Canailles débarquera avec son « bluecrass » au Centre national des arts, à Ottawa.

Canailles en mode «écoutable»

Canailles, la troupe montréalaise qui a inventé le terme « bluecrass » pour définir sa musique difficilement classable, tant elle courait librement « à côté d’la track » (à présent, on voit régulièrement l’expression collée à Bernard Adamus, Lisa Leblanc et de plusieurs autres adeptes de ce folk trublion, trashy et tavarneux caractérisé par sa « fonction festive ») déboule ce jeudi 1er février au Centre national des arts (CNA) pour y présenter Backflips, son plus récent album.

Les huit musiciens de Canailles entretiennent depuis leurs débuts, en 2010, une belle histoire d’amour avec le public de l’Outaouais, qu’ils visitent avec une régularité quasi-métronomée. Ils ont souvent gratifié le FOÉ (Festival outaouais Émergent) de leur présence ; on a aussi pu les (re)voir dans le cadre de la Petite St-jean à Gatineau, au Minotaure, ou encore à Saint-André-Avellin. Leurs trois albums ont d’ailleurs largement été conçus à Fassett, dans le chalet qu’y possède Erik Evans, le mandoliniste, « banjoléleur » et ex-trompettiste du groupe.

Mais bien que la bande parcoure aussi le Canada de long en large, elle a rarement traversé la rivière jusqu’à Ottawa. Le CNA ne les avait accueilli qu’une seule fois, en 2014, dans sa Quatrième salle... où, la foule, confortablement assise, avait — pour une rarissime fois — préféré prêter à Canailles son oreille attentive plutôt que son pied danseur. Ce qui avait « un peu » déstabilisé l’octuor, mais qui avait aussi réjoui les musiciens, concède Evans.

« On va sortir les torches et les cracheurs de feu » afin de fouetter la foule, blague d’abord Erik Evans. Bien au contraire.

« C’est précisément le genre de spectacle qui nous permet de retravailler un peu nos pièces, dit-il. [Au CNA], ce sera une autre facette de la personnalité du band, on va pouvoir explorer des choses un peu plus calmes, montrer qu’on a d’autres couleurs » que celles de la fiesta permanente. « S’ils veulent écouter... on va faire nos tounes écoutables », rigole-t-il ensuite.

« Mais, en réalité, on fonctionne toujours comme ça : on prend le pouls du public, puis on s’adapte. Il y a toujours place à l’improvisation. Puis, on essaie de ne jamais faire deux fois le même show. On a pas mal de fidèles qui reviennent souvent, alors on ne veut pas faire les mêmes blagues, ni leur donner le même pacing », explique celui qui est aussi l’une de trois voix de cette bande polyphonique. Rôle qu’il partage avec la chanteuse principale Daphné Brissette et l’accordéoniste Alice Tougas St-Jak. Ils forment aussi le trio d’architectes sonores de la polissonne formation.

Chansons à démolir

Ce jeudi, l’octuor deviendra nonet. « On est rendu neuf sur scène » depuis qu ’une tendinite empêche Mme Tougas St-Jak de manipuler son instrument, mais pas de frotter ses cordes vocales. « On a réglé cette problématique en prenant avec nous Mélissa Fortin à l’accordéon, ce qui permet à Alice de chanter ses chansons avec nous. »

Sur le dernier album, Evans et Brissette se paient leur premier véritable duo, Margarita.

« Ça faisait longtemps que j’avais ce fantasme-là, faire un duo d’harmonies avec elle sans qu’il y ait de lead. C’est aussi un peu un clin d’œil à Creeque Alley de The Mamas and the papas. On a un peu allé dans le canevas de la toune. »

Outre l’évidence des polyphonies hommes-femmes qui caractérisent le quatuor folk américain, le lien avec les années 60 ne nous semble pas immédiat. Evans ne s’en soucie guère, reconnaissant qu’« autant nos références peuvent être obscures et ne pas fitter, parfois, autant on peut dans un même show chanter du AC/DC ou une chanson des Bébés ».

Canailles, convenons-en avec lui, ne s’est « jamais vraiment donné de ligne directrice », si ce n’est l’envie de faire lever le party.

Le premier album était « un ramassis de chansons composées sans savoir où on s’en allait ; Ronds-Points était un peu plus sombre, un peu plus calme ; Backflips est une sorte de retour à la source. » D’où son titre, entre autres, suggère le chanteur.

« Pour Ronds-Points, les instruments avaient été tapés [enregistrés] ensemble, mais les voix avaient été rajoutées par-dessus. [Sur Backflips], Tonio (Morin-Vargas, leur réalisateur, qui est aussi le fidèle batteur de Bernard Adamus) a insisté pour qu’on ne fasse pas d’overdubs. Tout le monde chante ensemble, les voix sont moins clean, et on le sent, l’effet de gang. Et j’aime le côté humain de ces imperfections. »

La pochette du nouvel album laisse entrevoir une énorme piñata. Pas pour ses sonorités particulièrement latinoaméricaines, mais tout simplement parce qu’« on aime cette image, qui est un symbole de fête. Et puis le but premier d’une piñata, c’est de se faire démolir, pour que les gens frappent dessus pour en tirer autre chose au final », lâche Erik Evans, un peu énigmatique.

Le trentenaire poursuit en expliquant que plusieurs chansons de l’album évoquent des moments de transition entre le monde de l’enfance et l’âge adulte, et « l’espèce de confrontation » qui en découle. Telle Plumage, chanson adulescente au tempo hivernal, « où Daphné dit qu’elle aime encore ben gros faire le party, qu’elle assume mal le fait de devoir relaxer [s’assagir] ». Gageons que la bande ne sera pas si « relaxe », ce soir.

POUR Y ALLER :

Jeudi 1er février, 20 h 30

Centre national des arts

1-888-991-2787; nac-cna.ca ; ticketmaster.ca