Pendant les cinq jours suivant le 11 septembre 2001, la petite ville de Gander et les hameaux avoisinants ont vu leur population doubler : près de 7000 passagers sont débarqués au cœur d’une communauté qui s’est soudée pour les accueillir, offrant canapés-lits, plats faits maison et amitié aux nouveaux venus en cet épisode d’eaux troubles.

Come From Away: ode à la solidarité

Au rayon des mégaproductions de Broadway, Come From Away peut sembler comme l’anti-spectacle. Avec une mise en scène minimaliste, une trame sonore inspirée des Maritimes et « seulement » 12 acteurs-chanteurs qui y incarnent des personnages pas sexys pour un sou, la comédie musicale qui sera présentée au Centre national des arts à compter du 20 août raconte un pan d’histoire non pas américain, mais canadien : celui de l’opération Ruban jaune.

La pièce narre les événements d’un certain 11 septembre. Alors que l’espace aérien au-dessus des États-Unis s’est complètement fermé à la circulation, 38 avions ont été détournés vers Terre-Neuve. Pendant cinq jours, la petite ville de Gander et les hameaux avoisinants ont vu leur population doubler : près de 7000 passagers sont débarqués au cœur d’une communauté qui s’est soudée pour les accueillir, offrant canapés-lits, plats faits maison et amitié aux nouveaux venus en cet épisode d’eaux troubles.

Come From Away a été jouée pour la première fois au Sheridan College en 2013. L’idée originale venait de Michael Rubinoff, doyen associé du département des arts visuels et du spectacle de l’établissement ontarien, qui a confié l’écriture du scénario aux Canadiens Irene Sankoff et David Hein, coauteurs de My Mother’s Lesbian Jewish Wiccan Wedding. Le couple s’est rendu à Gander en 2011 afin d’interviewer les résidents et les anciens passagers, qui s’y étaient réunis pour le dixième anniversaire des événements.

Ce sont leurs histoires, à quelques détails près, qui tissent la trame de Come From Away.

Ce n’est pas parce que la production est (relativement) minimaliste que son succès l’est. La comédie musicale a reçu sept nominations aux prix Tony. Après deux années de peaufinage, Come From Away a fini par avoir son nid sur la célèbre avenue Broadway en 2017. Le 3 août dernier, le spectacle a tenu sa 1000e représentation au Gerald Schoenfeld Theatre de New York. Et encore : le compteur continue de grimper, tandis que quatre autres troupes le jouent simultanément à Toronto, Melbourne, Londres et en tournée nord-américaine.

Les passagers de cette production feront escale à Ottawa jusqu’au 8 septembre.

À bord depuis le début de la tournée, en septembre 2018, l’Américaine Christine Toy Johnson le rôle de Diane Gray. En 2001, Diane — la vraie — revenait chez elle, au Texas, après avoir visité l’un de ses fils. Dans le même vol, Nick Marson, un ingénieur britannique, allait aux États-Unis en voyage d’affaires.

La suite ? Disons simplement que Diane s’appelle maintenant « Gray-Marson ».

Christine a eu la chance de rencontrer Diane à quelques reprises depuis que son rôle lui a été attribué. « On ne nous a jamais demandé de faire des imitations des vraies personnes, précise l’actrice. Si vous regardez les cinq compagnies qui font Come From Away, chaque Diane est différente de l’autre. L’idée est de raconter leur histoire, de communiquer leur essence, et de rendre hommage à l’amour qu’ils ont trouvé. »

Somme toute, « ça reste représentatif de Diane et Nick ! continue Toy Johnson. Très peu de changements ont été faits sur l’ensemble de l’histoire par licence poétique. Vraiment, c’est un magnifique témoignage d’un deuxième souffle trouvé au milieu d’autant de tristesse et de tragédie. »

La tournée de Come From Away continuera jusqu’en août 2020. Une adaptation cinématographique est en cours.

Christine Toy

Message universel

Les fans d’Iron Fist l’ont peut-être reconnue : Christine Toy Johnson incarne Sherry Yang dans la deuxième saison de la production de Netflix. Son CV comprend aussi des rôles dans The Americans, Law and Order : SVU et Unbreakable Kimmy Schmidt.

Hors des plateaux de tournage, la New-Yorkaise écrit, enseigne, et milite en faveur de la diversité dans l’industrie du divertissement.

Des cinq actrices qui jouent actuellement Diane, elle est la seule asio-américaine. « Je ne peux pas parler pour le Canada, mais les œuvres américaines doivent refléter le paysage social américain, résume-t-elle. Come From Away est une histoire de compassion, de générosité et de gentillesse. L’histoire est racontée par une compagnie d’acteurs qui reflète la population globale. Même si on ne ressemble pas physiquement aux gens que nous incarnons, le fait que nous ressemblons à ce à quoi le monde ressemble, selon moi, fait en sorte que l’histoire touche encore plus de gens. »

Touchant, donc, ce Come From Away. Et aussi un brin politique. Jean Chrétien l’a vu, tout comme Justin Trudeau, qui y a assisté en 2017 avec Ivanka Trump — parce que Donald Trump a refusé son invitation. Enfin, l’été dernier, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador Dwight Ball a relancé le président américain afin de lui « rafraîchir la mémoire » sur les « vertus de relations harmonieuses ».

L’invitation est restée lettre morte.

« Je pense que (le message de la pièce) s’adresse au monde entier, vraiment, continue la comédienne. Je pense que la raison pour laquelle il s’exporte si bien dans d’autres pays, c’est parce qu’il y a un besoin universel d’espoir et d’humanité. Et il viendra un jour, que j’espère plus proche que l’on croit, où il pourra y avoir plus d’unité parmi nous tous. »