De retour au Québec pour une tournée, Christophe Maé sera de passage dans la région au mois de mars.

Christophe Maé : bonheur sans filtre

« On se tutoie, hein, si ça te dérange pas ? », lance d’emblée Christophe Maé. C’est demandé avec l’accent des cigales de sa Provence natale dans la voix : une invitation pareille ne se refuse pas.

Et d’autant moins que ce qui lui plaît du Québec, c’est justement cette « proximité qu’[il] ressent avec les gens ».

Supervedette dans l’Hexagone, le chanteur était pratiquement inconnu au Québec il y a deux ans, avant d’être invité sur le plateau d’En direct de l’univers pour chanter Il est où le bonheur ? à Francis Reddy, qui trippait sur la chanson. Le Français a séduit un tiers de la province en quelques secondes.

Le coup de foudre franco-québécois se confirmera peu après, lors de la finale de La Voix, et prendra des proportions inattendues : depuis, son disque L’attrape rêve trône au palmarès des ventes francophones de ce côté-ci de l’Atlantique.

Histoire de répondre à cet amour par un peu du sien, Maé s’est offert « deux Olympias » à Montréal. C’était trop peu pour répondre à la demande. Voilà le chanteur de retour au Québec pour une véritable tournée. 14 dates. Ce mardi 23 octobre, il s’arrête au Théâtre du Casino du Lac-Lamy, à Gatineau. C’est complet depuis belle lurette, mais le diffuseur a – ô bonheur – ajouté deux dates en mars.

Mais qu’est-ce qui explique la fulgurance de cet « amour sans filtre » ? Christophe Maé l’ignore : « C’est ce qui est magique, dans la musique. On est chez soi, à faire des chansons, et on ne sait jamais la vie qu’elles vont avoir. C’est ce qui m’éclate depuis l’adolescence, écrire des chansons en rêvant » de ce qu’elles deviendront, dit-il, ravi de voir « l’effet boule de neige » qu’a provoqué son passage à la télé.

« Je me sens adopté, ici. Les gens se sont réapproprié Il est où le bonheur ? et, depuis, je fais des allers-retours chez vous. Et je viens avec grand plaisir, parce que c’est aussi une découverte pour moi. Les gens débordent d’amour. Il y a un truc très “vrai”, très sincère, palpable, dans cet engouement. » Le public connaît déjà une partie de son répertoire – éparpillé sur cinq disques. « Ça me touche énormément. Et ça me donne envie de revenir et revenir encore », poursuit l’artiste.

Il est tombé sous le charme de la Belle Province lors d’« un road trip en famille, il y a quelques années ». Il a poussé jusqu’à Tadoussac. A vu les baleines. Et, dans les « grands espaces », a retrouvé le bonheur d’un « anonymat » qu’il ne connaît plus, en France.

Il est où ?

À en croire sa discographie, pétrie de titres comme Je veux du bonheur, Spleen ou Mon paradis, Christophe Maé est depuis longtemps habité par cette quête. Alors, Christophe, il est où le bonheur, il est où ? « Il est quand tu es en paix avec toi même. » Pas besoin de le chercher plus loin que « dans le fait d’être là, d’être présent, dans l’instant... » évoque l’artiste, du ton pétri de doutes de celui qui cherche, pas de celui qui prêche.

« S’apaiser » constitue le plus grand défi des cet « hyperactif » tendance « hypocondriaque ». « Si j’écris ça [ce genre de chansons], ce n’est pas innocent : Je suis pas un tranquille, moi. Je suis monté sur ressort, [...] toujours speed, constamment en train d’écrire ou de composer. Quand [l’inspiration] ne vient pas, je m’énerve. »

« J’apprends à moins courir », propose celui qui, depuis 10 ans, « enchaîne les albums et les tournées » tout en rêvant de calme. Sauf qu’aussitôt « posé », ne serait-ce qu’une petite semaine... il se met à « tourner en rond » comme un lien en cage. « J’ai eu premier enfant en me disant je vais pouvoir me reposer... » Ça n’était pas la solution, rigole-t-il. Pour la zénitude, il a « la route et les voyages ». « J’essaie de vivre des choses pour ne pas trop me regarder le nombril », parce que, en tant qu’artiste « quand t’as la chance d’être un peu connu, c’est facile d’avoir un ego surdimensionné ».

Le succès, « c’est une course sans fin, et on n’est jamais numéro un longtemps, [alors] j’essaie de profiter ce que la vie m’offre ».

Son excursion au Québec lui permet de « prendre le temps de vivre autre chose ». Inconsciemment, « je me nourris de ça pour écrire la suite de mon album – qui n’en est pas une, mais que je veux dans la continuité... » Il entrevoit la sortie de ce sixième album « plus pour 2020 que 2019. Je ne me mets pas de pression. Je ne force rien : ce sont les chansons qui me donnent le feu vert ». À défaut du bonheur, il a au moins ce luxe-là...

POUR Y ALLER

Quand ? le mardi 23 octobre, 20 h et les 8 et 9 mars 2019

Où ? Théâtre du Casino du Lac-Leamy

Renseignements : 1-877-977-7970 ; ticketmaster.ca