L'Ottavienne Suzanne Pinel, connue pour son personnage de Marie-Soleil dans les années 80, est demeurée un exemple d'implication au sein de sa communauté.
L'Ottavienne Suzanne Pinel, connue pour son personnage de Marie-Soleil dans les années 80, est demeurée un exemple d'implication au sein de sa communauté.

De Marie-Soleil à Suzanne Pinel : la voie de l’altruisme

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Sous les traits de Marie-Soleil, Suzanne Pinel a fait chanter et rêver les enfants tout au long des années 80. Accompagnée d’un clown muet (Samuel) et d’un chien anglophone (une marionnette prénommée Fergus), cette pédiatre et musicologue a enregistré 145 émissions pour enfants. Bilingues, car l'émission s''adressait aux jeunes anglos, et Suzanne Pinel profitait de sa tribune télévisuelle pour défendre en français les vertus du bilinguisme.

Trop énergique pour y succomber aux plaisirs oisifs de la retraite, Suzanne Pinel multiplie les implications au sein de sa communauté: Ottawa. C’est le genre de «bénévole à temps plein» qui fait la fierté d’une ville... voire d’un pays: rappelons qu’elle fut décorée de l’ordre du Canada en 1991 et de l’Ordre de l’Ontario en 2012.

Cette infirmière de formation (diplômée de l’université d’Ottawa) n’a jamais cessé de consacrer son énergie et ses connaissances pour améliorer la santé de ses contemporains.

Ces dernières années, elle ressortait à l’occasion sa guitare, pour égayer le quotidien des pensionnaires de résidences pour aînés ou celui d’enfants hospitalisés. Mais ses prestations se sont raréfiées, avoue-t-elle, en promettant d’y revenir, dès qu’elle disposera d’un peu de temps.

Depuis six ans, la Franco-Ontarienne siège sur le conseil d’administration de Santé Publique Ottawa, organe qui ne compte que cinq personnes issues de la société civile (les six autres fauteuils étant réservés à des conseillers municipaux). 

Avant l’apparition du nouveau coronavirus, ce travail n’était pas le plus accaparant – une réunion aux deux mois, grosso modo, pour discuter d’enjeux globaux liés à la santé des Ottaviens et guider l’action municipale à moyen terme. 

«On se rencontre beaucoup plus souvent avec la COVID», avance-t-elle. La pandémie a évidemment contraint la Ville à revoir ses priorités. «En début de mandat, on parlait de vaccination et on pensait travailler sur l’isolement», problème que la COVID aura en définitive gravement accentué, constate-t-elle.

La Médecin chef en santé publique à Ottawa, Vera Etches, est à la fois «très compétente» et «très réaliste», estime Mme Pinel. «Dr Etches sert très bien la cause. On a beaucoup moins de cas [de COVID] à Ottawa; on continue de parler de courbe aplatie. Par contre, quand ce sera fini, il va falloir recommencer à travailler sérieusement sur l’isolement » des aînés.

Marie-Soleil et ses amis, dont le clown Samuel – qui s'exprimait par pantomime, pour faciliter la compréhension de son jeune public anglophone. Elle ne chantait qu'en français. Les autres personnages parlaient en anglais.

Chroniques radio

Au printemps dernier (d’avril à mai 2020), Mme Pinel a signé de courtes chroniques hebdomadaires pour l’émission Le matin du Nord, diffusée dans la région de Hearst,  sur les ondes d’ICI Première.

Chaque semaine, pendant 10 minutes, Suzanne Pinel partageait des souvenirs liés aux chansons qu’interprétait Marie-Soleil. Le ton est à la nostalgie. En ondes, l’Ottavienne explique les sources d’inspiration de la chanson sélectionnée. Le site web de Radio-Canada réveillait les souvenirs en diffusant des vidéos de ces lointains concerts.

«C’est important, l’inspiration!» et il faut la nourrir au même titre que la curiosité et l’éveil, dit-elle. Et de mentionner, pour l’exemple, que ce qui a inspiré ces capsules radiophoniques, c’est justement le fait que l’animatrice du Matin du Nord, Martine Laberge, ait découvert un vieux microsillon de Marie-Soleil qui prenait la poussière. 

