Emilie Kahn vient présenter son dernier album aux mélomanes gatinois, ce mercredi à 19h, au Minotaure dans le Vieux-Hull.

Emilie Kahn: cordes (moins) sensibles

Elle a perdu la seconde portion de son pseudonyme, mais pas la harpe qu’elle désignait ; s’est délestée des lunettes roses de sa jeunesse, mais pas de sa douce sensibilité. Le mercredi 27 mars, le Minotaure recevra dans son labyrinthe l’évolution naturelle d’Emilie & Ogden, Emilie Kahn.

L’intro est venue en 2015 : avec l’album 10 000, Emilie Kahn faisait découvrir la singulière pop indé qu’elle compose en duo avec son complice à 38 cordes, la harpe Ogden, sous l’alias qui réunissait leurs deux patronymes. La suite, Outro, est parue en février dernier sous son nom de baptistaire. « Honnêtement, c’est juste parce que le nom Emilie & Ogden portait beaucoup à confusion ! ricane la brunette de 28 ans au bout du fil. Ça avait du sens de prendre mon nom et de me présenter en tant que moi-même. Moi, en tant que personne et en tant qu’artiste, il n’y a pas tant de différences. »

Outro est atterri dans les bacs au terme d’années qui ont vu Emilie Kahn grandir. Vieillir, dans le bon sens du terme. La fin d’une relation marquante et l’approche de la trentaine l’ont graduellement rendue plus terre-à-terre, plus affirmée. Et comme la musique est pour l’auteure-compositrice-interprète un moyen de crever les abcès émotionnels, Outro est tout teinté de la conclusion un brin douloureuse de son adulescence et de son évolution en tant que personne et artiste. « J’ai écrit cet album en pensant à la fin de ma vingtaine. C’est un moment pour beaucoup de gens où l’on prend conscience de sa mortalité et du fait qu’on ne sera pas jeune pour toujours », ajoute la Montréalaise originaire d’Oshawa.

« Je pense que pour beaucoup de gens, quand on est plus jeune, on ressent toutes les émotions très intensément, et que je voyais beaucoup de situations de ma vie à travers des émotions très fortes que je projetais sur tout. Je romantisais beaucoup de situations que je vois maintenant dans une lumière plus réaliste. Et je m’ennuie un peu de la version romantisée de la vie, en même temps. C’est un peu ça l’émotion que j’ai travaillée : j’ai pensé à ces situations en me disant que j’avais... mal de ne plus avoir autant mal ! »

L’album, pourtant, ne fait pas mal du tout. Mi-rêverie, mi-journal intime, Emilie Kahn y fait voltiger sa voix éthérée sur des couches d’électro aériennes, que des rythmes pop assumés ramènent ici et là au sol. Ogden n’est pas retourné dans son étui pour autant. Moins présente que sur 10 000, la harpe reste la signature de l’artiste, même si elle se cache parfois derrière les strates électroniques ciselées en duo avec Warren Spicer, de Plants and Animals. Pendant l’année et demie qu’a duré le processus d’enregistrement et de mixage, la principale intéressée écoutait du Lorde, du Taylor Swift et d’autres pop stars de ce monde, en plus d’artistes alternatifs. Et, accessoirement, elle arrondissait les fins de mois avec des petits boulots — dur, dur d’être riche quand on se lance en musique...

« On me demande souvent si c’est difficile de faire une place pour la harpe dans ce genre de musique. Au contraire, la harpe, c’est mon outil d’écriture. J’ai toujours créé autour de la harpe pour venir compléter avec d’autres instruments, détaille la musicienne. Je ne me suis jamais questionnée à savoir si ça avait du sens, j’ai seulement utilisé la harpe pour composer. Je ne me considère pas tant comme une harpiste — c’est comme si la harpe était là à la place de la guitare. »

Pour cette tournée, la (non — ) harpiste s’est entourée d’une percussionniste, d’une bassiste et d’une claviériste pour ses prestations.

« Et je suis beaucoup plus mobile. À certains moments, je délaisse la harpe et je chante debout. Avant, j’étais assise derrière la harpe pendant tout le spectacle. J’étais un peu tannée, j’avais envie de bouger ! Et je trouve que ça a du sens avec la nouvelle musique. »

POUR Y ALLER :

Quoi ? Emilie Kahn en spectacle (première partie d’Amanda Lowe)

Où ? Le Minotaure

Quand ? Mercredi 27 mars, 19 h

Renseignements : Évènement Facebook Emilie Kahn et Amanda Lowe au Minotaure