Arts et spectacles

De l’ancien au nouveau Mario Jean

Mario Jean passe beaucoup de temps à sa table de travail ces temps-ci. Petit à petit, il laisse aller Moi, Mario au profit de son prochain - et sixième - spectacle solo en préparation. Entretemps, il navigue doucement entre les deux.

«Dans la création d’un nouveau spectacle, j’aime partir de l’ancien. Des numéros s’ajoutent et le noyau grossit sans cesse: plus de la moitié est maintenant constituée de nouveau matériel. Je ne suis pas en tournée officielle, je fais plutôt du rodage dans des petites salles. Et plus le temps avance, plus le nouveau prend la place de l’ancien», raconte l’humoriste qui a étudié à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Spectacle et théâtre

Il faut battre le siècle tant qu’il est chaud...

Quand les Zapartistes ont mis en 2014 un terme à leurs revues de l’année, après 13 éditions, ils n’en avaient pas tout à fait fini avec la formule Zap.

L’exercice du zapping politique s’est poursuivi en novembre 2016, avec le spectacle Zap 21, qui soulignait les 15 ans d’existence da troupe. Et c’est cette revue du 21e siècle que les humoristes reprennent – après l’avoir réactualisée – le temps d’une minitournée hivernale qui enverra le trio à la Salle Odyssée, le 13 janvier. En trio, oui ; car Vincent Bolduc, Jean-François Nadeau et Christian Vanasse n’y sont pas accompagnés de leur complice François Patenaude.

C’est d’abord pour se renouveler, « se distinguer », qu’est née l’idée de passer ce – très jeune – siècle au savon zapartiste.

Quand la bande a vu le jour, « l’humour politique vivait un creux, et il n’y avait plus de revue de l’année : même le Bye Bye se cherchait, et avait pris une pause (de 99 à 2002) », rappelle le comédien et imitateur Jean-François Nadeau. « De nos jours, les revues de l’année pullulent, tant à la télé que sur scène. Et ça dilue un peu notre militantisme, alors que nous, on a vraiment envie de mettre du militantisme dans l’humour – plutôt que l’inverse », poursuit-il.

M. Nadeau l’avoue : sa bande s’est régulièrement contrainte à aborder des dossiers « pas particulièrement importants, politiquement », simplement parce que c’était « ce que le public attendait » d’elle. « On en avait soupé d’avoir à traiter des sujets apparemment ‘incontournables’ alors que, souvent, on sait qu’ils ne traverseront pas le temps. » 

« On voulait faire quelque chose un peu plus musclé. » C’est mû par leur esprit de « synthèse » que la gang a d’abord entrepris quelques shows thématiques, tels Ébullition, portant sur le Printemps érable, ou encore Les Zapartistes en ont plein le cul, un « spectacle rageur qui a été plus ou moins bien reçu », confesse l’humoriste. 

« Veiller au grain »

Et puis, l’évidence s’est imposée : faire un premier bilan de « ce siècle qui était plein de promesses et d’urgence », et qui offrait aux Zapartistes l’occasion d’« être plus critiques, de moins survoler » l’actualité. De revenir aux fondamentaux de leur humour politique : s’attaquer – depuis le champ gauche, la bande étant ouvertement indépendantiste – à des sujets « sérieux », voire « arides » en apparence, comme « le terrorisme, la corruption, la dérive sécuritaire, le triomphe du 1 % ou la polarisation de la gauche ». Et d’en rire. 

Pas seulement pour « montrer les dents ». Certainement pas non plus « pour banaliser ou se désengager, mais bien pour donner le courage d’y croire, à cette lutte qui est devenue de moins en moins possible ou imaginable ».

Passer en revue le présent siècle permettait aussi aux Zapartistes « de revisiter nos textes les plus marquants », poursuit Nadeau, en précisant que Zap 21 ne constitue « pas un best-of » au sens vulgairement « marchand » du terme. Ni un spectacle « destiné à glorifier les Zap », d’ailleurs. Les Zapartistes reprennent de vieux sketches, mais un quart du contenu est du « matériel nouveau ou retravaillé », précise-t-il.

Les principaux événements ayant marqué les 17 premières années de ce siècle sont abordés de façon « chronologique, mais pas trop », afin de  pouvoir « dégager des liens ». « Entre la droite décomplexée et la crise financière aux États-Unis », par exemple. Ou pour « pouvoir se rendre au Printemps érable ou continuer à parler de la dérive sécuritaire qui nous envahit depuis 2001 ».

Et quand on lui demande si ce siècle n’est pas un peu jeune pour avoir déjà son bilan de santé, Jean-François Nadeau rétorque du tac au tac : « C’est justement le temps de s’en occuper pendant qu’il est jeune ! Pourquoi se plaindrait-on : on est dans un pays sans guerre, dans un centre-droit [qui fonctionne] ? Mais c’est précisément quand ça va bien qu’il faut veiller au grain ! Après... il est trop tard. »

 Mais, dans le regard des Zapartistes, le monde se délite inexorablement. « C’est vrai, on n’est pas tant des gens d’espoir que des gens de devoir, même si on est tous des pères de famille », concède l’humoriste en laissant échapper un souffle un peu las. 

« Et notre devoir, c’est d’y croire. De lutter. De critiquer. De rêver, même ! Parce qu’aujourdhui, parler de justice sociale ou défendre l’environnement, c’est rapidement étiqueté comme quelque chose de l’ordre du pelletage de nuages, alors qu’il n’y a rien de plus concret. »

« Pour nous, ce qui est abstrait, c’est justement ce qu’on fait avec notre fric, c’est notre manière de consommer ou la façon dont on s’autodétruit... » enchérit Nadeau. Il ne peut s’empêcher de déplorer cet « inversement des perceptions », qui, tel un virus, ronge tout un chacun, confortablement caché dans la masse de cette « grande majorité silencieuse » affairée à ses « petits calculs égoïstes, au lieu de penser au bien commun ».

Revenir sur ces 17 années est aussi pour eux un devoir de mémoire. « Il est jeune, ce siècle, et pourtant il y a une intensification du temps : on a inventé et détruit plus de choses qu’en 150 ans. Il y a là quelque chose de décourageant. Mais en même temps, on se sent plus armé, plus informé, mieux outillé. Alors, oui, on a envie que ça porte à l’action ! »

Musique morale

Détail plus révélateur qu’il n’y paraît : ils sont six sur scène. Les humoristes sont en effet secondés par un trio de musiciens : Simon Estérez, Jean-Sébastien Nicol et Benoit Rocheleau. Explications de Nadeau : « Il faut se rappeler qu’en 2001, c’était complètement immoral de télécharger de la musique sans donner de redevances aux artistes. Seize ans plus tard, c’est complètement moral. Et même légal », dit-il, avec deux pointes d’ironie dans la voix. « Comment on répond à ça, nous ? En apportant trois musiciens live sur scène, alors que c’est très [coûteux]. C’est notre clin d’œil aux nouvelles façons de consommer de la musique. »


POUR Y ALLER

Où ? Maison de la culture 

Quand ? Samedi 13 janvier, 20 h

Renseignements: 819-243-2525 ; salleodyssee.ca

Arts

Soir de première pour Ludovick Bourgeois

Ludovick Bourgeois a des papillons dans l’estomac. C’est ce soir, à Granby, qu’il lance sa première tournée de spectacles à vie. Après avoir maintes fois accompagné d’autres artistes, la scène lui appartient­ désormais.

Pour franchir cette étape marquante de sa jeune carrière, le lauréat de La Voix 5 s’est beaucoup préparé. « Comme n’importe quel artiste, je pratique plus que moins pour être fin prêt. Mais pour une première, où je suis une heure et demie seul devant le public, disons que c’est plus stressant », admet celui qui a pourtant foulé de grandes scènes avec les participants de La Voix et Éric Lapointe, notamment. « C’est intimidant, bien sûr, mais je pense que ça va bien aller ! », lance-t-il avec aplomb. 

Ceux qui seront au Palace ce soir pour partager ce moment avec lui auront droit à « un mix de plein de trucs ». Ludovick interprètera les pièces de son premier album éponyme paru en octobre dernier, mais aussi les chansons qui ont marqué son passage à La Voix. « Je vais aussi chanter mes coups de cœur ; des chansons que j’aime et que j’ai toujours voulu faire en spectacle », dit-il, en avouant être un grand fan de la musique des années 80. On risque donc d’entendre quelques succès anglophones. « Je ne veux pas me limiter. Je souhaite offrir un show qui bouge, avec des chansons ‘‘up tempo’’. Je ne voulais pas d’un spectacle avec un tabouret et juste des ballades », ajoute-t-il en confirmant ce qu’on pensait déjà : oui, il y aura aussi quelques succès des BB, en hommage à son père, Patrick Bourgeois, décédé à la fin de 2017. 

Pour livrer cette offrande sur laquelle il a eu son gros mot à dire — « C’est pratiquement moi qui ai monté le spectacle : le choix des chansons, l’enchaînement... », dit-il —, Ludovick sera entouré du batteur Maxime Lalanne, du guitariste Martin Bachand et du bassiste Jean-François Langevin.

Quand on lui demande ce que la musique représente pour lui, Ludovick Bourgeois avoue en écouter beaucoup, sans que ce soit « son premier réflexe ». « Je suis beaucoup dans le silence. Mais je trouve que la musique est un art sincère, car tu vois la réaction des gens directement dans ta face. Tu sais tout de suite s’ils aiment ou pas. » 

Pas un gars « ordinaire » 

Jusqu’à maintenant, la réaction favorable du public a de quoi le rassurer. Et même si son histoire familiale l’a bien préparé à cette dose d’affection, il s’en montre étonné. « Je ne sais pas si on peut s’habituer à ça ! », lance-t-il, avant d’ajouter qu’il garde les deux pieds sur terre sans problème. « Le truc, c’est de ne pas s’en rendre compte ! Je ne suis pas conscient pantoute de ma popularité. Et si j’avais la grosse tête, des gens me ramèneraient­ à l’ordre ! » 

Chose certaine, il n’a pas envie d’être un gars « ordinaire » de son âge. « J’étais à l’université, je travaillais, mais je faisais de la musique depuis mes 17 ans et je rêvais de ce qui m’arrive en ce moment. » 

Du même souffle, le chanteur rappelle avoir bossé pour atteindre son but. « Quand j’ai découvert que j’avais un mini-potentiel, j’ai travaillé fort, j’ai suivi des cours de chant. » À ceux qui pensent que faire La Voix est la façon facile de réussir, il répond ceci : « Je leur dis d’y aller pour voir. C’est gros et il faut être capable de gérer ça. » 

Faire son prénom 

Le jeune Bourgeois porte fièrement son nom de famille. Il s’en est d’ailleurs amplement servi pour faire sa place, pigeant même dans le répertoire de son père pour attirer l’attention des juges de La Voix. Mais à 25 ans, l’heure est venue de se faire un prénom et de tracer sa propre voie. « Je savais que ça allait venir un jour. Ça ne m’inquiète pas du tout. Je m’assume à 100 % ; le reste, je ne le contrôle pas ! » 

Le voilà donc parti pour une tournée à travers le Québec avec un plaisir manifeste. « Moi, j’adore dormir à l’hôtel ! Et on a tellement une belle province. La visiter en faisant de la musique et en allant à la rencontre de passionnés qui aiment ce que je fais, c’est valorisant. » 

Et même s’il trace sa route dans le pop-rock, il ne faudrait pas s’étonner de le voir un jour fredonner du country, un style qu’il aime beaucoup. Il souhaite également aiguiser sa plume davantage. « Je veux m’impliquer plus dans l’écriture de chansons. Le processus d’écriture de mon album s’est fait tellement vite... mais pour le prochain, je vais prendre mon temps ! »

ENVIE D'Y ALLER?

Quand : ce samedi 13 janvier à 20h

Où : Palace de Granby

Billets : www.ovation.qc.ca

Contact Ontarois

Prairies: Shawn Jobin, minorité en gamme majeure

Des artistes francophones des quatre coins du pays, de la musique émergente ou confirmée, des concerts éclair d’une vingtaine de minutes. Contact Ontarois revient pour sa 37e édition du 16 au 20 janvier. Les vitrines grand public seront présentées au Centre des Arts Shenkman, à Orléans. Cartographie par portraits choisis.

À Contact Ontarois, Shawn Jobin cumule les singularités. C’est le seul artiste à représenter les Prairies. Le seul, aussi, à investir la catégorie des rappeurs. À l’image de son parcours ponctué de déménagements et de réadaptions, toujours du côté des minorités. Au Québec, il a été scolarisé dans une école anglophone. En Saskatchewan, il travaille pour l’association Jeunesse en français et milite pour la défense du français auprès des jeunes de 12 à 25 ans. « Je ne peux pas dire quelle est ma langue maternelle et je ne m’identifie pas bilingue non plus. » Caméléon peut-être ? Une chose est sûre, ce Fransaskois d’adoption a su embrasser les combats de ses lieux de résidence. 

Il chante que l’avenir de notre langue est « cauchemardeux » dans Éléphant, son premier album paru en mai 2017, mais n’a pas baissé les armes pour autant. À 25 ans, ce nouveau venu sur la vaste scène franco-canadienne nous appelle ses « cousins franco-ontariens », comme d’autres diraient « bro! » sous d’autres latitudes rap.

« Quand je suis arrivé en Saskatchewan rejoindre ma mère, à l’âge de 15 ans, ce n’était pas par choix, mais par obligation, se souvient-il. Je voulais repartir. Puis j’ai ressenti quelque chose de particulier, cette bataille linguistique encore vivante. Je me suis dit qu’il y aurait peut-être besoin de soldats dans ce combat-là ! » Cela posé, personne ne sera surpris qu’il ait choisi le rap comme porte-voix de la contestation adoptée.       

Depuis, Shawn Jobin a appris à aimer les vastes espaces et l’isolement concomitant du Far West. « Il y a peu de choses qui m’influencent côté scène et sons. Je suis seul dans mon univers avec l’avantage de ne pas avoir à entrer dans un moule ». 

Cet isolement fructueux pour l’inspiration se double d’une appréhension sans laquelle l’artiste ne ferait pas partie de Contact Ontarois. « Tourner dans l’Ouest, c’est impossible à cause de la logistique, résume-t-il. Je n’ai pas le choix de m’exporter et d’aller voir ailleurs, notamment en Ontario où j’aimerais présenter des spectacles et collaborer avec des artistes franco-ontariens. Mais je pense qu’inévitablement, il faudra bien retourner au Québec ensuite ». Une première participation à Contact Ontarois, en 2014, lui avait ouvert les portes des écoles de la province pour une grande tournée avec sa formation en duo. Maturé depuis, son nouveau spectacle réunit deux interprètes et un musicien multi-instrumentiste. « Nous aurons 20 minutes pour montrer la meilleure facette de l’album », s’impatiente Shawn Jobin, quelques jours avant le baptême du feu.     

Et aussi...

À l’affiche des Vitrines #8 et #9 - Grand public, le 19 janvier, de 19 h 30 à 23 h : Maryanne Côté, Raphaël Butler, Shawn Jobin, Céleste Lévis, Jacques Jacobus, Yao, Matiu, Laurence Castera et Shaun Ferguson. 

Contact Ontarois

Maritimes: Joseph Edgar, retour au b.a.-ba du Face A/Face B

Des artistes francophones des quatre coins du pays, de la musique émergente ou confirmée, des concerts éclair d’une vingtaine de minutes. Contact Ontarois revient pour sa 37e édition du 16 au 20 janvier. Les vitrines grand public seront présentées au Centre des Arts Shenkman, à Orléans. Cartographie par portraits choisis.

En 1994, il fait paraître un recueil de poésie sous son vrai nom, Marc Joseph Edgar Poirier. Deux décennies plus tard, il a beau avoir produit six albums solo, Joseph Edgar nous étourdit de nouveau avec ses projets protéiformes. L’Acadien dessine, écrit, chante et poétise à tout vent, tout en gardant un regard ultra-lucide sur l’industrie musicale. « Ne jamais s’asseoir sur ses lauriers en restant satisfait de ce que l’on entreprend, » conseille-t-il. 

Comme musicien, il a donc eu plusieurs vies qu’il résume par cette phrase : « je me lasse assez vite des choses. »

Le créateur d’Espionne russe, qu’il dessinait de ses propres mains en 2014 dans un clip aux 3,5 millions de vues, conserve Contact Ontarois précieusement dans son radar. « Cet événement lie les francophonies ensemble et cela me tient à cœur. »

Il y a participé en 2016 et revient avec plaisir le 17 janvier, attiré par les rencontres que l’on y fait et par la précieuse visibilité de ses vitrines musicales.

Joseph Edgar est peut-être l’un des vétérans de l’affiche 2018, mais il lui reste encore des territoires ontariens à explorer. « Je ne me suis jamais produit à Sudbury, par exemple, et j’ai donné mon premier concert à Toronto seulement l’été dernier. »

L’auteur-compositeur-interprète natif de Moncton a pourtant eu le temps d’explorer différentes facettes de son métier, naviguant au gré des périodes entre blues, rock, musique folk et même pop. Il expérimente désormais de nouvelles mises en marché numériques pour ses plus récentes compositions. Et préfère essaimer une ou deux chansons sur les plateformes de partage musical en ligne plutôt que de sortir d’un bloc un disque complet. 

Fini, le traditionnel album long jeu ? « Les façons de consommer la musique ont changé, analyse-t-il. On écoute davantage des chansons que des albums entiers. J’ai donc décidé d’adopter une autre approche en lançant mes morceaux au compte-gouttes sur Internet. Ça m’apporte aussi une plus grande liberté, car je n’ai plus besoin d’embaucher un réalisateur ou de travailler sur une pochette de disque. Chaque pièce est considérée comme une œuvre en soi, un peu comme pour un peintre. »

Sa démarche n’a rien de novateur, tient toutefois à rappeler l’Acadien. « En leur temps, les Beatles sortaient bien des 45 tours avec deux chansons seulement pour les tester ».  

Pour l’anecdote, sa carrière musicale s’est dessinée par hasard, à la faveur d’un spectacle de poésie scolaire auquel il participait : « Des musiciens nous accompagnaient et j’ai commencé à fredonner mes textes, à les chanter. » Comme emporté par la houle qui le porte encore aujourd’hui.

Et aussi...

À l’affiche des Vitrines #3 et #4 - Grand public, le 17 janvier, de 20 h 30 à 23 h 30 : Joseph Edgar, Cherry Chérie, Julie Kim, Ariko, Règlement 17, Dans l’Shed et Lydia Képinski. 

Contact Ontarois

Québec: Lydia Képinski, libre entre les lignes

Des artistes francophones des quatre coins du pays, de la musique émergente ou confirmée, des concerts éclair d’une vingtaine de minutes. Contact Ontarois revient pour sa 37e édition du 16 au 20 janvier. Les vitrines grand public seront présentées au Centre des Arts Shenkman, à Orléans. Cartographie par portraits choisis.

Lauréate du Prix SOCAN au Festival international de la chanson de Granby en 2016, gagnante des Francouvertes en mai dernier... Lydia Képinski a gravi les échelons à la manière d’une bonne élève, en remportant ses galons aux concours musicaux, ces véritables pépinières à talents émergents. Comme pour contrecarrer cette ascension certes solaire, mais quelque peu scolaire, elle a imposé une personnalité caustique foncièrement attachante. Gage imparable de son aura ? La Montréalaise a été invitée à la populaire émission radiophonique La soirée est (encore) jeune. Et rejoint l’affiche des vitrines grand public de Contact Ontarois, le 17 janvier.

Au cours de sa jeune carrière, Lydia Képinski n’a encore jamais eu à annuler un concert pour raisons de santé. Même malade au bout du fil, elle énumère les remèdes possibles avant sa prestation prévue la semaine prochaine : « suppositoires pour la méthode la plus efficace. Il y a aussi les humidificateurs ou la douche, très chaude, pour créer de la vapeur. J’utilise des huiles essentielles de sapin. »

Même les non initiés l’auront compris : Lydia Képinski n’est pas du genre à se laisser abattre.

Sans fard, la chanteuse déballe ainsi de l’intérieur – autant qu’à découvert – une année faste portée à bout de bras avec la sortie d’un premier EP, une tournée de plus de 50 concerts et l’enregistrement d’un nouvel album à paraître prochainement.

Ce début d’année nous ramène l’insubordonnée sur l’air aventureux du « qui m’aime me suive et advienne que pourra ! »

« À la sortie du minialbum, on ne s’attendait vraiment pas à ce que tout déboule comme ce fut le cas ». Pour le prochain disque, dont le titre et la sortie se nimbent encore de flou artistique, Lydia Képinski mise beaucoup sur le « ça passe ou ça casse ».

« Nous avions approché l’EP comme une carte de visite, dit-elle. Cette fois, pour l’album, je recherche une réalisation plus concise, avec des compositions qui iraient droit au but ». 

Du haut de sa mi-vingtaine, la jeune auteure-compositrice sait écrire et ce qu’elle raconte fait souvent mouche. De l’intime et de l’universel, du grave et du déroutant, du spontané et du réfléchi, des références littéraires (Andromaque) et populaires (« j’écoute Kendrick Lamar et I AM ») fertilisent une ode vibrante à la liberté artistique. Défendant l’idée d’une « chanson à textes », au sens gainsbourien précise-t-elle,  Lydia Képinski n’hésite pas à se costumer en guerrière médiévale dans un vidéoclip,  étreignant les contours d’une personnalité tour à tour militante, inquiète, fonceuse, crâne et sensible. Pas moins.

Contact Ontarois

Ontario: les Rats d’Swompe, des villes, des champs...

Des artistes francophones des quatre coins du pays, de la musique émergente ou confirmée, des concerts éclair d’une vingtaine de minutes. Contact Ontarois revient pour sa 37e édition du 16 au 20 janvier. Les vitrines grand public seront présentées au Centre des Arts Shenkman, à Orléans. Cartographie par portraits choisis.

Ils carburent à la nostalgie, ressuscitent l’énergie du folk trad et ne renient pas un petit côté kitsch rustique. Leurs clips vidéos postés sur Facebook donnent un aperçu, certes fiable, mais aussi fatidiquement atténué, des vertus énergisantes d’une musique qui entend bien s’autoriser toutes les embardées festives. Contes d’antan, chansons à boire, reprises du répertoire traditionnel... Les Rats d’Swompe fourmillent d’idées et profiteront de leur vitrine à Contact Ontarois, le 18 janvier, pour étrenner une nouvelle formule. Le trio de fondateurs (Yan Leduc, Martin Rocheleau et Patrick Pharand) y double ses effectifs. Batterie, guitare électrique et banjo s’ajouteront ainsi à l’attirail musical du groupe fondé en 2015. Qui, depuis Ottawa où il tient ses quartiers artistiques, se dit mieux outillé à la réussite de ses ambitions artistiques. 

« Notre première formule de conte avec le Père Garneau avait été pensée pour des soirées plus intimes, où les spectateurs prennent le temps de se concentrer sur les récits », évoque le bassiste Martin Rocheleau. Le groupe avait d’ailleurs remporté le prix Coup de foudre Salut ! à Contact Ontarois, en 2016, lui assurant ainsi une tournée dans la majorité des conseils scolaires ontariens. Au compteur ? Plus d’une soixantaine de représentations et une nomination au Gala des Prix Trille Or dans la catégorie « meilleur spectacle. » Le conte associé au folk trad vient toucher une corde sensible auprès de leurs concitoyens... 

