s’efforce de le brider sur scène. Tout en étant conscient qu’« au théâtre, il faut aussi savoir se réinventer. Il faut que je renouvelle mes personnages, sinon on devient routinier ».

« Quand on est sur scène, ce qui est le fun, c’est de plonger, on ne peut pas être là juste à moitié : il faut “exister”. L’implication est pleine et entière. »

« Il y a beaucoup d’action dans le restaurant »... et pas moins de turbulences et de fébrilité en coulisses, où plusieurs régisseurs et techniciens s’activent pour aider les acteurs à changer et rechanger de costumes dans l’urgence : « le velcro devient notre meilleur ami », précise le comédien, qui « subit » huit transformations vestimentaires.

Ces petites mains orchestrent en même temps la mise en place « cachée » des nombreux accessoires qui doivent défiler sur scène, au fil des commandes des clients.

« Le preset est très important », observe Pierre Brassard, qui, lors de la répétition générale, a « oublié de prendre ma carte d’affaires, en entrant sur scène. Heureusement, le suiteur [le busboy] a pu venir me l’apporter discrètement, et ça n’a pas paru... »

« Superstitions »

« J’ai un regard plus neuf, un émerveillement », lance Pierre Brassard. « Quand je faisais Les Parlementeries, j’enchaînais très vite, je ne laissais même pas les gens rire. Là, je prends mon temps. Parfois, je me pince [pour ne pas enchaîner trop rapidement]. Je suis très heureux là dedans ! »

Il s’amuse aussi de constater qu’il a pris d’étranges plis : comme de nombreux comédiens, il a rapidement développé plusieurs routines superstitieuses et rituels d’avant spectacle, « comme écouter The Show Must Go On. Et n’arrêter la chanson qu’après le refrain, jamais avant... » Et comme il ne rentre pas tout de suite sur scène, il en profite systématiquement pour aller « voir le début du spectacle depuis le côté cour... Je “mesure” un peu la salle. Je vérifie que le public est connecté avec nous. »

En cours de route, le stress a fait place au plaisir : « J’ai eu comme une espèce d’épiphanie ». Au point que Pierre Brassard est aujourd’hui prêt à envisager une suite à cette incartade théâtrale. « J’ai envie de poursuivre, oh, oui ! oh, oui ! Mais ça dépendra des propositions. Garçon ! ouvre les vannes. Amenez-en, des projets ! Tant que c’est engageant... sinon, je préfère passer. »

POUR Y ALLER

Quand ? 5 et 6 août, 20 h

Où ? Salle Odyssée

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca