L’humoriste André Sauvé fait le tour des villes québécoises depuis quelques semaines avec son spectacle «Ça».

André Sauvé fait réfléchir avec «Ça»

La méditation, parlez-en à André Sauvé. Il a multiplié les retraites silencieuses, dix jours durant, assis pendant dix heures à chaque séance. L’ascète en quête de sens cherchait à se raccrocher à « ce qui est en dedans », à apprivoiser sa voix intérieure.

Cette intuition, ce n’est qu’une partie de ce qu’il appelle « Ça », le titre de son troisième spectacle. En une heure et demie, il y tente de définir ce que c’est que « ça » – un appétit de vivre inné qui, avec une « pointe de tarte » de hasard, fait prendre aux existences leurs multiples tournants ?

L’humoriste réputé le plus philosophe du Québec se met à bouillonner : « Personne ne sait “quessé” que c’est, mais on est tous d’accord pour dire qu’il faut l’écouter pour trouver son chemin. Mais c’est quoi, cette chose-là ? C’est-tu de l’intuition, du concours de circonstances ? Qu’est-ce qui fait qu’on trouve son chemin dans la vie, ou qu’on peut ne pas le trouver non plus ? Parce que ce n’est pas garanti non plus ; on peut se dire : “Je laisse ma job”, mais ce n’est pas garanti qu’on va trouver son chemin par la suite ! Ce sont toutes ces choses-là qu’on n’arrive pas à nommer : c’est Ça. »

Dans son village de 13 habitants des Alpes françaises, André Sauvé a trouvé le recul nécessaire pour peindre un troisième portrait de l’humanité – il y habite à temps presque plein avec son conjoint Dimitri, un Grec triplement diplômé de Stanford (« mon chum, c’est un Wikipédia ! ») qui a délaissé sa carrière à 40 ans. Résultat de ce « zoom out », Ça fait un long « zoom in » depuis ses réflexions comico-cosmiques vers le récit de sa propre quête existentielle.

« Quand est-ce qu’on arrive ? »

Celui qui a longtemps enchaîné les petits boulots revient sur la fois où l’André Sauvé peintre en bâtiment, dans une prise de conscience soudaine, avait laissé sa cliente en pan, sa salle de bain à moitié peinte. Son « ça » hurlait.

« Ce n’était pas ça, ma vie ! Si je n’écoutais pas ça là, là, si je continuais le contrat, j’allais en prendre un autre, et un autre, et je serais encore en train de peinturer des maisons aujourd’hui », s’enfièvre-t-il.

« Ça a pris tout mon courage. Après, il y a eu un immense vertige. Dans ce vertige-là, oui il y a de la peur et de l’inquiétude, mais il y a de la vie aussi. On est vivant quand on fait ça. C’est périlleux, mais on est vivant ! »

Parmi toutes ses bifurcations – il n’a pris le chemin de l’humour qu’à 37 ans – le quinquagénaire refuse les « j’aurais-donc-dû ». « C’est faux de toujours penser qu’il faut arriver quelque part. C’est comme des nomades qui avancent dans le désert. Tous les chameaux sont alignés et le gars chiale tout le temps : “Quand est-ce qu’on arrive ?” Mais on n’arrive pas nulle part : on est des nomades ! Il n’y a pas de destination ! C’est ça, notre vie : on pense qu’il faut arriver quelque part, et c’est long, se départir de ça. »

Avec ses 35 minutes, son histoire clôt son spectacle le plus « intime » et personnel. Et probablement son plus spirituel, dans le sens qu’il lance des questions auxquelles les spectateurs devront trouver les réponses en eux-mêmes. Écouter leur « ça ».

Ça fait le tour des villes québécoises depuis quelques semaines déjà.

Au fil de sa tournée, nombreux sont ceux qui lui ont confié partager ses questionnements, à voix basse, « comme si c’était tabou d’avoir ces réflexions-là ».

« Des gens me disent : “My god, c’est peut-être pas ça mon chemin.” Ça amène cette réflexion-là. Je ne le fais pas pour provoquer, je le fais juste pour partager ce que moi j’ai vécu. Je ne veux pas apporter des réponses aux gens, je veux leur apporter des questions. J’ai assez travaillé pour trouver mes propres réponses... travaillez pour trouver les vôtres ! »

Namasté.

Parions que plusieurs spectateurs feront des changements de vie à la suite des représentations de Ça – joué à guichets fermés les 15, 16 et 17 novembre à la salle Odyssée. Après trois mois de ressourcement dans ses Alpes, le gourou reprendra un nouveau pèlerinage. Son équipe annonce deux supplémentaires à la Maison de la culture de Gatineau les 21 et 22 mars 2019.

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POUR Y ALLER

Quand : Les 21 et 22 mars 2019

Où : Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca