Arcade Fire en cinq temps

Une deuxième visite à Québec en 16 ans de carrière, une tournée avec une scène circulaire, un nouvel album rehaussé d'une touche d'Abba, une mise en marché carburant aux fausses nouvelles... Non, les sujets de discussion avec Arcade Fire ne manquent pas. Ça tombe bien : en attendant le concert prévu le 9 septembre au Centre Canadian Tire, le multi-instrumentiste Richard Reed Parry s'est prêté au jeu des questions. Notre entretien en cinq temps.
À l'étranger d'abord
Richard Reed Parry en convient : il est assez incongru qu'un groupe montréalais ait fait plusieurs fois le tour du monde et n'en soit qu'à son deuxième concert à Québec en 16 ans... Ces rares séjours expliquent peut-être, en partie, que les billets pour la représentation au Centre Vidéotron ne se soient pas envolés aussi rapidement qu'on aurait pu le croire... 
Quoi qu'il en soit, le guitariste, bassiste, claviériste et percussionniste explique que c'est un peu malgré lui que le collectif a surtout sillonné l'axe Montréal-Toronto à ses débuts, pour ensuite mettre à profit les nationalités américaines (Win et Will Butler) ou canadienne et américaine (Reed Parry, Régine Chassagne) de ses membres en vue de se produire fortement aux États-Unis, ce qui a servi son ascension. 
« Tout ça a été une coïncidence : c'était tellement facile pour nous d'aller jouer aux États-Unis... On s'est dit «allons jouer à New York et à Boston, parce qu'on peut avoir des shows décents là-bas». Puis lorsque l'album [Funeral] est sorti, ç'a si bien marché, si rapidement, qu'on s'est mis à tourner aux États-Unis comme on ne l'a jamais fait au Canada.
[...] On s'est retrouvé dans cette position étrange et très privilégiée d'avoir des offres de partout dans le monde. Donc on a tourné davantage aux États-Unis et en Europe au début de notre carrière qu'on a tourné au Canada, avec le premier album et le second. C'est un peu le contraire de ce qu'on fait habituellement... Maintenant, on fait l'inverse et on tente de jouer à toutes les places au Canada où on s'était faits plus rares à nos débuts. »
Une scène centrale
Pour la nouvelle tournée Infinite Content, Arcade Fire a voulu revoir sa manière de donner des performances et d'interagir avec le public. Aussi, la troupe évoluera sur une scène circulaire. « C'est assez nouveau pour nous, mais on veut se mettre au défi et changer notre façon de performer, indique Richard Reed Parry. Je crois qu'on découvre davantage de choses lorsqu'on fait quelque chose pour la première fois, tandis qu'on peut facilement sombrer dans la redite lorsqu'on ne fait, par exemple, que de gros festivals et qu'on ne se présente que pour la performance. [...] On espère que ça fonctionnera, on n'a fait ça qu'une fois à Barcelone, mais on n'avait pas répété, on l'a simplement essayé. La première fois qu'on [a fait] ça à cette échelle [c'était] à Québec. »
Des têtes de Daft Punk et de Pulp
Bien que la formation réalise elle-même son matériel, Arcade Fire a régulièrement fait appel à des collaborateurs extérieurs lorsqu'elle est entrée en studio, qu'il s'agisse de Markus Dravs ou de James Murphy (LCD Soundsystem). Pour Everything Now, la troupe a recruté Thomas Bangalter (Daft Punk) et Steve Mackey (Pulp), entre autres. Qu'ont-ils apporté ? « Ces gars-là sont tous dans des groupes, ce sont des artistes, note Richard Reed Parry. On a peu travaillé avec des réalisateurs qui n'étaient pas également des artistes. C'est un peu comme ajouter un membre dans le groupe qui a une opinion nouvelle et donc chacun de nous est davantage prêt à écouter ses propositions et ses opinions. C'est comme importer un membre auquel on fait confiance, car on aime vraiment leur groupe. Ils ne font pas la réalisation en ordonnant à chacun quoi faire et en prenant toutes les décisions quand le groupe est parti pour la nuit... »
Abba : une influence depuis... Funeral
Arcade Fire en a déstabilisé plus d'un en sortant le simple Everything Now, qui avait tout d'une chanson d'été avec ses lignes accrocheuses et son côté dansant. Initialement, le chanteur et guitariste Win Butler voulait faire un remix d'une pièce du défunt artiste camerounais Francis Bebey. Il a fini par travailler autour d'un échantillonnage, qui n'en est plus devenu un puisque le fils de Bebey, Patrick, est venu jouer de la flûte. Or au final, plus que son côté world, ce que le public a retenu de cette chanson, c'est le parfum « Abba » qui y flotte. 
« Ce qui est amusant, c'est qu'on a toujours travaillé sur des chansons qui sonneraient un peu comme Abba, mais on n'y était jamais parvenu, raconte Richard Reed Parry. Même qu'on travaillait sur des chansons vraiment proches d'Abba sur Funeral, mais ça ne s'était pas rendu à la mouture finale, alors pour nous, ce n'est pas du tout un nouvel aspect ou une nouvelle influence. On a essayé de faire des trucs comme Dancing Queen depuis le premier jour ! »
Fausses nouvelles, réel impact
Arcade Fire a toujours été doué pour mettre en branle des campagnes virales, présidant à la sortie de ses albums. Pour Everything Now, le collectif a lancé un faux site Web, de fausses critiques et de fausses pubs. Les musiciens voulaient s'amuser avec la manière dont le contenu virtuel peut être personnalisé et orienté vers les consommateurs, tout en observant comment ces contenus voyagent vite, sont produits en grande quantité et peuvent être détournés. 
Arcade Fire n'avait sans doute pas suspecté, cependant, qu'avec cette expérimentation où des fans et même des médias se sont fait prendre au piège de fausses nouvelles, il ferait naître du contenu insoupçonné. 
« On a mis en ligne un faux site Web, avec une fausse critique et il y avait 15 commentaires qui disaient : «Ceci est tellement stupide, ces fausses pubs, ces fausses nouvelles, quelle idée stupide je n'aime pas ce groupe», relate Richard Reed Parry. Donc 15 personnes réagissent et un gars qui écrit un blogue pour le Huffington Post ou Slate ou un autre site du genre publie ensuite un texte en disant : «Arcade Fire reçoit tous ces courriels haineux et réactions terribles à la suite de sa campagne virale.» Ça devient un grand titre et les gens y font référence avec des hyperliens comme si c'était une nouvelle, mais c'est de l'opinion. C'est quelqu'un qui dit tout le monde semble mal réagir à ça, mais c'était 10 ou 15 qui répondaient de manière incendiaire... »
Reed Parry soutient que ces grands titres se sont multipliés au point d'être repris par des publications crédibles, ce qui pouvait finalement teindre l'opinion du public envers le groupe ou l'album. 
Quand vient le temps de faire le bilan de cette aventure, qui avait une dimension satirique, le multi-instrumentiste ne sait trop de quel côté trancher... « C'est difficile pour nous de nous prononcer là-dessus : un succès ou un échec ? Est-ce que c'était amusant ou pas ? Stupide ou intelligent ? Je crois que c'est un peu tout ça et que ça importe peu. C'est devenu cette façon étrange de faire savoir aux gens que le groupe existe et a sorti un album ! »
Pour y aller
Quand ? 9 septembre, à 19 h 30
Où ? Centre Canadian Tire
Renseignements : ticketmaster.ca