Céline Bonnier se glisse dans la peau de la chanteuse punk rock Patti Smith, poussant même la note le temps de quelques chansons, sur les planches du CNA.

Céline Bonnier dans la peau (et l’énergie) de Patti Smith

Céline Bonnier se glisse dans la peau de la chanteuse punk rock Patti Smith, poussant même la note le temps de quelques chansons, sur les planches du Centre national des arts (CNA).

La comédienne a prolongé la complicité de longue date qu’elle entretient avec l’actuelle directrice artistique du Théâtre français (TF) du CNA, Brigitte Haentjens (au fil de temps, les deux ont joué dans les carrés de sable de Bertholt Brecht, Virginia Woolf et Sylvia Plath) pour proposer cette fois Parce que la nuit, une incursion dans la vie de Patti Smith, artiste iconoclaste, androgyne, difficilement « classable », et emblématique de la contre-culture du New York des années 70.

La pièce, coproduite par Sibyllines — la compagnie de Mme Haentjens (qui en signe la mise en scène), l’Espace GO et le TF du CNA, tiendra l’affiche du 16 au 19 octobre.

Avant que Bigitte Haentjens ne l’approche pour créer ce portrait plutôt « éclaté » de Patti Smith, Céline Bonnier convient qu’elle ne connaissait de l’icône que sa facette rock. « J’avais entendu un peu sa musique et j’avais lu Just Kids » (l’autobiographie que Patti Smith a fait paraître en 2010 – et qui, avec le livre Please Kill Me, recueil d’entrevues colligées par McCain et McNeil et « bible du punk des années 70, 80 », a largement servi de matériau à l’écriture de la pièce), « mais je ne connaissais pas sa poésie ni toute son implication littéraire », reconnaît la Québécoise.

Car Patti Smith est aussi, à l’arrière-scène, poète et peintre pas moins fougueuse. Et « muse », précise cette pièce écrite à quatre mains par Brigitte Haentjens et le comédien et dramaturge Dany Boudreault, qui place l’icône au centre du cercle de ses amants. Au rang duquel auront figuré d’importantes personnalités artistiques, tels le photographe Robert Mapplethorpe et le dramaturge Sam Sheppard.

Sur scène, Céline Bonnier et quatre complices (les comédiens Dany Boudreault, Martin Dubreuil et Alex Bergeron et l’actrice Leni Parker), campent tour à tour des visages de Patti, des facettes, en plus d’incarner les hommes qu’elle a aimés. « Tout le monde est un peu Patti Smith, même les hommes. [...] Les sexes sont un peu transférables, [ce qui n’est pas étonnant en soi, puisqu’elle] a beaucoup joué avec son androgynie », rappelle Céline Bonnier.

«Parce que la nuit», une incursion dans la vie de Patti Smith

Théâtre rock

Le quintette est épaulé par trois musiciens. Ce qui autorise chacun à entonner quelques classiques de Patti Smith. « C’est le rock qui rencontre le théâtre », témoigne Céline Bonnier. Elle interprète ainsi trois ou quatre chansons. Mais pas la classique Horses, qui a été confiée à Leni Parker.

Si chanter n’est pas la corde la plus connue de l’arc de Céline Bonnier, l’exercice n’est pas non plus nouveau : elle a fait son Cégep en musique, avant d’intégrer, dans la vingtaine, le groupe de musique Extasium. La comédienne sait manipuler l’accordéon et les percus, et est rompue au travail de choriste. Sans oublier sa participation au Lolita, un « show plutôt musical », de Dominique Champagne.

Certes, chanter, « ça fait peur, mais j’ai retrouvé quelque chose qui n’a aucun rapport avec mes autres présences, que ce soit sur scène ou à l’écran. (Parce que la nuit a déjà été joué à Montréal, NDLR.) Je retrouve sur scène cette énergie que j’avais avec Extasium. Je me sens libérée, décomplexée. Parce que c’est ça, Patti, [une femme] qui cherche à exulter », souffle la comédienne.

Et puis, après tout, relativise-t-elle, « Patti Smith, c’est pas sa voix qui est remarquable, c’est son énergie et toute sa personnalité. Et ça, ça me donne une liberté », argue-t-elle.

Céline Bonnier emprunte « de petits gestes, légers » à Patti Smith. Mais ne « cherche pas à imiter » la chanteuse. « Je suis blonde et j’ai le nez rond ; elle le nez pointu, elle est mince et belle et brune : on n’est pas dans le fondu... On va plutôt chercher l’énergie de Patti Smith. Une énergie exigeante, mais plus naturelle. Je suis hyper confortable là dedans, même si je suis encore stressée quand je monte sur scène. »

Créativité débridée 

Cette « liberté rock » ne lui convient que trop : quand un cadre devient « trop formel, trop propre, trop formaté, j’y arrive pas ; je me sens incohérente, inadéquate. Là je me sens très bien dans la peau de Patti Smith », s’exclame-t-elle. « Je me sens bien plus proche d’elle que de Blanche Dubois » d’un Tramway nommé désir, que Céline Bonnier a campé pour Serge Denoncourt.

La Québécoise dit apprécier particulièrement cette plongée « dans l’époque new-yorkaise des années 70, où il y avait une espèce de joyeuse arrogance, au niveau de l’art et de la création ».

Cette insolence créative « proche de la liberté idéalisée » connaîtra un équivalent montréalais 15, 20 ans plus tard, note d’ailleurs la comédienne. « J’ai vécu ça dans les années 90, quand j’étais au début de la vingtaine, ce feeling-là que tu peux tout faire, que tout est encore à faire. C’est une question [de lieu ou] d’époque, pas d’âge ».

Comme Patti Smith, Céline Bonnier aussi, voudrait « faire toutes sortes de choses ». « Tout m’attire. Je ferais bien [un disque]. Je veux réaliser. Écrire plus, même si j’ai toujours écrit. J’ai dessiné, mais j’ai eu moins le temps. Les artistes comme David Lynch et Patti Smith », qui n’hésitent pas à explorer tous les azimuts de leur créativité « qui vont dans tous les rayons de leur cercle, et qui vont jusqu’au bout, ça me fascine ».

Céline Bonnier jouera le rôle de la chanteuse punk rock, Patti Smith, dans la pièce Parce que la nuit qui sera de passage au CNA ce mois-ci.

Les rencontres et les deuils

Pour cette création, « on est partis de Just Kids, dans lequel Patti Smith se raconte et raconte son entourage », ses rencontres fondatrices, dont « Mapplethorpe, qui a été sa colonne » — et qui aujourd’hui, 30 ans après la mort du photographe, lui sert encore de « jauge » créative, souligne-t-elle. Sans oublier la plus fondamentale, la plus fondatrice : sa « rencontre avec l’art et avec sa passion » intérieure.

La pièce se nourrit de rencontres, mais aussi des deuils, dit-elle. « Tous ces morts, elle en fait comme une chapelle ardente qui l’aide et la propulse, qui stimule sa créativité. La création, elle ne vit que pour ça. Elle est traversée par ça. »

Et la pièce s’intéresse aux nombreux objets dont l’Américaine aimait s’entourer : « elle a un lien particulier avec la nourriture et les objets. Presque sacré. Elle leur donne un sens », instruit Céline Bonnier,

Une discussion d’après-spectacle est prévue le 17 octobre, en compagnie des artisans et créateurs de Parce que la nuit.

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POUR Y ALLER

Quand ? Du 16 au 19 octobre, à 20 h

Où ? Centre national des arts

Rendeignements : 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca