L'univers des Petites Pestes il se veut rigolo, à la fois coloré et onirique, en empruntant à la BD.

Adorables petites pestes

CRITIQUE / Côté cour, dans les hauteurs, une lune à la Méliès, au sourire éclatant, dont le visage s'illumine et prend vie son sous les « ohh! » des bambins, tandis qu'une nuit théâtrale s'abat sur le cabaret La Basoche et que sur scène se mettent à grouiller les sympathiques bestioles qui constituent Les Petites Pestes.
Voici les Nox qui se réveillent, s'étirent, et, après avoir hurlé à la lune, se mettent à danser. Et le public de faire aussitôt la connaissance de Sonar la chauve-souris, Catus la chatte de ruelles et Ratou le raton laveur farceur : les trois animaux-musiciens qui se retrouvent nuitamment pour former les Nox, groupe de pop-rock qui semble avoir la cote dans le voisinage.
Cette amusante pièce de théâtre musical destinée aux jeunes de 5 à 11 ans s'est installée au Cabaret la basoche durant tout le mois d'août, les jeudis et vendredis, à 19h30. Elle a été concoctée en 2000 par la directrice artistique de l'Artishow Jo-Anne Donoghue, mais récemment retravaillée par son fils, Tristan Paquin-Donoghue. Le polyvalent jeune homme est, prenez votre souffle, coauteur, compositeur, metteur en scène et directeur de production de ce spectacle dont il a supervisé les projections et dans lequel il campe aussi trois personnages. 
Si le thème central de la pièce - le cheminement d'un personnage (ici : une luciole trop lumineuse, qui peine à se faire des amis) pour se faire accepter d'un groupe - est connu et rabâché, on l'a rarement vu traité au milieu des poubelles. Car c'est dans une sorte de dépotoir que nous invitent ces attachantes bibittes chantantes. Nous sommes à Pestiland. Il s'agit, comprend-on, d'une ruelle, mais qui prend des allures de terrain vague, en raison du gigantisme des « détritus » qui, jonchant la scène, constituent les éléments centraux du décor. Ainsi, une énorme tasse de café en carton (qui servira de tambour, le temps d'une séquence interactive avec le public), une boîte de conserve sur laquelle peuvent se jucher deux personnages et un pneu qui semble avoir appartenu à un tracteur géant permettront de remettre les résidents à l'échelle et renforceront l'illusion qu'on est, nous aussi, tout petit.
Précisons que, tout trashy qu'il soit, il s'agit d'un univers qui n'a, visuellement parlant, rien de glauque ou de misérable : il se veut bien au contraire rigolo, à la fois coloré et onirique, en empruntant plutôt à la BD. D'ailleurs l'apparente gémellité des deux « méchants », les coquerelles Cancrelouche et Cafardouleur, deux producteurs véreux, évoquera rapidement le tandem des Dupond-t de Tintin
Geneviève Roberge-Bouchard
Chacun des comédiens y tient deux à trois rôles. Avec beaucoup d'énergie, à défaut d'une efficacité constante. Sauf dans le cas de Geneviève Roberge-Bouchard, qui habite avec tellement de conviction ses trois personnages - aux registres pourtant très différents - que certains enfants ne s'apercevront peut-être même pas qu'il s'agit de la même personne, sous les costumes. Elle campe Catus la chatte un peu vaniteuse et jalouse, mais aussi une araignée tricoteuse et amatrice d'énigmes, qui se prend peut-être pour le père Fouras (de Fort Boyard), ainsi que l'une des deux blattes patibulaires. Et cela en alternance avec les nombreuses parties chantées, où elle excelle aussi (ce qui surprend moins, quand on connaît son travail au sein du duo folk qu'elle forme avec Alain Barbeau).
La jeune femme est tout simplement deux coches au-dessus de tous ses complices de scène. Isabelle Lafond n'est absolument pas mauvaise, mais ne brille pas autant qu'elle, alors que c'est clairement dans le mandat de ses personnages, elle qui prête ses traits à Luciole et à Séléné, la lune.
Tristan Paquin incarne quant à lui Ratou (seul personnage à manquer de relief), Musca la mouche (personnage truculent, le comédien habite complètement), et la blatte Cafardouleur, tandis que Louis Morin devient tour à tour Sonar et Phaleina, deux bestioles que tout oppose.
Un bravo tout particulier à la costumière, Louise Picard, qui a fait preuve d'imagination et d'excentricité, tout en permettant les métamorphoses (les changements de costumes) ultrarapides.
La quête de Luciole, qui devra aller chercher son « refrain intérieur » est un peu simpliste, et les vertus pédagogiques du concept ne résonneront guère au-delà de l'âge ciblé, mais le concept est bon, et le récit, quoique décousu, tient la route.
Les Petites Pestes se défend particulièrement bien aux plans vocal et musical. La production propose une douzaine de chansons aux mélodies très soignées (mais préenregistrées, quel dommage !), qui savent varier les plaisirs, en butinant entre le genres - ça va du pop au glam-rock - et les ambiances : ça va de la rigolote Tu pues à la poétique Je vous tisse de rêves, magnifique pièce finale entonnée en groupe, alors que les interprètes alternent entre harmonies de groupe et dissonances maîtrisées. Les chansons ont en outre le mérite d'être courtes, ne nuisant donc ni au rythme du récit, ni à l'attention parfois déficitaire du jeune public.
Pour y aller
Quand ? Jusqu'au 25 août, les jeudis et vendredis à 19h30
Où ? Cabaret La Basoche
Renseignements : 819-243-8000 ; 819 595 7455 ; www.ovation.qc.ca