Avec cette chronique, « j’ai la chance de pouvoir parler de mes chansons préférées. Ce sont généralement celles qui encouragent les bons comportements des enfants – comme bien laver leurs mains et manger de bons fruits, ou se lever tôt, comme le soleil, et faire des exercices quotidiens». 

Ce sont d’ailleurs les mêmes raisons qui l’ont incitée à siéger sur le c.a. de Santé Publique Ottawa, note-t-elle. 

«Je continue simplement de faire ce que j’aime le plus : m’occuper d’éducation et de santé. La santé tant physique que sur le plan social», ajoute-t-elle.

Contribution communautaire

Ces dernières décennies, Mme Pinel a bénévolement veillé au fonctionnement et aux intérêts de divers organismes de bienfaisance liés à la santé – infantile souvent, mais pas seulement: la fondation de Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, l’Association de l’hôpital Montfort, Jeunesse j’écoute, La cité collégiale, la Fondation des maladies du cœur, Centraide Ottawa, la Société canadienne du sang, la Société de l’aide à l’enfance d’Ottawa, etc.

Et il s’agit là d’un résumé presque grossier de sa constante contribution communautaire. 

Dans le passé, elle a travaillé sur plusieurs campagnes de sensibilisation (contre la drogue et pour la vaccination des enfants, par exemple). Tout récemment, elle participait à l’une des grandes conférences virtuelles antiracistes, organisée dans le sillon du mouvement dénonçant la discrimination envers les populations noires et autochtones.

Le matériel pédagogique à l’effigie de Marie-Soleil qu’elle a conçu plus jeune est parfois encore utilisé en classe, se réjouit la musicologue.


Juge de citoyenneté

De 91 «à 2015, je crois», Suzanne Pinel a présidé – bénévolement, toujours – de nombreuses cérémonies d’acquisition de citoyenneté des nouveaux arrivants. La fonction l’analyse des dossiers et la rédaction de rapports justifiant ses décisions administratives. Cette fonction est habituellement dévolue à d’anciens juges, mais le fait d’être décorée de l’ordre du Canada l’autorisait à tenir ce rôle auprès de Citoyenneté et Immigration Canada, explique la juge Pinel... qui préfère toutefois qu’on l’appelle «Suzanne» plutôt qu’on l’apostrophe par «votre honneur», bien trop pompeux à ses oreilles.

On l’a vue à l’œuvre en toge: sa bienveillance pour les nouveaux arrivants est infinie, et ses interventions en tant que juge se tenaient loin de tout protocole cérémonieux: elles étaient humaines et chaleureuses. Ensoleillées... car Marie-Soleil ne l’a jamais quittée.

«J’adore les nouveaux venus et leur vécu. J’adorais discuter avec eux. Comme bénévole, je continue à assister (et non plus présider) aux cérémonies de citoyenneté, qui sont virtuelles en ce moment, à cause du COVID. Mais ce sont des rencontres plus individuelles. Je préfère quand c’est en groupe...»

Suzanne Pinel a été décorée de l’ordre du Canada en 1991 et de l’Ordre de l’Ontario en 2012.

«Grand ménage»

Suzanne Pinel a aussi profité de la ‘pause’ de la COVID pour «faire le grand ménage du sous-sol». «J’accumule tant des choses qui sont pas nécessaires!» Elle trie, elle archive et elle donne. Elle a rempli des sacs de vêtements et d’objets utilitaires, qui ont pris le chemin de l’Armée du Salut.

Mais elle conserve précieusement les cassettes audio, vidéocassettes et autres prestations de Marie-Soleil «enregistrées sur des «bobines et des supports mécaniques désuets ».

Elle dit avoir commencé à transférer sur format numérique certains de ces enregistrements. Moins pour la postérité que pour pouvoir «offrir une une copie de spectacle sur clef USB aux gens» qui le lui demandent parfois.

«J’ai mis tout ça dans un gros meuble en métal», pour les protéger advenant un sinistre. 

Et en bonne grand-maman consciencieuse, elle participe activement à l’éveil artistique de ses  quatre petits-enfants, en particulier de Maxime, 7 ans, le plus musicien des quatre (les autres font de prometteurs athlètes, précise-t-elle en riant). 

«Il a une voix superbe et le son toujours juste.  Pendant la COVID, il me montrait sur Facetime ce qu’il composait – cinq ou six notes – et moi je l’encourageais à mettre des paroles en français, car sa mère est anglophone...»