Les danseurs de Frontera, Stacey Désilier, Sovann Rochon-PromTep, Koliane Rochon-Prom Tep, Justin de Luna, Louise Michel Jackson, Lexi Vajda, Mark Medrano, Caroline Gravel, Robert Abubo, Léna Demnati.

Danser pour repousser les frontières

Après monumental en 2016, la chorégraphe Dana Gingras propose Frontera. Cette pièce engagée, qui mêle concert rock, danse et art conceptuel, se veut une réflexion sur les frontières qui nous séparent, tant physiques que psychologiques.

Il y a 3 ans, alors que la chorégraphe montréalaise s’apprête à retourner en Argentine, où elle a passé une grande partie de son enfance et adolescence, elle a le sentiment de ne pas savoir d’où elle vient.

Frontera a un lien direct avec ma propre vie. […] J’ai réalisé qu’en tant qu’artiste, j’ai toujours travaillé avec le point de vue d’une étrangère », confie Dana Gingras.

Par ailleurs, l’actualité américaine est venue bouleverser la chorégraphe. L’élection de Donald Trump et sa volonté de construire un mur à la frontière avec le Mexique troublent Dana Gingras. « Mon beau-frère est Mexicain, mes nièces sont à moitié Mexicaines. Tout ça a été très personnel », se souvient-elle.

C’est ainsi qu’est née l’idée de Frontera, (frontière en espagnol). La chorégraphe a ainsi puisé dans sa propre expérience pour travailler « autour de l’idée de frontières, de bornes, mais aussi des populations en quête d’un lieu de liberté », explique la directrice artistique de la compagnie Animals of Distinction (anciennement Holy Body Tattoo).

« Quand je regarde ce qui se passe dans le monde et que je constate cette immense migration humaine, mais aussi animale, à cause de nos modes de vie capitalistes, je me demande vraiment ce que signifie avancer aujourd’hui », souligne Dana Gingras, ajoutant qu’elle s’est toujours intéressée à l’évolution de notre société.

Si Frontera aborde de prime abord les limites physiques, viennent s’ajouter celles des barrières psychologiques et de « ce sentiment qu’on ressent lorsqu’on se déplace vers l’inconnu, quand on va de la lumière à l’ombre. »

Soif de liberté

Pour chorégraphier Frontera, Dana Gingras s’est inspirée de l’énergie intense du « Parkour » [l’art du déplacement, NDLR] et de la course libre. Et contrairement à sa précédente œuvre, monumentale, où les danseurs devaient rester sur un cube, dans Frontera ils sont « beaucoup plus libres » et leurs mouvements sont plus fluides.

« Les danseurs sont à la recherche d’espace où ils ne sont pas restreints », explique Dana Gingras. La scénographie, dans laquelle les danseurs sont fortement engagés, est beaucoup plus vivante et en constante évolution, selon la chorégraphe.

La lumière tient une place importante dans cette œuvre multi disciplinaire puisqu’un mur de faisceaux lumineux accompagne les danseurs dans leur progression. C’est avec le collectif Britannique United visual artist en résidence québécoise que Dana Gingras a conçu « ces structures pauvres en lumière qui apparaissent et disparaissent de façon particulière » et qui permet aux danseurs de rechercher ces places lumineuses symbolisant la liberté.

Pour Dana Gingras, « la collaboration entre différents médiums n’est pas une première. «C’est quelque chose que j’ai fait toute ma carrière. Ce qui m’intéresse c’est de créer une chorégraphie où ces éléments se parlent et s’engagent entre eux autour d’un sujet précis», détaille-t-elle.

Comme pour sa pièce monumentale, qui présentait sur scène les danseurs et les musiciens du groupe Godspeed You ! Black Emperor, Frontera permet aux 10 danseurs d’évoluer sur la musique jouée sur scène par le groupe Fly Pan Am – réunis depuis l’année dernière après 14 ans de séparation.

«Pour moi, une pièce est un peu comme un film. J’ai une approche cinématographique de la musique et je trouve que la musique de Fly Pan Am— de très bons vieux amis et j’ai beaucoup travaillé avec le fondateur Roger Tellier-Craig — correspond à l’énergie du sujet de la pièce», conclut Dana Gingras.

POUR Y ALLER

Quand: du 19 au 20 février à 19 h 30

Où: Théâtre Babs Asper au CNA

Renseignements: nac-cna.ca