Fred Pellerin a offert un joli moment d’intimité avec le public dans le cadre du spectacle <em>À pleines voiles</em> jeudi soir à Shawinigan.
Fred Pellerin a offert un joli moment d’intimité avec le public dans le cadre du spectacle <em>À pleines voiles</em> jeudi soir à Shawinigan.

À pleines voiles: touchante démonstration de fierté régionale [VIDÉO]

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN – Il faisait froid, c’est vrai, mais il aurait fallu que ce soit carrément glacial pour attiédir un tant soit peu la fierté régionale célébrée jeudi soir à l’Amphithéâtre Québecor de la Cité de l’énergie. À pleines voiles a gonflé d’un légitime orgueil quelque 200 spectateurs, 16 artistes sur scène, cinq musiciens et toute une équipe qui a su mettre sur pied cette vibrante production.

Un spectacle sans prétention mais tellement plein de quelque chose qui n’appartient qu’à nous, Mauriciens, quelque chose qu’on n’affirme pas assez souvent: cette fierté qui nous unit des coins les plus reculés de la Haute-Mauricie jusqu’au fleuve et qu’il faut réveiller de temps en temps pour se rappeler qu’elle existe.

À pleines voiles se voulait une sorte de descente d’une rivière Saint-Maurice métaphorique qui a pris sa source dans un chant traditionnel interprété par Jacques Newashish. On a rapidement compris que le spectacle serait fait de contrastes puisqu’un poème d’Yves Boisvert, gracieuseté de Rémi-Pierre Paquin, a succédé aux paroles en atikamekw.

La harpiste trifluvienne Valérie Milot est apparue sur la rivière pour interpréter le <em>Clair de lune</em> de Debussy.

Puis, est venue la musique avec Baptiste Prud’homme, d’abord, puis Cindy Bédard. Du folk au country. Et là, un choc: alors que la mise en scène nous entraînait vers l’eau de la rivière au pied de l’amphithéâtre, la harpiste Valérie Milot est apparue, dans la rivière, presque, pour offrir à la nuit tombante un Clair de Lune de Debussy. Moment magique, complètement étonnant. Quelle belle idée et quelle expression saisissante de l’ampleur du spectre des talents que compte la région.

Le metteur en scène Bryan Perro a eu beau dire qu’il n’avait pas eu à travailler bien fort en collaborant avec des artistes aussi doués, il a quand même eu de jolies idées. Installer Rémi-Pierre Paquin au milieu de la chute héritée du décor de Nezha, l’enfant pirate pour un conte sur la rivière Saint-Maurice, c’était pas mal.

Ou alors, ce pêcheur qui s’exécutait sur le bord de la rivière pendant que Valérie Milot faisait résonner les notes cristallines de sa harpe; au terme de la pièce, on a découvert que c’était Fred Pellerin qui s’est avancé sur la scène pour Le grand cerf-volant.

L’artiste multidisciplinaire Jacques Newashish a ouvert le spectacle avec un chant traditionnel atikamekw.

Le conteur a dû s’y reprendre à deux fois pour lancer son hommage à Vigneault: il avait oublié les paroles. Ça rouille, un chanteur, quand ce n’est pas utilisé. La chanson a pourtant été un autre très joli moment d’une soirée qui en a compté plusieurs. Un touchant lingot de proximité.

Sympathique, également, cette idée d’entraîner les spectateurs dans une brasserie. Atmosphère bon enfant, avec un seul pianiste pour accompagner les mots de Gérald Godin, une chanson de Félix Leclerc et une chanson à boire de Maurice Ravel offerte par le remarquable baryton Philippe Sly. Le pianiste? C’était Guillaume Marchand qui, en temps normal, arrondit ses fins de mois comme claviériste de Céline Dion.

Il aurait quasiment été sacrilège de ne pas inclure dans un tel spectacle Ma Mauricie de Daniel Morrissette que Les Trifluviennes Fabiola Toupin, Manon Brunet et Camille Bourgeois rendent si bien.

Le comédien Rémi-Pierre Paquin demeure fidèle à sa région et il a lu quelques textes poétiques dans le cadre du spectacle présenté à l’Amphithéâtre Québécor de la Cité de l’énergie.

On ne va pas faire la nomenclature du spectacle en entier. Je retiens le plaisir profond qu’offre un spectacle en chair et en notes. L’étendue et la profondeur du talent des artistes d’ici, également.

Cela dit, quand on peut inclure dans un même spectacle l’électrisant Steve Hill et Valérie Milot, et que le tout se tienne, c’est que quelqu’un, quelque part, a su faire preuve d’un certain don pour l’amalgame. On s’incline respectueusement devant Jeannot Bournival à la direction musicale.

Derrière les idées, le travail technique, À pleines voiles était un grand exercice de plaisir et de fierté. Un étalage intelligent mais surtout sensible de ce que la Mauricie peut compter de talent pour le vrai, le sincère, le touchant et la chaleur humaine. Avec, en enrobage, cet incontestable plaisir qu’on sentait de la part des interprètes. Celui de retrouver la scène, les copains et de partager ce bonheur avec un public certes gagné d’avance mais quand même conquis. Et tellement fier.

L’auteur, compositeur et interprète Baptiste Prud’homme était également de la distribution de <em>À pleines voiles.</em>

Le tout sera diffusé le 24 septembre à 19h sur la page Facebook de la Cité de l’énergie et de quelques partenaires régionaux. Si vous n’avez pas compris que c’est à ne pas manquer, c’est que j’ai complètement raté mon coup avec ce texte.

Mais surtout, de grâce, faites qu’on remette ça, encore et encore, sur scène, quand ça va bien aller.... pour de bon.

<em>À pleines voiles</em> se voulait une sorte de descente d’une rivière Saint-Maurice métaphorique qui a pris sa source dans un chant traditionnel interprété par Jacques Newashish.