Francois Bellefeuille a présenté son spectacle Le plus fort au monde en première, à la salle Odyssée de la Maison de la culture de Gatineau, jeudi soir.

Bellefeuille, ou l’impudeur grognonne

CRITIQUE / C’était soir de première médiatique pour François Bellefeuille, jeudi. L’humoriste a présenté à la Maison de la culture son nouveau spectacle, Le plus fort au monde — un solo que la salle Odyssée avait déjà accueilli les 26 et 27 janvier dernier.

Si le Bellefeuille-de-la-vraie-vie nous a toujours séduit par la qualité et la pertinence générales de son disours, son personnage scénique — cet hirsute fou-furieux caractériel qui s’emporte en d’incessantes crises d’hystérie — nous a toujours tapé sur le coco. Oui, malgré sa folie et sa bonhomie.

On avait même accepté l’idée qu’on puisse être dans le champ. Oh, on l’était assurément : le premier one man show de Bellefeuille s’est écoulé à plus de 300 000 billets ; il a aussi été gratifié de deux prix Olivier en 2015 (meilleur spectacle et meilleure mise en scène ; celle-ci avait été confiée à Martin Petit et Marie-Christine Lachance, laquelle partage cette fois la mise en scène avec François Bellefeuille).

Pour ce deuxième solo, les éruptions colériques sont largement mises en sourdine. Ouf, c’est déjà ça !

Les hurlements ont fait place à une grogne plus mesurée. L’enragé a vieilli. D’ailleurs, il est un peu question du temps qui passe, dans ce deuxième opus des mésaventures de Bellefeuille, qui a récemment atteint le cap de la quarantaine.

On pourrait même dire qu’il a « maturé ». On ne le fera pas. Primo, parce que le jeune quarantenaire se prend pour un superhéros (il s’agit bien sûr d’autodérision, et non d’un complexe de Peter Pan mal géré). Deuxio, parce que l’humoriste abuse un peu du ressort scatologique. On n’est pas allergique à la grivoiserie, et le côté sans filtre de Bellefeuille ne manque pas de piquant... mais ses « blagues de pénis » finissent par se ressembler, non ?

Qu’importe ! Avec ou sans notre aval, l’hystérique Bellefeuille reviendra mordre et s’insurger à la salle Odyssée quatre autres soirs, cet été : les 3, 4, 10 et 11 août.

Mêlant — espère-t-on — le vrai et le faux, François Bellefeuille fait mine d’étaler impudiquement sa vie de famille. On saura rapidement tout, ou presque, de sa vie intime, voire sexuelle, de son enfance et de sa paternité. Ou encore des mensonges dits et des bêtises commises en famille, laquelle s’agrandit suffisamment vite pour que la société doive s’en inquiéter — c’est lui qui souligne — puisque sa blonde et lui ont enfanté deux fois en un an et demi. « Je me reproduis plus vite qu’une gerboise », s’excuse-t-il.

Superhéros
Au mitan du spectacle, séquence nostalgie : Bellefeuille replonge dans son enfance, nous laissant découvrir (sur écran) le genre de dessins qu’il commettait vers l’âge de 8 ans. Jamais avare de délires, l’humoriste prouvera, au fil des illustrations, qu’il avait une fixation sur la figure du superhéros. Et une autre, plus manifeste, sur l’attribut principal de leur virilité.

Du superhéros, force est d’admettre qu’il en a l’énergie. L’ex-vétérinaire devenu le Plus-fort-du-monde-de-l’humour enfile à un rythme trépidant les gags, les simagrées et les petites pensées du jour qui finissent en « WTF? ». Et pique au passage quelques fausses colères, toutefois moins carabinées qu’avant.

Ses sources d’indignation actuelles et boucs émissaires du moment ? Dans le désordre, et non au mérite : les cartes de fidélité et les sacs recyclables, le fromage, les invités donneurs de bibelots, les punaises de lit, les jeans skinny, les maisons trop vertes pour s’encombrer d’une poubelle et « les tab... qui n’applaudissent pas » assez fort, sans oublier les sorties-citrouilles. Oui, ça existe. C’est d’ailleurs une sortie de famille, chez les Bellefeuille, qui auraient même transformé leur logis en Centre d’interprétation de la cucurbitacée.

Dans un petit numéro facile, mais efficace, Bellefeuille sort son livre d’insultes. Un vrai bouquin, répertoriant différentes façons d’envoyer ch... le monde à travers le monde (en 200 langues). Il partage une couple de ces expressions exotiques. Sympathique. Mais moins punché que lorsqu’il extirpe de ses cartons ses photos de jeunesses, et qu’il les commente sans aucune pitié.

Le fougueux hystérique a quitté en remerciant du fond du cœur ce public gatinois qui l’a toujours accueilli très chaleureusement, et qui lui a réservé jeudi une ovation particulièrement enthousiaste.

Pierre-Luc Pomerleau
Pour lui réchauffer les planches, le public a eu droit à une prestation de Pierre-Luc Pomerleau, courte, mais punchée, et tout à fait dans le ton, avec ses petites remarques cinglantes (sur les doigts qui puent ou sur les sourcils de sa coiffeuse) et son sens de l’autodérision.