Félix Leclerc entre symphonie, BD, danse et récit biographique [PHOTOS et VIDÉO]

L’orchestre symphonique de Gatineau s’associe à nouveau au bédéiste Christian Quesnel – avec qui l’OSG avait concocté un spectacle multimédia autour de Ludwig (Von Beethoven) – pour offrir un concert en sons et en images, cette fois dédié à Félix Leclerc.

Sauf que L’alouette en liberté est encore plus ambitieux.

Pour ce concert symphonique présenté (deux fois) à la Maison de la culture de Gatineau ce samedi 6 avril, on applique à nouveau la formule des projections d’images vidéo – cette fois, il s’agit des peintures tirées de Félix Leclerc : L’alouette en liberté, roman graphique que Quesnel a publié le 27 mars dernier. Mais au spectacle s’ajoute une dimension chorégraphique, avec la présence sur scène de la danseuse et chorégraphe de Québec Geneviève Duong.

Le chef d’orchestre de l’Orchestre symphonique de Gatineau, Yves Léveillé, l’artiste visuel Christian Quesnel, le directeur général de l’OSG, Yves Marchand, et la chorégraphe Geneviève Duong

S’y greffent également des éléments narratifs esquissant à grands traits la biographie de Félix Leclerc. Dans la peau du narrateur, on retrouvera l’historien Raymond Ouimet, qui ne manque pas de souligner les éléments régionaux, puisque le parcours de Leclerc le conduira à étudier à Ottawa (au séminaire des oblats de Marie-Immaculée et à l’université) et à s’encanailler dans les bars de Hull. Sa chanson La Drave évoque d’ailleurs « le moulin de Buckingham », en Outaouais.

« Et le personnage de Sylvio, dans La Drave, est le grand-père du réalisateur Eric Baril », qui œuvre en Outaouais, ajoute Christian Quesnel, preuve qu’il a fait ses devoirs...

Plus que la chanson L’Alouette en colère, le titre évoque le fait que « Félix a toujours été un libre penseur, un esprit libre », précise Christian Quesnel. « Il a été consacré très tôt, ce qui lui a permis d’aller où il voulait [jusqu’en Europe], et il s’est permis de faire ce qu’il voulait. »

Et puis la thématique de la liberté est « très présente, dans son œuvre » : que ce soit « celle de l’homme, de l’individu face à l’entreprise », ou vis-à-vis de l’indépendance du Québec. Ou encore « dans sa connexion au territoire », poursuit-il, secondé par Geneviève Duong. Comme Maurice Richard ou Riopelle, rebelles de la même génération, il incarne aussi un esprit pacifiquement frondeur, « à une époque où les Québécois étaient dans une forme de soumission tacite au pouvoir », relance le bédéiste.

« Il a aussi donné au peuple le goût de la liberté. Le peuple s’est imprégné de sa liberté », enchérit le directeur artistique de l’OSG, Yves Léveillé, qui considère Félix Leclerc comme « un précurseur », puisqu’il a ouvert en Europe un chemin qu’emprunteront ensuite bien des artistes québécois.

Le spectacle a représenté plus d’un an de travail d’équipe, entre le chef d’orchestre Yves Léveillé, et ses collaborateurs. La liste des concepteurs comprend aussi le DG de l’OSG, Yves Marchand, qui a signé les partitions symphoniques de 23 chansons de Félix (dont la dizaine d’incontournables que chacun saura reconnaître) ; et Alexandre Berthier, qui a signé l’adaptation dynamique, pour l’écran, du travail de Christian Quesnel.

La voix ou la pensée de Félix

Préparons-nous toutefois à un probable « choc », puisque l’équipe s’est concentrée sur la musique : ici, nul chanteur pour relayer les paroles. Seule la mélodie est interprétée. Yves Léveillé s’en excuserait presque, lui qui a pris soin de réécouter « TOUS les enregistrements de Félix, de A à Z », et qui se dit particulièrement « impressionné » par les paroles, plus encore que par la musique.

La voix de Félix, on pourra « l’entendre » à travers les bulles de la BD. Ces phylactères reprennent des éléments puisés (avec l’autorisation des éditions Fides, précise M. Quesnel) dans cet « incroyable bouquin » qu’est Le calepin d’un flâneur. « Le lecteur a donc accès à la parole, et parfois la pensée de Félix », indique-t-il.

« Chaque double page est inspirée d’une chanson : les arbres, c’est Sur le bouleau, le train c’est celui du Nord. Tout ça est fait en fonction de la chronologie biographique de Félix et de [son] appropriation du territoire », illustre l’auteur.

L'artiste visuel Christian Quesnel a publié son roman graphique «Félix Leclerc : L’alouette en liberté» le 27 mars dernier.

Les artisans du spectacle eux-mêmes prennent « une certaine liberté » vis-à-vis de l’œuvre, convient le chef Léveillé, hilare. Yves Marchand reconnaît avoir librement exploré dans ses orchestrations « une grande variété de styles de musique », pour s’éloigner des similitudes que présentaient à ses oreilles certaines des chansonnettes voix-guitare.

« On est allé tant dans le jazz, que dans le rock ; il y a une pièce qui fait tzigane, un morceau en bluegrass. Moi mes souliers, on [lui a donné] un style un peu celtique, presque comme Riverdance », énonce M. Marchand. En s’empressant d’ajouter : « Mais on reconnaît très bien les pièces. Les thèmes sont vraiment là. »

L’hymne au printemps n’est pas si éloigné que ça de l’orchestration symphonique signée François Dompierre, mais Macpherson joue plutôt la carte des accords jazz dissonants, tandis que Le train du Nord, plus « contemporain » dans ses sonorités, flirte avec « le bruit du métal », explique-t-il.

Pour Mme Duong, cette réinvention « ne part pas de nulle part » : les orchestrations, nous rassure-t-elle, viennent « affirmer des textures musicales qui font partie des fondements des inspirations de Félix ». Avant de se livrer à cet exercice interprétatif, « on a rencontré à Québec le musicologue Gilles Perron, qui a écrit sur Félix », souligne pour sa part Christian Quesnel.

Ce spécialiste « nous a parlé des influences jazz, tziganes et folk de Félix. Lorsqu’il est arrivé à Paris, son propos était nouveau, mais son son aussi. »

La danse

« Le fait qu’il y a quatre chorégraphies qui s’intègrent à tout ça » est aussi une forme de « liberté » que s’accorde l’équipe.

Quand Geneviève Duong n’est pas directement sur scène en train de danser, son corps continue souvent d’onduler au milieu des images, au rythme de la musique, grâce au travail du vidéaste qui l’a subtilement intégrée aux décors des peintures signées Quesnel.

« On voit un peu Geneviève comme la nature qui s’anime », lance l’auteur. « La nature et la femme font partie des grandes thématiques de Félix », soutient la chorégraphe. « Notre réflexion était donc de voir comment transposer le mouvement dansé dans l’image », pour exploiter au mieux toutes les possibilités de l’approche multimédia.

« On mise sur la poésie visuelle et sonore. On ne voulait surtout pas que ce soit une expérience intellectuelle. »

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POUR Y ALLER

Quand? Le 6 avril 2019, à 14 h et 20 h

Où? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : Salleodyssee.ca ; 819-243-2525.