Sarah Bockel joue le rôle de Carole King.

Carole King: la naissance d’une star

Des bancs d’école à la scène du chic Carnegie Hall, l’auteure et compositrice devenue interprète Carole King a eu une jeunesse parfaitement atypique. Du 1er au 6 janvier, au Centre national des arts, Beautiful — The Carole King Musical racontera en théâtre et en chansons l’émergence d’une star en avance sur son temps.

Avec 17 albums studio et des centaines de chansons écrites pour d’autres artistes, Carole King a composé la trame sonore de toute une génération. C’est dans les années 70 que son étoile a brillé le plus fort — l’album solo Tapestry (1971), bardé de quatre Grammies et vendu plus de 25 millions de fois, est son opus le plus connu. Depuis cinq ans, le « jukebox musical » récompensé d’un Grammy et de deux Tony lui rend hommage avec un spectacle établi à deux pas de la célèbre avenue Broadway, à New York. La mégaproduction a été simultanément adaptée au Japon, au Royaume-Uni et en Australie, en plus d’une tournée qui sillonne l’Amérique du Nord depuis janvier 2015. Huit représentations en six jours inaugureront l’année 2019 au CNA.

Toute ascension doit bien commencer quelque part. Pour Carole Klein — ainsi s’appelait-elle avant d’angliciser son nom, comme le faisaient beaucoup de Juifs à l’époque —, ce « quelque part » est Brooklyn, où elle est née en 1942.

La pièce la recadre alors qu’elle a 16 ans. Depuis l’âge de 14 ans déjà, Carole écrit des chansons et les vend aux producteurs musicaux new-yorkais. Alors que l’adolescente jongle avec l’école et l’écriture, elle fait la rencontre de Gerry Goffin, qu’elle finit par épouser. « C’étaient des jeunes inhabituels, décrit l’interprète de Carole, Sarah Bockel. Ils se sont mariés et ils ont eu un enfant alors qu’ils étaient encore à l’école. Et pendant qu’ils élevaient leur fille, ils allaient à Manhattan chaque jour travailler au 1650 Broadway, et ils écrivaient des succès pour les artistes Motown de l’époque. »

Tandis que Carole avait un don pour les mélodies, Gerry, lui, a longtemps été son complice parolier. Les deux formaient un duo créatif fulgurant. Une machine à succès. « Gerry et Carole étaient magiques ensemble », souligne Sarah Bockel. The Locomotion (1962), c’est eux. You Make Me Feel (Like a Natural Woman) (1967) de la reine du soul, Aretha Franklin ? On remercie M. Goffin et Mme King. Plus tard, l’artiste divorcée a même signé un titre pour la plus famous des cantatrices québécoises : The Reason (1997), pour Céline Dion.

La magie de leur collaboration artistique qui consolidait leur relation n’a pas survécu à un obstacle majeur. Le trouble bipolaire, diagnostiqué à tort, la consommation de drogues et les infidélités de Gerry ont eu raison de leur union. Mais c’est pendant ce divorce — inusité pour l’époque — que Carole King a écrit sans lui les chansons de Tapestry. Sortie de l’ombre, l’interprète a enfin pris sa place comme icône de la pop.

Le reste de l’histoire ? En continuant d’écrire de la musique célébrée par un éventail de prix prestigieux, Mme King s’est consacrée au militantisme écologiste et habite aujourd’hui dans un ranch de l’Idaho. La dame prend soin de rencontrer chaque interprète qui l’incarne dans Beautiful. « C’est un génie musical, alors on ne se ressemble pas là-dessus ! lance en riant Sarah Bockel. Elle est très aimable, bienveillante, et tellement terre-à-terre. Elle est drôle, et lorsqu’elle était plus jeune, elle avait peu de confiance en elle ; je peux assurément m’identifier avec ce sentiment d’insécurité, d’avoir le trac de monter sur scène, mais de devoir le faire quand même. »

Sarah Bockel a pourtant une longue expérience sur scène. Après avoir été la doublure du personnage de Carole pendant un an et demi, celle qui maintenant l’interprète chaque jour estime avoir fait près d’un millier de représentations de Beautiful. Il s’agit d’une première expérience comme tête d’affiche d’une comédie musicale new-yorkaise pour la comédienne de 30 ans originaire de Chicago (« à Chicago, les acteurs sont fatigués à cause de leurs emplois de jour ; à New York, ils sont fatigués à cause de leurs activités comme comédiens ! » note-t-elle). Au fil des représentations, « je me sens certainement de plus en plus connectée à Carole. Le spectacle continue de m’apprendre des leçons par rapport à ma vie personnelle. Ça m’a aidée à devenir une meilleure travailleuse, à travers mes ruptures, quand j’ai eu le mal du pays… Peu importe ce qu’il se passe, je regarde le public et je me sens reconnaissante de pouvoir inspirer d’autres femmes en racontant son histoire. »

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POUR Y ALLER

Quoi ? Comédie musicale Beautiful — The Carole King Musical

Quand ? Du 1er au 6 janvier (huit représentations)

Où ? Centre national des arts

Renseignements : nac-cna.ca