Luc Langevin présentera son tout nouveau spectacle, Maintenant demain, le 10 mars à la Maison de la culture de Gatineau.

D’hier à Maintenant demain

Pas toujours incompatibles, quoique souvent mis en opposition, il y a les tempéraments esthètes et les esprits scientifiques. Luc Langevin a toujours été de cette deuxième catégorie d’individus.

Enfant, «quand je regardais la mer déchaînée, au lieu de contempler la puissance des éléments, je me figurais l’équation mathématique qui déterminait le mouvement des vagues», retrace l’illusionniste dans son livre La Science de l’illusion, paru cette semaine aux éditions Michel Lafon. Souvenir qu’il partage moins pour parler de sa jeunesse que pour décortiquer son art – abordé en ces pages sous un angle étonnamment pratico-pratique.

Son art ? Non, pas la magie – ça fait 10 ans que Langevin s’amuse à démythifier le mot «magie» – mais bien l’illusion. C’est-à-dire «l’art d’avoir l’air» magique. Ses 10 ans de carrière seront d’ailleurs soulignés, sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé, lors d’une émission spéciale qui sera diffusée le 3 mai.

Le bouquin n’est pas du tout un catalogue de tours de magie expliqués aux amateurs, mais un guide dont l’approche scientifique (rappelons que Luc Langevin est tout de même bardé d’un diplôme en génie physique) l’autorise à faire la démonstration que « surnaturel » et « illusions » sont avant tout une question de perceptions. Donc, de persuasion. Bref, à la base : une affaire de psychologie.

«Je lève le voile sur mon quotidien des 10 dernières années, qui a consisté à trouver divers moyens de tromper les perceptions des gens», explique Luc Langevin. L’auteur (à quatre mains avec Anna Topaloff) invite alors les lecteurs à s’outiller pour devenir des «maîtres en psychologie relationnelle» capables de comprendre les failles du cerveau (lesquelles déjouent nos sens), de saisir les fondements de ce qu’on appelle l’intuition, et de «décrypter le réel».

Tout cela, pour mieux «repousser les limites de l’impossible», écrit-il.

Conseils pragmatiques

En «vulgarisateur scientifique», il y dévoile entre autres quelques «secrets» de mentalistes qui permettront de mieux s’affranchir de la manipulation... ou qui donneront peut-être envie de s’exercer aussi à l’art de détourner l’attention.

Appliqués dans les différentes sphères de notre vie affective ou professionnelle, les conseils qu’il prodigue faciliteront la réussite d’un entretien d’embauche, d’un examen oral, d’une négociation d’affaires ou s’une entreprise de séduction amoureuse, explique le charismatique Langevin.

Ceux qui auront lu son livre seront-ils moins impressionnables face à ses tours ? «Je ne pense pas, sourit-il au téléphone. On va au cinéma en sachant que ce qu’on voit, ce sont des acteurs et des effets spéciaux. Ça ne nous empêche pas de nous laisser émerveiller et de vivre des émotions.»

En parallèle, le prestidigitateur présente à Gatineau son tout nouveau spectacle, Maintenant demain, mis en scène par René Richard Cyr. Son nouveau bébé scénique vient répondre à une question fondamentale que s’est posée Langevin après qu’il eut accédé à un succès presque vertigineux (dans la foulée de sa série télé Comme par magie, de quelques émissions spéciales au Québec puis en France, et de son premier solo, Réellement sur scène, consacré par un billet d’or) : «qu’est-ce qu’on fait quand on a atteint tout ce dont on rêvait, enfant, et qu’on a encore la vie devant soi ?».

La réponse qu’il a trouvée, Langevin la partage «à travers la trame narrative » de ce deuxième spectacle. «Ce qu’on fait, je pense, c’est qu’on a soudainement envie de partager ce qu’on a vécu, l’expérience qu’on a acquise», laisse-t-il planer, aussi évasif que possible sur le sous-texte qui cimente et alimente en poésie ses nouveaux tours.

En grattant un peu, on apprendra que Langevin entamera une conversation avec une version de lui-même venue du futur. Et qu’il a l’intention de proposer un numéro de téléportation pas très courant. Car ce n’est pas lui qui se dématérialisera, mais un spectateur qu’il fera disparaître et réapparaître, laisse-t-il entendre.

«Look plus moderne»

«J’ai essayé de faire un peu moins de micromagie pour offrir des illusions plus “scéniques”, plus adaptées à la scène», poursuit-il. Lui qui avait rapidement fait de la micromagie sa spécialité a conservé un numéro «minimaliste» qui s’appréciera par le truchement d’un écran géant. Mais, dans l’ensemble, Langevin et son metteur en scène ont développé des illusions d’ample format.

«Le défi, en allant là, c’était de proposer des tours qui soient malgré tout différents de ce qu’on voit habituellement dans les spectacles de magie. C’est beaucoup plus difficile d’innover dans la magie de scène qu’en micromagie. Mais c’est un défi qu’on a très bien bien relevé – et qui reste en lien avec mon approche, qui [consiste à] rester proche des gens. Par exemple, je voulais rester seul sur scène, ne pas tomber dans les clichés du genre, [comme par exemple] avoir des tas d’assistants qui aident à mener à bien les illusions. [...] C’est le public qui monte sur scène, ce sont les gens qui deviennent en quelque sorte mes assistants, de façon tout à fait improvisée – ils n’ont aucune connivence avec moi. Et c’est ce qui rend les illusions encore plus percutantes, je crois.»

Le cadre scientifique qui baignait la présentation des numéros du premier spectacle et de son émission télé s’estompe ici au profit d’une démarche plus poétique, dit-il. «Pour Maintenant demain, j’ai donné plus d’importance au côté émotionnel des choses. La science demeure au centre des tours et de leur conception, mais j’en parle moins sur scène, au profit des émotions» et de «l’émerveillement» qui se dégage de l’histoire racontée au fil des numéros.

Pour son premier spectacle, Luc Langevin tournait son regard vers le passé, ce qui se reflétait dans le décor où se mêlaient le bois, le métal rouillé et les couleurs vintage et sepia. «Dans Maintenant demain, on regarde vers l’avenir, donc on a une scénographie plus moderne, plus d’éclairages, plus de technologie et de projections vidéo : un look plus contemporain adapté au propos. »

«Les secrets des numéros impliquent tellement de contraintes vis-à-vis de la mise en scène que très souvent, j’ai dû révéler beaucoup de choses à René-Richard Cyr. Il n’a jamais cherché à en savoir plus que ce dont il avait réellement besoin, mais c’est vrai qu’il connaît maintenant plusieurs des ficelles», sourit le magicien, ravi de cette collaboration.

POUR Y ALLER

Quand ? Samedi 10 mars, 20h (supplémentaire le 27 juillet)

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca