La comédie musicale Come From Away s’installe au Centre national des arts jusqu’au 8 septembre.

Come From Away: l’union fait la force

CRITIQUE / Traînez les mouchoirs : il y a quelque chose de comique, touchant, bouleversant et rafraîchissant, tout ça à la fois, dans Come From Away.

La comédie musicale qui a son nid sur Broadway depuis 2017 a atterri mardi soir au Centre national des arts, où elle jouera jusqu’au 8 septembre — à guichets pratiquement fermés.

La pièce en anglais narre l’histoire des 7000 passagers qui ont été détournés vers Terre-Neuve lors d’un certain 11 septembre 2001.

À Gander et dans les environs, la population a presque doublé l’espace de cinq jours. Les gens de la place se sont ralliés pour nourrir, héberger, et réconforter ces étrangers dans un pur esprit d’entraide et de générosité.

Les auteurs Irene Sankoff et David Hein tissent une courtepointe de récits personnels récoltés au moyen d’entrevues. Les détails de ces témoignages y sont, de même que les larmes, la rage, le désespoir et le racisme occasionnel, ainsi qu’une bonne dose d’humour qui forme un résultat charmant, sucré sans être indigeste.

Ici, pas de héros ni de grand méchant loup. La pièce est un travail d’équipe — et quelle équipe ! Les 12 comédiens incarnent des dizaines de personnages, sautant d’un rôle à l’autre au fil d’une chorégraphie de 90 minutes sans entracte.

Chapeau à ces excellents interprètes, qui chantent, dansent et jouent pratiquement sans arrêt plus de vécus qu’il a été possible d’en compter. Du chef égyptien qui esquive les soupçons xénophobes à la mère new-yorkaise sans nouvelles de son fils pompier, les histoires du quotidien se mêlent à l’histoire avec un grand H dans un tout fulgurant, réglé au quart de tour, qui ne ralentit que pour laisser place à quelques moments dramatiques diablement efficaces.

Attention : les dialogues sont rapides. Certains passages échapperont peut-être aux oreilles francophones, même si somme toute, on a pu suivre sans difficulté.

Avant de rejoindre Broadway, Come From Away a débuté dans la programmation du Sheridan College d’Oakville, en Ontario.

Même dans les ligues majeures, la pièce conserve l’esprit ingénieux d’une petite production à moindre budget. La mise en scène minimaliste est remarquable : douze chaises de bois dépareillées et quelques tables forment l’entièreté du mobilier. Un bus, un bar ou un Tim Hortons ; tout prend forme grâce au jeu des comédiens, à quelques éléments scénographiques et à l’éclairage. Il n’en faut pas plus, vraiment.

Un autre point fort : la présence des musiciens sur scène. Sept interprètes, dont un « violoneux » et un joueur de tin whistle, rendent avec énergie une trame malheureusement inégale. Pour la plupart des morceaux, l’influence du rock et de la musique des Maritimes donne envie, à nous aussi, de devenir un « Islander ».

La juxtaposition des voix dans un numéro où juifs, musulmans et chrétiens prient ensemble a aussi donné lieu à un moment de grâce. Mais d’autres chansons — notamment Stop the World, en fin de spectacle — sont mièvres au point d’en être stéréotypiques ; l’interprétation a beau être sans faille, la pilule passe mal...

On avait écrit plus tôt que Come From Away, parmi les productions de Broadway, était presque un anti-spectacle. Ce n’était pas faux. Cette mégaproduction avec l’esprit d’un petit spectacle est comme un gros câlin, un bouillon de poulet, une dose de foi en l’humanité. Même si on appuie un peu fort sur le patriotisme Canadian, la pièce reste un hommage émouvant à la générosité de ces Terre-Neuviens.