La chanteuse montréalaise Dominique Fils-Aimé a récemment été couronnée Révélation Radio-Canada en jazz pour 2019-2020.

Dominique Fils-Aimé: prière de ne pas applaudir

En spectacle, Dominique Fils-Aimé demande de ne pas applaudir entre les chansons. La moitié du temps, les spectateurs coopèrent. L’autre, non.

On en a la preuve documentaire. La chanteuse montréalaise, qui connaît un départ en lion dans le milieu du jazz depuis son premier long jeu, Nameless (2018), était montée sur les planches de l’Astral de Montréal en mars dernier. Les critiques ont été plus qu’élogieuses. Sa présence magnétique, le style mûr qu’elle a rapidement trouvé, sa voix profonde : la soirée a été louangée de A à Z. Résultat ? D’abord collaboratifs à la consigne de la chanteuse, les spectateurs ont de plus en plus laissé filtrer leur enthousiasme.

La soupape n’a pas tenu...

« C’est dur de dire aux gens de ne pas applaudir ! » ricane au bout du fil la pétillante trentenaire, récemment couronnée Révélation Radio-Canada en jazz pour 2019-2020. Sur scène, explique-t-elle, « j’essaie de créer mon rêve » : un spectacle qui forme un tout ininterrompu ; un seul et même tableau qui raconte une histoire, un peu comme une pièce de théâtre. « De la même manière que la trilogie, pour moi, ce ne sont pas trois albums : c’est une pièce en trois actes. »

Par « la trilogie », l’ancienne intervenante en soutien psychologique pour les employés, qui s’est hissée haut dans l’émission La Voix en 2015, désigne le triptyque sur lequel elle travaille. Trois albums, trois couleurs primaires, trois styles pour raconter l’histoire afro-américaine à travers les prismes des émotions et de l’émergence des différentes musiques. Ce qu’elle fait avec un jazz savamment dosé, dans lequel les instruments sont relégués à l’arrière-plan pour faire reluire sa voix en couches superposées — cette sonorité, par ailleurs, est le résultat d’une époque où l’artiste n’avait qu’un micro et un logiciel pour enregistrer les instrumentations qu’elle imaginait, détaille-t-elle.

La première partie, Nameless, était l’album bleu ; celui du blues, de la répression à l’époque de l’esclavage. En février, le deuxième acte, Stay Tuned !, ouvrait. La Montréalaise l’a voulu rouge, comme « le feu de la révolution » qui a légué à l’humanité le jazz. Stay Tuned ! figure d’ailleurs sur la longue liste du prestigieux prix de musique Polaris, dévoilée la semaine dernière.

Dominique Fils-Aimé s’est hissée haut dans l’émission La Voix en 2015.

La suite logique paraîtra l’an prochain. « Tout existe déjà » pour mettre au monde cet opus — vous l’aurez deviné — jaune. « La guerre n’était pas gagnée, mais quelques libertés, ça a été assez pour que tout de suite, on voie dans la musique un côté plus ensoleillé, expose-t-elle. Ça parlait de faire la fête, ça parlait d’histoires d’amour... »

« La musique est une arme magique »

Oui, la trilogie représente les 200 dernières années, « mais ça représente aussi tous les humains, résume la chanteuse. Tous les différents états d’esprit, on peut les vivre autant personnellement qu’historiquement. Et moi, j’aimerais apporter une forme d’apaisement à travers la musique. Ces styles, ils nous racontent des blessures, et souvent, la musique est le meilleur moyen de mettre un baume dessus. »

La controverse entourant SLAV a d’ailleurs éclaté alors que Dominique Fils-Aimé avait déjà écrit la quasi-totalité de Stay Tuned !, l’été dernier. « Ça m’a confirmé que je n’étais pas folle d’en parler ! »

Mais à savoir de quel côté du débat elle se situait, l’artiste n’est pas du genre à s’apposer des étiquettes. « Je suis dans une zone d’empathie. Il ne faut pas penser que tout découle toujours de mauvaise volonté, nuance-t-elle. Selon Martin Luther King, c’est par les mentalités qu’on change les choses. Il faut toujours que les choses partent d’une place d’amour, pas de vengeance ou de colère. Le vrai départ, plus que les faits, c’est les émotions et les états d’esprit des gens. Donc c’est de mettre les gens dans cet état d’esprit où ils sont prêts à faire un changement collectif. »

Au moment de l’entrevue, Dominique Fils-Aimé faisait une escale éclair à Toronto avant de repartir quelque 4000 kilomètres plus loin, en Colombie-Britannique. Pour la première fois cette année, son trajet estival l’emmène dans tous les festivals de jazz du Canada. Tous, souligne-t-elle à gros traits : « il y a eu Calgary, Regina, Winnipeg, et on va faire Victoria et Vancouver. Après... on retourne. On fait Toronto, puis Ottawa » le dimanche 30 juin, à 19 h 30, dans le parc de la Confédération.

Ce sera donc le Canada au complet qui l’aura applaudie. Ou pas, lui souhaite-t-on.

Dominique Fils-Aimé sera aussi à la Salle Jean-Despréz de Gatineau le 22 février 2020.

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POUR Y ALLER

Quand ? Dimanche 30 juin, 19 h 30

Où ? Scène OLG, Parc de la Confédération

Renseignements : ottawajazzfestival.com

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Quand ? Lundi 1er juillet, 20h

Où ? Festivoix, Trois-Rivières

Renseignements : festivoix.com

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Quand ? Vendredi 5 juillet, 20h

Où ? Théâtre Granada, Sherbrooke

Renseignements : sherblues.ca