Diane Dufresne

«Cri de vie» de Diane Dufresne au Festival franco-ontarien

Lorsque Diane Dufresne chante, elle « chante pour toutes les langues ». Mais pour le monument de la chanson québécoise, chanter en français est une revendication en soi. L’acte de brandir son identité. Un « cri de vie », qu’elle poussera en chœur avec six collègues artistes au Festival franco-ontarien le 15 juin.

Samedi soir, Mme Dufresne partagera la scène du parc Major’s Hill avec Patrice Michaud, Brigitte Boisjoli, Mehdi Cayenne, Mélissa Ouimet, Pierre Guitard et Zaza Finger. Résultat d’une carte blanche donnée à Isabelle Longnus, tous ont choisi parmi sa discographie des morceaux qu’ils feront à leur manière, pour faire non pas un hommage, mais un salut à (et avec) l’artiste iconique.

« C’était la présentation du spectacle » qui a convaincu Mme Dufresne d’accepter sur-le-champ l’invitation de la metteure en scène. Et en cette ère fordienne, la cause franco-ontarienne a touché le cœur de la Montréalaise, qui trouve « aberrant » que des politiciens briment le fait français. « C’est un plaisir de monter sur scène avec des chanteurs, des artistes francophones qui viennent de plusieurs coins du pays. C’est encourageant pour certaines personnes qui ont peut-être certaines difficultés à imposer leur langue... »

« On se bat pour l’écologie, mais au départ, on se bat pour sa langue », résume l’écologiste de la première heure. Chanter en français, « c’est un peu plus difficile en Ontario. Il y a comme des interdictions. Mais on ne peut pas interdire ce qu’ils sont. »

La dernière année a offert peu d’occasions de voir Diane Dufresne sous les projecteurs. À l’automne, la chanteuse a lancé son quatorzième album, Meilleur après. Production oblige, elle a pris une pause des planches : son dernier spectacle remonte à août 2018, lors du quarantième anniversaire Festival international du Domaine Forget.

Cet album, son premier au terme de onze ans de silence studio, prendra la scène en mode symphonique. À l’heure actuelle, une série de cinq spectacles avec différents orchestres est en chantier. Celui du Centre National des Arts la recevra le 4 novembre prochain à la salle Southam.

D’ici là, Diane Dufresne reprendra le micro au Franco l’espace de quatre chansons, dont deux qu’elle fera en solo. Préférant garder la surprise pour les festivaliers, elle donne comme indice que ces deux titres sont gravés sur son dernier album.

Chose certaine, Hymne à la beauté du monde fera partie de son répertoire. Son souhait : que tous la chantent avec elle, ou au moins fredonnent l’air de la chanson. « Les étoiles l’entendent », indique-t-elle. Façon de faire référence à la théorie de la musique des sphères, selon laquelle un ordre harmonique régit la répartition de l’univers. Façon, aussi, d’inviter à une certaine communion. « Je pense que la musique est une clé, une porte. »

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UN « GRAIN DE FOLIE » EN CHACUN

Pour Isabelle Longnus, le mot d’ordre du spectacle du samedi 15 juin au Festival franco-ontarien était simple. Tous les artistes que la metteure en scène a réunis autour de Diane Dufresne partagent un point en commun : un « grain de folie », à l’image de la grande chanteuse québécoise à laquelle ils feront un salut.

La soirée de samedi sera la troisième et dernière « carte blanche » du Franco de 2019. Plutôt que de proposer une tête d’affiche précédée de premières parties distinctes, ce concept confie à trois créateurs différents l’élaboration d’un spectacle collectif dans lequel se mêlent les artistes établis et émergents.

Lorsque la productrice, également chanteuse, réalisatrice, scénariste artiste multidisciplinaire, a reçu sa carte blanche, il n’était pas question de faire un « hommage nostalgique » à Diane Dufresne, « mais de faire un salut à une artiste iconique », détaille Isabelle Longnus. La nuance : « c’est une artiste qui continue de tracer la voie parce qu’elle est très présente. Elle a toujours sa pertinence. Et quand on écoute tout son répertoire », de Tiens-toé ben, j’arrive ! (1972) à Meilleur après, « on voit qu’elle a une vision très contemporaine du monde. »

« Ce que j’aime, c’est sa liberté artistique, explique-t-elle sur son choix. En tant que metteure en scène, il faut être libre dans sa façon de faire. Et ce qu’elle m’apporte, c’est de la liberté. Pour moi, Diane Dufresne, c’est ça : une artiste qui non seulement a un public très fidèle, mais en même temps, pour qui tous les artistes que je connais ont le même regard : “elle, elle n’a pas peur.” »

Les musiciens choisis livreront un mélange de leurs propres compositions et de chansons puisées partout dans le répertoire de l’invitée d’honneur. Leur défi lors des reprises ? Ne pas essayer d’imiter Diane Dufresne, mais plutôt se laisser aller à la même liberté. Car c’est chose ardue que d’apprendre le texte d’autrui et de le livrer avec sa spontanéité, insiste Isabelle Longnus, d’autant plus que celle qui les chante depuis plus de 10, 20 ou 40 ans sera sur place. « Il faut être un peu tête brûlée ! »

C’est pourquoi le critère de sélection des artistes était qu’ils aient « cette même lumière ».

Chez Patrice Michaud, un moment de scène l’a séduite l’été dernier à Petite-Vallée, en Gaspésie. Entre deux chansons, tout le groupe s’est changé en blouson à paillettes. « J’avais une image de lui comme d’un homme qui racontait de vraies histoires avec romantisme et sensualité, et tout à coup, il y avait ce grain de folie. Et c’était le même homme ! »

Pour Brigitte Boisjoli, sa « candeur et sa sincérité » ont séduit la productrice. « Ce qu’on voit, c’est ce qu’on a. » Chez Mélissa Ouimet, sa « persévérance » a gagné. Mehdi Cayenne ? « C’est évident qu’il a le feu. » Et Pierre Guitard ? « Il n’a pas peur non plus », a-t-elle constaté en dirigeant le dernier gala Trille Or, où le Néo-Brunswickois a été consacré Découverte de l’Acadie.

Un OVNI musical complète la programmation. Pour la première fois, le public verra monter sur scène une blonde vêtue de cuir noir, prête à dénoncer toutes les injustices et à passer le patriarcat à la tronçonneuse avec son rock électro.

Son secret : sous son casque de moto se cache... Isabelle Longnus. En cours d’enregistrement d’un album, censé paraître sous son nom de baptême, le projet a dérivé. « Zaza », pour son surnom ; « Finger », pour un doigt d’honneur qu’elle n’a pu retenir dans le processus. « Ça a failli complètement avorter », résume-t-elle. Mais voilà que cet alias quasi-accidentel lancera un opus à l’automne.

Diane Dufresne, libre et sans aucun tabou, aurait-elle inspiré ce personnage ? Mlle Finger assure que non. On veut bien la croire... même si un « grain de folie » évident se dégage de la blonde rockeuse.