La pièce est une création de Pierre Yves Lemieux.

Candide ou l’optimisme: « un Voltaire fabulé »

Tout juste après avoir incarné à Ottawa un Alexandre le Grand à l’agonie — dans Le tigre bleu de l’Euphrate, présenté à la mi-octobre au Centre national des arts — le comédien Emmanuel Schwartz revient à Gatineau, cette fois à la Salle Odyssée, pour y présenter Candide ou l’optimisme, dans lequel il campe... Voltaire.

Ce faisant, le comédien passe de la tragédie pure à la comédie presque loufoque. Et du solo à la thérapie de troupe, puisqu’il donnera la réplique à Valérie Blais et Patrice Coquereau, entre autres.

« Les deux se chevauchent en ce moment ; mettons que ç’a donné deux ou trois semaines ‘intéressantes’. Et en plus, j’ai eu une grosse grippe », sourit Emmanuel Schwartz, en dressant la liste des substances médicamenteuses qu’il consommait pour tenir le coup sur les planches, au grand dam de son foie…

Mais si la pièce reprend en partie les célèbres tribulations du jeune Candide et de son précepteur (Pangloss), il ne s’agit pas d’une simple adaptation du texte voltairien.

La pièce est une création de Pierre Yves Lemieux — pour le Théâtre du Nouveau Monde. L’auteur n’en est pas à sa première adaptation slaque de la littérature classique : sa plume insolente a déjà détourné Shakespeare, Gorki, Tchekhov et Goldoni ; il a aussi revisité Anne Hébert, Alexandre Dumas et le mythe de Tristan et Iseult. Dans des relectures qui se voulaient aussi érudites que divertissantes.

Candide ou l’optimisme, que l’auteur a théâtralisé, suit la même tangente. « On a traité avec humour, plutôt qu’un grand sérieux, certains moments du texte », convient Emmanuel Schwartz, toutefois soucieux de préciser qu’« on n’est pas complètement dans la farce non plus. »

« On navigue dans les deux univers : la texture du conte philosophique a permis une ouverture sur la farce », poursuit le comédien. « En revanche, l’auteur a mis sur scène le drame de Voltaire, qui, pendant qu’il tente d’écrire son texte, est déçu que ça s’apparente à une farce, déçu que [ses contemporains] n’entendent pas la profondeur du propos que [véhiculaient] l’allégorie et la satire. »

Résonnances contemporaines

D’ailleurs, le personnage façonné par Lemieux demeure « un Voltaire fabulé », transformé en jeune homme alors qu’il avait 65 ans quand il a écrit Candide, rappelle Schwartz. « On a déplacé ça, tout en conservant le contexte historique, puisqu’il est exilé de Paris et se retrouve à Ferney [en Suisse] où il doit recommencer sa vie ». Plutôt que de se pencher sur les interrogations d’un sexagénaire à l’heure des bilans de vie, « on déplace la problématique sur la légitimité d’écrire, puisque cet exil de Paris est pour lui une remise en cause de sa légitimité, en tant qu’intellectuel et auteur », signale Emmanuel Schwartz.

Cette pièce a été perçue comme « furieusement d’actualité » par certaines critiques. Sans doute parce que beaucoup des sujets traités dans Candide et dans Le Dictionnaire philosophique de Voltaire n’ont jamais été réglés, même après deux siècles de « Lumières », émet le comédien, sous forme d’hypothèse... mais en rappelant que ces textes bicentenaires creusaient déjà les questions du racisme, de la tolérance et du fanatisme, voire de l’appropriation culturelle. « C’est vrai qu’on voit les mêmes titres dans les journaux, aujourd’hui », commente-t-il.

La mise en scène a été confiée à Alice Ronfard, complice de longue date d’Emmanuel Schwartz, auprès de qui « oh la ! la ! [il] ne compte plus » les collaborations. « On s’est rencontrés à l’école [au Conservatoire]. Ensuite, elle a été ma dramaturge sur la plupart des textes que j’ai écrits. Elle en a mis en scène un et mis en lecture deux autres ; j’ai été consultant pour elle ; on a fait de la co-mise en scène, ensemble. » Cette incursion chez Voltaire « est peut-être ma dixième collaboration avec elle, mais seulement ma deuxième en tant qu’acteur, dans un contexte professionnel ».

Création organique

Leur Candide repose sur une mise en abyme, convoquant le théâtre à l’intérieur du théâtre. « C’est un OVNI que ce spectacle ! » conclut Emmanuel Schwartz. La pièce étant une création, « c’était un peu corsé : on a ‘trouvé’ le spectacle en le jouant, en cherchant... » de façon organique, tout en sabrant dans le texte, pour le faire « passer de 3 h à 1 h 45 ».

La distribution est complétée par Benoît Drouin-Germain, qui interprète Candide, et Larissa Corriveau.

POUR Y ALLER

Quand ? Les 26 et 27 octobre, 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca