Guylaine Tremblay sera de passage au Centre des arts Shenkman avec la pièce Encore une fois si vous permettez.

Créé par l'amour de Nana

Avec ses 21 trophées Artis (un nouveau record) et ses huit prix Gémeaux, entre autres récompenses, Guylaine Tremblay est sans contredit une comédienne particulièrement aimée du public. Un amour qu'elle lui rend bien, tant quand elle a la chance de monter sur les planches, au théâtre, que lorsqu'elle défend un personnage au petit écran. Discussion autour de la Nana de Michel Tremblay, de Marie dans Unité 9 et de la place des femmes d'expérience à la télévision.
Depuis plus d'un an, à travers ses nombreux autres projets, Guylaine Tremblay replonge dans l'univers de Michel Tremblay. Encore une fois, parce que Nana le lui permet. Et malgré le récent début du tournage d'En tout cas, une nouvelle série dont la diffusion est prévue à TVA l'an prochain.
« Ce n'était pas prévu à mon horaire, cette série, ce qui fait que je n'ai plus d'horaire ! », lance Guylaine Tremblay en riant, quand on l'attrape au vol, mardi matin, parce que ses heures de tournage viennent justement de changer.
Loin de se plaindre de la situation, la quinquagénaire se réjouit de mener la tournée d'Encore une fois, si vous permettez (qui s'arrêtera deux soirs au Centre des arts Shenkman, les 4 et 5 octobre) de front avec ses présences sur un autre plateau de télévision. Entre autres parce que les femmes de plus de 40 ans n'ont jamais eu autant de place au petit écran qu'en ce moment.
Dans un tel contexte, à quel point les propos et les personnages féminins de Michel Tremblay demeurent-ils pertinents ?
« La relation mère-enfant demeure la plus complexe qui soit. C'est pour ça que Tremblay l'a magnifiée ainsi », répond Guylaine Tremblay. 
« Pour ma part, je suis toujours sidérée de réaliser comment cet homme a su comprendre ces mères qu'il a mises en scène, en saisir l'âme féminine ! »
Comme elle s'émeut de cette Rhéauna, dite Nana, la mère que Michel Tremblay a perdue alors qu'il avait à peine entamé sa vingtaine, et à qui l'homme de théâtre a voulu redonner vie et voix, une dernière fois, dans cette pièce écrite quelque 30 ans après Les Belles-Soeurs. Parce qu'il avait reçu l'amour en héritage.
« Cette femme à l'imagination débordante, qui aimait les livres et en parlait avec son fils, a ni plus ni moins nourri et créé l'artiste qu'il est ensuite devenu, rappelle la comédienne. Elle a su lui transmettre le goût de tout essayer, celui d'être présent à la vie à tout moment. C'est justement cet appétit de vivre que je veux lui apporter, à la Nana que j'incarne sur scène. »
Tremblay le « déclencheur »
Pour elle, Michel Tremblay représente encore et toujours un « déclencheur ».
« Il nous a mis en au monde ! Il nous a donné la permission de prendre la parole sur une scène. Il nous a convaincus que nous étions assez importants, profonds et brillants pour devenir des personnages de théâtre », conclut Guylaine Tremblay avec passion.
Pour y aller
Quand ? Les 4 et 5 octobre, 20 h
Où ? Centre des arts Shenkman
Renseignements : 613-580-2700 ; shenkmanarts.ca
Des rôles de femmes assumées
« Tout ce qu'on représente à la télé a un très grand pouvoir, il ne faut pas se leurrer. Qu'on puisse y voir des personnages comme Marie (dans Unité 9), Claire (dans Mémoires vives) ou Béatrice (dans Au secours de Béatrice), par exemple, ce n'est que du bon pour les femmes. Et je ne parle pas nécessairement de Marie-Thérèse Fortin, Sophie Lorain ou moi, qui avons la chance de tenir ces rôles ! », clame Guylaine Tremblay.
Cette dernière, « en pleine possession de [s]es moyens » à 56 ans, applaudit les scénaristes qui lui donnent l'occasion de prêter ses traits à des femmes qui le sont tout autant.
Guylaine Tremblay
« C'est un phénomène formidable, ce qui se passe en ce moment. Parce que pendant un grand bout de temps, passé 40 ans, les personnages féminins à la télé étaient seulement des 'femmes de' ou des 'mères de' », relève la comédienne. 
« Aujourd'hui, nous tenons des rôles de femmes qui existent par elles-mêmes, qui assument leurs aspirations et désirs. De tels personnages permettent de détruire lentement mais sûrement l'idée selon laquelle une femme avait tout fait et ressenti avant 45 ans. Au contraire, nous sommes alors en plein coeur de notre vie ! »
Marie et le bonheur
La Marie qu'elle incarne dans Unité 9 en est la preuve.
« Marie a touché le fond, en tentant de se suicider. Maintenant qu'elle est libre, elle veut juste être heureuse. Cette année, Marie passe donc à la phase de reconstruction. C'est comme si je renouais avec celle qu'elle était avant son séjour à Lietteville ! » 
Or, pour s'affranchir du passé (et sans pour autant oublier les femmes qu'elle a connues en prison), son personnage devra « résoudre et dissoudre les noeuds » que continuent de représenter l'inceste subi et sa peur de briser le bonheur de Lucie (Émilie Bibeau), soutient Mme Tremblay.