Cinéplex retransmettra en direct, depuis Paris, le drame de Shakespeare Roméo et Juliette monté par la Comédie-Française.

Du théâtre en français au Cinéplex South Keys

La bannière Cinéplex s’apprête à diffuser en direct sur certains de ses écrans des pièces de théâtre francophones. Et plus précisément celles produites par l’une des institutions les plus réputées de l’Hexagone : la Comédie-Française.

’initiative débute ce mardi 19 décembre à 11 h 30, avec la présentation live du Roméo et Juliette de Shakespeare, monté par Éric Duf. (La pièce, d’une durée de 3 h, bénéficiera d’une rediffusion à 19 h).

Cette série théâtrale se poursuivra dans les mois suivants avec la diffusion de deux Molière, Le Misanthrope (24 janvier) et Les Fourberies de Scapin (14 mars), respectivement mis en scène par Clément Hervieux-Léger et Denis Podalydès, et de cet autre classique du répertoire français qu’est Cyrano de Bergerac (14 février). La programmation de cette première « saison » se terminera le 16 mai, sur une pièce de Marivaux quant à elle méconnue, Le Petit-maître corrigé. Ces cinq productions seront sous-titrées en anglais et bénéficieront de plusieurs rediffusions.

Seul hic : Gatineau n’est pour l’instant pas concerné par cette offre théâtrale. Le Starcité de Gatineau n’accueillera pas ces cinq pièces, explique le vice-président à l’exploitation pour l’Est du Canada et directeur général de Cineplex Divertissement pour le Québec, Daniel Séguin. Il précise que c’est néanmoins, à terme, l’objectif de Cinéplex, que de pouvoir réserver un des écrans du Cinéplex du quartier du Plateau aux futures productions théâtrales.

Dans la région, seul le Cinéplex South Keys, dans le sud d’Ottawa, est concerné par l’opération, indique M. Séguin. Situé au 2214 de la rue Bank, le Complexe demeure toutefois relativement éloigné du centre-ville, même s’il demeure « proche de Lansdowne », dans l’esprit du gestionnaire. 

Le Cineplex Cinemas Lansdowne and VIP pourrait également accueillir bientôt ces productions théâtrales.

C’est que, dans l’immédiat, ces projections sont réservées aux « salles dédiées » à la programmation de Cinéplex Événements, précise M. Séguin. Cette décision d’affaires de se limiter à une « diffusion restreinte » se justifie par des « soucis technologiques » : « Il y a toute une infrastructure nécessaire, en arrière de ça. On veut s’assurer de bien faire les choses ». 

Diversification

« Cette offre théâtrale vient enrichir la programmation alternative » sur laquelle la bannière travaille depuis plus de 10 ans dans le but de « diversifier son offre », rappelle par ailleurs M. Séguin. Cette offre, qui a débuté par la présentation de matches de lutte, s’étend désormais à la diffusion en direct d’opéras (notamment ceux du Metropolitan Opera de New York), de spectacles du Ballet Bolchoï, de concerts (André Rieu, U2, Slipknot, David Gilmour, etc.), de comédies musicales et de pièces de théâtre en anglais (souvent signées par le National Theatre). Sans oublier la projection de films classiques remastérisés (comme Le Miracle sur la 34e rue, projeté hier à South Keys), des films-conférences (généralement en lien avec des voyages exotiques), et, à l’occasion, les « visites guidées » filmées de certaines expositions d’envergure (par exemple celle du British Museum concernant les Vikings, qui avait eu un bel écho en 2014). 

Depuis quelques semaines, les amateurs de sports peuvent également assister en direct à certains matches de football de la NFL – tout en apportant une bière jusqu’à leur siège, quand l’exploitant des salles a un permis qui l’autorise, rappelle M. Séguin.

Cette offre est de plus en plus populaire, à mesure que la technologie haute définition (HD) s’affine, expose Daniel Séguin. « La présentation d’événements [live] en HD n’était pas à la fine pointe de la technologie il y a 10 ans. [Aujourd’hui], il y a un véritable engouement parce que la qualité est là : c’est comme si vous assistiez en personne à l’événement. »

Bientôt, des pièces québécoises ?

Pourquoi ce partenariat avec Paris, plutôt qu’avec certaines compagnies québécoises ou franco-ontariennes réputées ? Encore une fois pour des raisons logistiques liées à la captation live et à la retransmission d’une image et d’un son de qualité irréprochable, rétorque M. Séguin. Il rappelle que la Comédie-Française a pris les devants dès sa saison 2016-2017, en commençant à faire rayonner certaines de ses pièces sur les écrans de cinéma de France. 

Le directeur général de Cineplex Divertissement pour le Québec annonce toutefois que des démarches ont été entreprises avec certaines compagnies théâtrales de la province, afin d’évaluer avec elles la possibilité de diffuser leurs futures productions. Cinéplex serait ravi « de pouvoir présenter des produits culturels [...] des artisans de chez nous », assure-t-il.

Reste que la compagnie, dans sa volonté de « proposer une plus-value » culturelle, veut pouvoir offrir une forme d’« exclusivité » à sa clientèle en lui montrant par exemple  « ce que le public sur place ne peut pas voir ». Or, la Comédie-Française semblait tout à fait disposée à lever le rideau sur ses coulisses, dans la perspective de mieux faire rayonner ses productions.

Le coût du billet sera en tous les cas moins cher qu’un billet d’avion à destination de Paris : les pièces sont tarifées à 19,95$ (pour un adulte ; le prix tombe à 12,95$ pour un enfant).

Une initiative qu’il faut saluer, même si elle risque de brouiller encore davantage la compréhension du terme « théâtre », canadianisme lorsqu’il évoque, par dérivation de la terminologie anglophone... une salle de cinéma.