Daniel prétend avoir perdu sa femme. Florence prétend être sa femme. Qui dit vrai ?

Dans la souricière du «Piège pour un homme seul»

Élisabeth a disparu. Plus aucune trace de la nouvelle mariée depuis quelques jours. Inquiet, son époux Daniel appelle la police. Croyant avoir réglé le dossier, on lui ramène... Florence. Daniel est-il amnésique ? Ou lui a-t-on tendu un «Piège pour un homme seul» ?

La comédie policière du dramaturge français Robert Thomas brouillera les pistes et les esprits dès le 13 mars et jusqu’au 13 avril, sur la scène du Théâtre de l’Île (TDÎ).

Pour la mise en contexte : Daniel Comeau et sa femme se sont mariés trois mois plus tôt. Ils profitent d’une lune de miel prolongée dans le chalet loin de chez eux lorsqu’une dispute pousse Élisabeth à claquer la porte de la maison de campagne. Lorsque le curé de la paroisse y cogne en compagnie de Florence, les protestations de Daniel causent la confusion générale. Et comme personne au village ne connaît leurs visages, personne ne peut confirmer l’identité de son épouse.

« Moi, je dis au chef de police que ce n’est pas la première fois qu’il a des pertes de mémoire, insiste l’interprète de Florence, Chantale Richer. Je lui explique où, quand, comment ; que c’est toujours temporaire et que ça finit toujours par revenir. Mais là, ça ne revient pas... »

«... mais moi, je sais très bien que ce n’est pas ma femme », la contredit Richard Bénard, qui endosse le rôle de Daniel Comeau.

Et encore, l’identité de Florence n’est que l’entrée d’un terrier de lapin métaphorique. Mi-suspens, mi-vaudeville, la pièce transforme çà les victimes en coupables, là les vilains en gentils. Qui faut-il croire, lorsqu’on n’a rien d’autre que la parole ?

« (Daniel) est un personnage assez complexe, continue Richard Bénard. Il y a plusieurs niveaux de jeu. Ce personnage-là change beaucoup, mais en même temps il ne faut pas que ce soit trop perçu. Il est pris au piège et il doit s’en sortir. Donc il travaille tout au long de la pièce et reste très alerte pour essayer de comprendre dans quel piège il est tombé, pourquoi il se trouve dans ce piège-là et comment s’en sortir. »

« Ce qui est intéressant, c’est qu’après chaque acte, on déjoue le spectateur. Quand j’ai lu la pièce, ça a été un coup de foudre pour moi dans ce sens-là, ajoute Chantale Richer. Moi, je veux que le spectateur croie que je suis sa femme. Je suis sa femme ! »

Avec les quatre actes, on a tout intérêt à s’attacher la proverbiale tuque.

Écrite en 1960, Piège pour un homme seul est devenu le succès instantané qui a lancé la carrière de Robert Thomas. Les spectateurs verront l’œuvre telle qu’elle a été créée, à l’exception d’un changement mineur qui la situe au Québec plutôt qu’en France. « Je suis de la génération de Columbo ; c’est un personnage qui a vraiment meublé mon enfance, explique la metteure en scène Sylvie Dufour sur le choix de la pièce. Mon père aussi aimait Columbo, donc on a appris qui était ce mystérieux enquêteur, qui n’avait l’air de rien, et qui finalement résolvait les énigmes et déjouait les meurtriers. Donc (ce style de pièce de théâtre) m’a toujours attirée. C’est un plaisir personnel de travailler ce genre-là », et particulièrement cette pièce, que le cinéaste Alfred Hitchcock voulait adapter au grand écran. Mais le projet n’a jamais abouti ; le « maître du suspense » est mort avant de pouvoir le mettre sur bobine. « Ça prouve la qualité de l’œuvre. »

Retrouvailles

Comme le souhaitait Sylvie Dufour, les comédiens réunis autour du texte sont des « figures, des gens qui ont marqué l’histoire du Théâtre de l’Île ».

Entre Chantale Richer et Richard Bénard, l’union (artistique) dure depuis bien plus longtemps que les trois mois de mariage de Daniel et Élisabeth/Florence. Celle qui a animé à la radio pendant 29 ans a fait ses débuts au volet communautaire du TDÎ en 1985, et au professionnel, au tournant des années 1990. C’est là, dans Poison d’avril, que son chemin a croisé celui de son collègue, qui lui aussi avait fait une pièce au communautaire en 1987 avant de rejoindre la même ligue. Après presque 30 ans à jouer ensemble, une sorte de télépathie s’est installée entre les deux : « nous autres, ce n’est pas long, détaille Chantale Richer. C’est naturel. On se regarde, et tout de suite on sait où on s’en va ! »

Lyette Goyette (madame Berton), Roger Labelle (Adélard Maheux) et Claude Lavoie (le chef de police Leblanc) font aussi partie de ces « doyens » qui monteront sur scène. André St-Onge (le curé Maxime) complète la distribution ; avocat de jour ayant longtemps joué dans les pièces communautaires de soir, il y endosse son premier rôle au volet professionnel.

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POUR Y ALLER

Quand ? Du 13 mars au 13 avril

Où ? Théâtre de l’Île

Renseignements : ovation.qc.ca