Karine Pion, Jonathan Bigras, Olivier Langevin, Pierre Fortin, François Lafontaine et Fred Fortin de Galaxie.

Galaxie : Déjà prêts à grafigner

D’habitude, il se passe toujours quatre, voire cinq ans entre deux albums de Galaxie. C’est que les membres du groupe sont tous des musiciens polyvalents et convoités, aux projets multiples. Une fois la tournée terminée, chacun retourne à ses autres moutons : Karine Pion à son rôle de choriste pour Belle et bum, Fred Fortin à sa carrière solo ou à son groupe Gros Mené, François Lafontaine et Olivier Langevin à leurs bottes de réalisateurs d’albums...

« Mais cette fois-ci, j’avais déjà des bribes d’enregistrements qui traînaient dans mes affaires, rapporte Olivier Langevin. Après la tournée, on est donc retournés en studio, juste pour se faire du fun comme de vieux ados, sans pression de lancer un album d’ici un an. Le premier bloc d’enregistrement a duré quatre ou cinq jours... et on en est ressortis avec trois, quatre tounes. On s’est dit qu’on ferait quelques séances comme ça dans l’année. Pour voir ce qui allait se passer. Et on s’est ramassé avec un album. J’ai tassé mes autres trucs de réalisation pour lancer le disque plus rapidement cette fois-ci. »

Super lynx deluxe nous arrive donc un peu moins de trois ans après Zulu, lequel, on s’en souvient, avait valu deux Félix au sextuor (album alternatif de l’année et groupe de l’année). « Je ne peux pas dire qu’on a fait plus de spectacles à cause de ça (un peu plus de 80 environ), mais c’est vrai qu’on a fait des salles plus grosses. Ça a sûrement aidé, mais déjà à la sortie de Zulu, la réaction était plus forte que d’habitude. Et il y a eu la première partie des Stones au Festival d’été de Québec qui nous a donné un bon coup de pub. »

Effluves de tournée

Olivier Langevin avait une autre idée derrière la tête en retournant aussi vite en studio : garder la « drive du live ». Mais pas trop, s’empresse-t-il de préciser. « Le travail de studio, c’est vraiment différent de la scène. Si tu essaies trop de transposer pour les shows, tu risques d’échapper des trucs. Faut pas te bâdrer avec des choses qui fonctionnent moins bien pour le live », explique le Félicinois d’origine, qui souhaitait aussi ne pas perdre l’énergie de groupe gagnée durant la tournée.

« Quand tu arrêtes de jouer ensemble pendant trois ans et que tu te retrouves en studio, il faut repartir la machine un peu. Mais là, on sortait des shows. Les effluves de la tournée de Zulu s’entendent sur le nouvel album. »

Effectivement, Super lynx deluxe s’inscrit fortement dans la lignée de son prédécesseur. « Mais en plus abrasif, plus près de nos premiers disques, précise Olivier. Galaxie, c’est un mélange de quelque chose d’organique (batterie, basse, guitare) avec des éléments électros. Cette fois, on s’est forcé pour bien les distinguer, pour qu’on entende les deux mondes séparément, en évitant que la réalisation passe par-dessus les grooves. »

Tels les rythmes hip-hop à la Beastie Boys (Olivier avoue qu’il en rêvait depuis l’adolescence) sur les deux premières plages. « Je voulais vraiment que ça soit au premier plan. Ça faisait longtemps que je traînais cette envie-là. Une affaire de réglée! »

Choyés par la musique

Les amateurs ne seront pas trop dépaysés sur le plan des textes non plus. Super lynx deluxe ramène les mêmes atmosphères nocturnes, animales, apocalyptiques, délirantes et hallucinatoires.

« Galaxie, pour moi, c’est comme un personnage qui s’est créé avec les années. Il a son lexique, ses paramètres. Je tombe vraiment dans un trip particulier... » explique l’auteur, musicien et chanteur, soulignant qu’il ne faut pas en déduire qu’il est pessimiste quant au sort de l’humanité ni qu’il prône les paradis artificiels pour s’évader.

« Oui, je me suis rendu compte que je parlais beaucoup de mort et de fin du monde dans mes textes. Il y a un côté sombre même si les chansons sont festives. Mais je dis simplement de profiter de la vie le plus possible, qu’il faut craindre davantage de passer à côté de sa vie que la fin du monde, même si elle nous semble de plus en plus proche. Les temps sont moroses, mais nos spectacles sont des soirées pour se faire du bien et se défouler. Et nous, on est choyés de faire de la musique. »

On peut toutefois se demander si Olivier Langevin et ses coéquipiers ont une fixation sur les félins : il y a eu l’album Tigre et diesel, la chanson Robot-lynx sur Zulu, et maintenant Super lynx deluxe. Mais attention! Il s’agit en fait... d’un modèle de guitare.

« C’est vrai qu’entre nous, on s’appelle les lynx pour rire et on fait une musique qui grafigne. Mais ce nom-là vient du jour où Fred Fortin a voulu s’acheter une basse. Il en trouve une sur Kijiji : une... Cougar! On se rend chez le vendeur et là, le gars décide de nous montrer le modèle de guitare identique à la basse : une Super lynx deluxe! On n’a rien dit pendant 30 secondes en se regardant. C’était incroyable comme hasard! Quand j’ai commencé à écrire les chansons, j’ai baptisé le fichier ainsi... »

D’Infoman 2015 à Magie magie

En 2015, Galaxie s’est fait demander par Jean-René Dufort d’écrire la chanson-thème de sa revue de fin d’année. Mais la pièce Infoman 2015, que l’on peut encore retrouver sur YouTube, a suscité une telle réaction du public que Radio-Canada a décidé de la mettre en ligne sur son site internet. Devant cet enthousiasme, Olivier Langevin a demandé la permission de garder la musique pour Galaxie, afin d’en faire une chanson, avec un texte différent. Les oreilles les plus dégourdies détecteront vite, sur Super lynx deluxe, qu’il s’agit de Magie magie, la troisième piste. Le groupe a évidemment modifié plusieurs éléments musicaux pour y imbriquer ses nouvelles paroles. « Mais c’est exactement le même groove, la même vitesse, le même débit... Certaines des séquences et quelques synthétiseurs de François sont restés tels quels. »

Discographie
2002 Galaxie 500
2006 Le temps est au point mort
2011 Tigre et diesel
2015 Zulu
2018 Super lynx deluxe