Yann Perreau a réinterprété des pièces de Richard Desjardins à L'Outaouais en fête.

Desjardins nouvelles générations

CRITIQUE / Aylmer a refermé lundi soir le 42e chapitre de L’Outaouais en fête, en compagnie des petits bijoux poétiques de Richard Desjardins, qui venaient clore une Saint-Jean Baptiste prolongée sur quatre jours.

Non, le poète abitibien n’était pas présent sur la scène du parc des Cèdres, mais son répertoire a été revisité par un collectif cinq étoiles d’auteurs-compositeurs-interprètes inspirés, qui a livré sans fausse note  le spectacle-hommage Desjardins, on l’aime-tu !.

Un concert plein de charme... et d’étincelles.

C’est une très belle gang que ces fils et filles spirituel(le)s de Desjardins : Yann Perreau. Bernard Adamus et Koriass, mais aussi Keith Kouna, Philippe B., Klô Pelgag, Philippe Brach, Queen Ka, Matiu et Salomé Leclerc, sans oublier Stéphane Lafleur (du groupe Avec pas d’casque) et le duo Saratoga (Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse). Essentiellement, les mêmes qui ont signé l’an dernier le fort joli album Desjardins, réalisé par Philippe B. (lui aussi résident de Rouyn-Noranda, comme l’éminent Richard D.) 

Les mêmes ? Il ne manquait  que Safia Nolin, Fred Fortin, Émile Bilodeau et les Sœurs Boulay, remplacés lundi par Mara Tremblay, et Salomé Leclerc. Bref, pas des débutants. 

Il y avait aussi Elkhana Talbi, alias la slameuse Queen Ka, qui, entre les chansons, est venue scander les mots du poète. Elle avait « des fuses à faire sauter ». Et elle a réussi son coup.

Plein de surprises

Yann Perreau l’a déjà confessé (au Devoir) : réinterpréter Desjardins est un exercice périlleux. La bande a, comme sur l’album, eu l’intelligence d’approcher la poésie de Desjardins avec une sensibilité propre à chacun des interprètes, plutôt qu’en faisant preuve de déférence trop polie, ce qui aurait sans doute donné des relectures  moins intéressantes.

Les artistes allaient se passer le relais, mais le concert a démarré en gang, tout le monde montant sur scène pour offrir en chœur Nous aurons, qui ne figure pas sur disque.

Les valeureux n’ont pas non plus cherché à reproduire l’album. Ils ont brassé les cartes. 

Le toujours très foutraque Bernard Adamus s’est trouvé un acolyte idéal en la personne de Philippe Brach pour entonner en duo le Boomtown Café — autre morceau ne figurant pas sur le disque — tandis que Rick Haworth se donnait à fond, sa slide guitare sur les genoux.

Mou, la poésie ? L’ensemble ne manquait absolument pas de vigueur. Fallait voir Matiu fouetter Le Bon Gars, toujours avec la complicité de Haworth, cette fois à l’harmonica. Plus tard, Koriass a galvanisé la foule avec sa version musclée de M’as mettre un homme là-d’ssus.

Avant d’entonner Quand j’aime une fois j’aime pour toujours, délicatement chaloupée par la contrebasse, Saratoga a suggéré qu’on donne un petit coup de pouce  à Desjardins l’activiste environnemental. Une mélodie chaudement applaudie, tout comme la suivante Jenny, livrée avec émotion par Keith Kouna.

Mais ceux qui pensaient simplement venir apprécier une version scénique du disque sont allés de surprise en surprise. 

Philippe B ne s’est pas contenté d’interpréter la « chanson politique » qu’il proposait sur l’album (Y va toujours y avoir) : il s’est aussi fait romantique, le temps de proposer au public Un beau grand slow.

Yann Perreau, juché au sommet d’un camion garé en bordure de scène, tel un artiste de cirque, a étonné le monde en jouant à l’Homme Canon.

Dans la foulée, Mara Tremblay a partagé un Lucky Lucky chargé de vibrations. L’émotion était aussi au rendez-vous en découvrant le Boom Boom de Stéphane Lafleur  (plus réussi que son Au pays des calottes) et l’Étoile du Nord que pointait Salomé Leclerc.

Pour les soutenir au violon, nul autre que Guido Del Fabbro.

On a dû, heure de tombée oblige, envoyer notre texte au journal alors que s’envolait Le Cœur est un oiseau, magnifiquement libéré de sa cage par la voix de Mara Tremblay.

Premières parties

Avant de plonger dans Le Bon Gars de Desjardins en soirée, Matiu a passé une partie de l’après-midi à présenter son propre répertoire, au sein de son quatuor. Du « folk bipolaire », il appelle ça, le sympathique « Indien 2.0 » (Matiu est issu de la réserve de Maliotenam). Un folk-rock chargé de blues, qui fleure la Côte-Nord, le feu de camp et l’épinette. Un folk de Terre sauvage : gricheur, grondeur, grungeur ; tsé, à la Neil Young ». Un folk-blues qui se moque des frontières, passant du français à l’anglais et l’innu (et empruntant au détour un succès à Kashtin et aux Colocs), porté par une voix ni rauque ni rêche, mais pleine de sable.

Parlant de mélange des langues et de brassage culturel, on a aussi  vu passer le dynamique Alaclair Ensemble, lundi. Kenlo et son « boys band » de rigodondeurs hip hop ont fait danser et taper des mains les amateurs de rap patriotique et d’Histoire alternative, avec ses flows polyphoniques, son brassage de clins d’œil musicaux, son humour « flydingue ». On a même vu le directeur artistique de L’OEF, Jean-Paul Perreault, sautiller sur place,  façon hip hop, entraîné par le mouvement de liesse de la foule et le souffle des caissons de basses (subwoofers ). 

L’OEF avait débuté timidement, vendredi, en compagnie des Hôtesses d’Hilaire. La formation acadienne n’a pas attiré autant de public qu’elle méritait, pas plus que Les Chiens de Ruelles, qui ont joué devant une foule très clairsemée. 

Heureusement, le parc des Cèdres était bondé pour accueillir Les Colocs. Mike Sawatzky et sa bande  – un vaillant octuor, mélange de  vétérans Colocs de la première heure et de nouvelles têtes, dont Jason Hudon au chant, qui est d’une solidité à toute épreuve,  jusque dans les parties scat (toniques et fort délicates) que lui a léguées « Dédé » Fortin. Soutenus par non pas une mais deux batteries, et visiblement galvanisés par l’énergie débordante du public, les Colocs, ont donné un show rock aussi puissant qu’émouvant, qui restera certainement dans les annales de l’OEF. 

Dimanche, les festivaliers aylmerois ont pu profiter des facéties des Trois Accords ; la veille, ils avaient eu droit aux Cowboys Fringants. Deux grosses foules, semble-t-il. N’en déplaise aux autres festivals de la région : avec son affiche du tonnerre, l’Outaouais en Fête offrait cette année le meilleur rendement qualité-prix de la saison estivale... et de loin !