Le duo Twenty One Pilots a enflammé le Centre Canadian Tire offrant aux spectateurs un balayage de faisceaux lasers; divers effets électro-pyro-stroboscopiques et des écrans géants aux pixels créatifs.

Au-dessus des nuages... avec Twenty Øne PilØts

Twenty Øne PilØts a montré que la valeur n’a jamais eu besoin d’attendre le nombre des années.

De passage au Centre Canadian Tire, mardi soir, dans le cadre de son Bandito Tour, le jeune et dynamique duo américain a déversé en un flot ininterrompu ses mégahits d’un genre musical pas tout à fait nouveau – ça reste de l’électro-pop, teinté de rap, de rock ou de punk à l’envi – quoique assez moderne pour que ses fans les plus ultras se piquent de le ranger dans une classe à part : le « Ukulele Screamo». Les ‘simples passagers’ des deux Pilots peuvent privilégier le terme «emo rap», certainement pas erroné et sans doute plus clair.

Le ukulele, il ne prend pas l’air si souvent que ça. En revanche, des mégahits, y’en a plein. Ça déborde, et le premier tiers du concert s’amuse à les aligner. En commençant par Jumpsuit et Levitate, les deux titres qui amorçaient leur cinquième album studio, Trench, paru à l’automne dernier. 

Une entrée en matière pas illogique du tout, puisque Trench est un album concept. Le disque est baigné d’éléments narratifs évoquant la dépression, l’anxiété, et une santé mentale à la dérive, tout ça dans une ville fictive située dans la Vallée de Trench.

La chanson Jumpsuit – et la vidéo qui l’illustre – débute en compagnie d’un locuteur probablement paranoïaque, qui psalmodie «combinaison, combinaison, protège-moi !», en espérant que sa «chienne» de travail (jumpsuit) le protégera des entités qui l’encerclent et le menacent, et qu’on devine être des hallucinations récurrentes...

Tout ça pour expliquer à ceux qui ne connaissent pas Twenty One Pilots pourquoi le chanteur du duo, Tyler Joseph fait son entrée en scène la tête encapuchonnée, le reste du corps flottant dans un inquiétant jumpsuit blanc, tout en brandissant une torche enflammée en guise de micro.

Cette entrée en matière, qui le nimbait d’un nuage de fumée créant une ambiance mystérieuse, a mis le feu aux poudres : le foule enthousiasmée a hurlé sa satisfaction, pendant que Tyler Joseph (qui manipule aussi les claviers, la guitare et la basse) empoignait sa six-cordes, et que son comparse Josh Dun, derrière la batterie, se mettait à «varger» sur les peaux comme un forcené, jusqu’à provoquer une explosion (pyrotechnique et programmée) au milieu de la chanson.

Le concert se poursuit sur Fairly Local et Stressed Out, tirées de Blurryface, et qu’on peut déjà considérer comme des classiques. Exagère-je ? Pas tant ! Bien qu’il ne date que de 2015, ce disque multiplatine a établi un record qui semble inégalable : chacune de ses 14 chansons a obtenu une certification «or» ou «platine». La plus populaire d’entre elles, Stressed Out (sept fois platine) affiche 1,75 milliard de visionnements sur You Tube. Oui, c’est bien écrit «milliard», et non «million».

Dès les premières minutes, on a eu droit à une panoplie de gimmiques scéniques – des pans de scène servant d’ascenseurs aux artistes ; un balayage de faisceaux lasers ; divers effets électro-pyro-stroboscopiques et des écrans géants aux pixels créatifs – avant même d’entendre ce fameux Stressed Out. Chanson que la foule aurait pu chanter toute seule jusqu’à la fin, si le chanteur ne l’avait pas interrompue, le volume à fond. Pas grave : le monde s’est repris sur la suivante, Heathens, en entonnant cette mémorable ballade qui figure sur la trame sonore du film Suicide Squad

Connivence avec la foule

Tyler Joseph a enfilé sa chemise hawaïenne à motifs floraux et attrapé son ukulélé et invité le public à scander de vigoureux « Yeah! Yeah! Yeah!» destinés à ponctuer We Don’t Believe What’s On TV. La foule, calme mais énergique (et plus clairsemée qu’on aurait cru), a docilement suivi l’injonction du chanteur.

Dans les premiers rangs, les fans ravis, les bras fendant l’air, arboraient des bandanas jaune canari à l’effigie du vautour déployant ses ailes sur la pochette de Trench, des hoodies tirant sur le vert fiente-de-mouette, entre autres merch Pilotesque vendue à vil prix. 

C’est incroyable, l’aisance avec laquelle les Pilots peuvent passer en quelques secondes, sans transition, d’une séquence reggae chaloupée très mollo à des riffs franchement agressifs, ou passer de sonorités électro presque industrielles à de délicats accords de piano solo. Par exemple : la ballade Smithereens, servie sur une seconde scène, assez petite, intime, installée en plein centre de l’aréna, où le duo est venu offrir quatre chansons tirées de Trench (disque qui, à l’issue des rappels, aura été exécuté dans son intégralité), avant que le chanteur ne poursuive le spectacle depuis l’immense passerelle aérienne qui reliait les deux scènes. C’est sur cette passerelle amovible que Tyler Joseph, jouant les Indiana Jones, a livré un énergique flow rap. 

Et ce collage fonctionne comme sur des roulettes, sans jamais donner l’impression d’un concert patchwork rapiécé ou mal pensé. C’est leur style, purement et simplement. 

Et même si les Ottaviens n’étaient pas hystériques, le public était happé, concentré, pendu aux mots du chanteur. Qui n’est d’ailleurs pas très bavard. Mais qui sait rider une foule. L’amadouer. La surprendre. Et la provoquer...

Je vous laisse deviner l’ampleur de la réaction frénétique des fans à chaque fois que le chanteur se pointe sur scène avec un nouveau costume (ou le visage cagoulé de ce passe-montagne qui est devenu emblématique des apparitions scéniques du duo), ou quand, sur Holding On To You, les deux comparses se mettent à faire des backflips depuis le sommet du piano... Les Pilots étaient bien aux commandes. Et la foule était au septième ciel.