Un gigantesque phallus discutera avec son propriétaire, Tom, à la Salle Jean-Despréz, samedi.

«Conversations avec mon pénis»: le meilleur ami de l’homme

Un gigantesque phallus arpentera la scène de la Salle Jean-Despréz, samedi. L’engin — en réalité, une comédienne costumée d’un étui phallique tout ce qu’il y a de plus réaliste — discutera même avec son « propriétaire », Tom, dans la pièce «Conversations avec mon pénis», présentée à 20 h.

Conversation avec Marc-André Thibault, traducteur de cette pièce néozélandaise et interprète de Tom.

Si son titre lui donne l’air d’être le pendant masculiniste des Monologues du vagin, ces Conversations péniennes ne reposent toutefois pas sur les mêmes ressorts comiques, souligne d’emblée Marc-André Thibault. « La pièce Les monologues du vagin était assez revendicatrice, plus in your face », le texte d’Eve Ensler ayant effectivement une résonance politique que Conversations avec mon pénis ne revendique pas. « Nous, on n’est pas dans la contestation. »

L’idée de l’auteur, le Néozélandais Dean Hewison, « c’est plus d’essayer de comprendre les mécanismes psychologiques et physiques d’un homme à différentes étapes de la vie. Parce qu’on n’a évidemment pas la même relation à notre sexe à 15 ans qu’à 25, 35, 45 ans ou 55 ans, [à mesure que] notre corps évolue, et que notre organe reproducteur » vieillit et s’assagit.

Le public verra donc Tom passer par chacune de ces tranches d’âge. Et Marc-André Thibault s’amuse de constater que sa compréhension des situations mises en scène a elle aussi évolué depuis la toute première représentation, donnée au Zoofest en 2016. « Il y a 4 ans, je m’identifiais [davantage] à l’étape du 25 ans. Là, j’ai 31 ans et je réalise qu’il y a des trucs de la troisième scène, quand Tom a 35 ans, que je comprends mieux. »

Deux vieux amis

Malgré le côté loufoque du costume délibérément « hyperréaliste », « la pièce se veut un espace de réflexion assez profonde », commente M. Thibault. D’ailleurs, « on n’y parle pas tant que ça de sexe. On aborde le sujet — et oui, il y a des blague là-dessus ! – mais on s’attarde à beaucoup d’autres thématiques, de façon assez habile. La pièce parle de confiance, de fidélité, de maladie et de solitude. »

« On aurait tourné en rond rapidement » à faire juste des blagues de pénis, convient-il.

La pièce aborde donc quelques « questions philosophiques », pour offrir « un réel mariage d’humour, de drame et de réflexion qui se fait tout façon naturelle ». Et le fait de ne « pas appuyer les gags donne quelque chose de meilleur goût ».

« Dans la mise en scène et la direction d’acteur [signées David Strasbourg], on cherche à développer la relation entre Tom et son pénis comme s’ils étaient de vieux amis, ou un couple — et pas comme deux clowns qui essaient de nous faire rire », explique le comédien.

Il est d’ailleurs intimement convaincu que le personnage du pénis pourrait tout à fait être remplacé par un personnage de « meilleur ami », confident loyal, et joué tel quel, sans costume, sans qu’on ait besoin de changer grand-chose dans le texte. « La plupart des scènes fonctionneraient » encore.

Finalement, c’est juste que Tom est un « jeune homme plutôt introverti » et que son meilleur ami, c’est l’organe qu’il a entre les jambes, constate Marc-André Thibault, amusé. « C’est tout le génie de cette pièce. » « La convention est [absurde] mais c’est vraiment deux amis qui se parlent. L’humour ressort des rebondissements. »

Le temps et les blessures

Si la scène initiale se penche sur les « banales » interrogations adolescentes sur la taille, et sur le raz-de-marée hormonal et « l’excès de confiance » de la jeunesse, le ton change avec le temps, quand « la problématique » se déplace...

« Il y a une réelle histoire : Tom va vivre plusieurs blessures. » Son compagnon à col roulé aussi. « Le problème, c’est que le rapport émotionnel avec son ami va lui faire le plus de tort au cours de sa vie. »

Qui porte les culottes, dans ce couple ? « Ça varie beaucoup en fonction des époques de sa vie. Des fois, la voix de la raison prend le dessus ; à d’autres moments, c’est l’impulsivité du pénis qui gagne... »

Quant à la présence incongrue de ce phallus géant... « c’est fabuleux, parce que les gens oublient qu’ils ont cet énorme pénis sous les yeux ». Et si le texte est parfois cru, il n’est jamais « vulgaire », énonce le comédien.

Dans la pièce «Conversations avec mon pénis», le rôle de l'organe reproducteur masculin a été confié à une femme.

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POURQUOI UNE FEMME ?

Que ce soit Mary-Lee Picknell, la première interprète du pénis, ou Ann-Catherine Choquette (c’est elle qu’on verra à Gatineau) et Gabrielle Lessard, qui ont pris le relais, c’est toujours une femme qui campe cette verge pas effarouchée.

Le choix de confier à une comédienne, plutôt qu’à un homme, le rôle du pénis, peut surprendre. Cette proposition inverse à la logique de la testostérone n’est absolument pas un exercice de provocation, soutient Marc-André Thibault.

Lorsqu’il a découvert la pièce, complètement par hasard lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande, « c’était aussi une femme qui jouait le pénis, ce que j’ai trouvé génial ». Lors des démarches entreprises pour obtenir les droits de traduction et d’adaptation de la pièce, les créateurs de la version originale — qui avaient essayé les deux options sexuées — lui ont laissé le loisir de choisir le « genre » du pénis. « Ils m’ont prévenu : “c’est beaucoup plus efficace, plus profond, on ouvre un champ plus grand si c’est une femme l’interprète de ce rôle là ». Le conseil a été suivi à la lettre par le metteur en scène de la version québecoise, David Strasbourg.

Plaisirs féminins

Le sujet de la pièce est universel, car « tous les hommes peuvent se reconnaître », lance Marc-André Thibault.

« Mais ce qui m’a surpris, c’est que beaucoup de femmes me disent, [après avoir vu la pièce] qu’elles arrivent à rentrer dans l’univers masculin, à mieux comprendre nos hormones et notre fonctionnement. Je trouve ça fabuleux qu’elle réussisse à éclaircir ce genre choses.

M. Thibault est fondateur et directeur du Théâtre Bistouri, compagnie qui se fait un malin plaisir de proposer «des thématiques qui peuvent sembler denses ou lourdes», en s’arrangeant pour les «faire passer», en jonglant avec «l’humour et l’émotion».

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POUR Y ALLER

Quand ? 7 décembre, à 20 h

Où ? Salle Jean-Despréz

Renseignements : 819-243-8000 ; 819 595 7455 ; ovation.qc.ca