« Mais cette configuration intime a ses limites, des portes se sont refermées. Les spectateurs veulent juste avoir du plaisir. Les changements apportés cette année nous ouvriront davantage de portes pour séduire les programmateurs de festivals. »

Un premier album indépendant sortira dans la foulée de Contact Ontarois, en février. Il inclut des reprises réarrangées du répertoire folklorique et des compositions originales écrites par leur collaborateur Yan Leduc.

« On y explore le thème de la campagne versus les villes », résume le bassiste sans trop en dévoiler. Un Rats d’Swompe des villes/Rats d’Swompe des champs, en somme, qui devrait s’intituler Vivre en ville. C’est un peu l’histoire de ces trois musiciens venus de Timmins, North Bay et Alfred, qui ont convergé vers la Capitale et y fondé leur groupe. Pour l’anecdote, le nom taquin de la formation a été inspiré par le Père Garneau qui, dans ses correspondances avec le groupe, s’adressait à Martin Rocheleau en le rebaptisant affectueusement « mon rat d’swompe. » 

« Cette expression canadienne-française a fini par nous plaire, se souvient le musicien. À nos débuts, nous avions choisi Caribou, bien moins original et surtout déjà pris. »      

Et aussi...

À l’affiche le 18 janvier, aux Vitrines #6 et #7, de 19 h 30 à 23 h : Cindy Doire, Amélie Hall, Clay & Friends, Le Paysagiste, Damien Robitaille, Émilie Landry, Sophie Pelletier et Cédric Landry. 

Arts et spectacles

Une attente de deux mois pour être remboursée

La compagnie TBOS Live, qui a fait parler d’elle pour les mauvaises raisons l’automne dernier en changeant la date et le lieu du spectacle La Pat’Patrouille à la rescousse à Gatineau, aura mis deux mois avant de rembourser une mère de famille.

Après de nombreux échanges de courriels, la Gatinoise Annabelle Lafontaine-Hupé va sous peu recevoir la somme de 253$ qu'elle avait dû débourser. C’est pourtant le 11 novembre dernier qu’elle avait signifié vouloir être remboursée pour ses quatre billets de spectacle, n’étant pas satisfaite des nouveaux sièges qu’on lui proposait à la suite du déménagement du site du spectacle.

Dix jours plus tard, on lui indiquait que le chèque avait bel et bien été posté. Mais celui-ci ne s’est jamais rendu à destination et depuis la mi-décembre, c’était le silence radio, personne ne répondant à ses questions.

Ce n’est qu’à la suite d’un appel téléphonique du Droit mercredi que la compagnie a contacté la mère d’une fillette de deux ans pour lui indiquer qu’un chèque lui serait acheminé sans faute dans les prochains jours.  

La jeune femme, qui a fini par apprendre que le chèque avait possiblement été égaré, avoue ne pas avoir été impressionnée par le service à la clientèle de l’entreprise basée à Montréal.

«Je commençais sérieusement à croire qu’il s’agissait d’une arnaque. C’est inconcevable d’attendre deux mois pour un remboursement, surtout pendant la périodes des Fêtes, en plus de ne pas répondre aux courriels d’un client pendant un mois», a commenté la principale intéressée.

La productrice déléguée chez TBOS Live, Maryse Fortin-Dupuis, a indiqué qu’il s’agissait d’un cas isolé et que tous les clients concernés avaient été remboursés.

«Pour nous, c’était une priorité, car on était conscient que les changements avaient causé la déception. On avait même augmenté les effectifs à la billetterie», a-t-elle dit.

Rappelons qu’à un mois d’avis, TBOS Live avait décidé que le spectacle mettant en vedette Ryder et sa brigade canine serait présenté le 24 novembre au Centre Canadian Tire plutôt qu’au Palais des congrès de Gatineau le lendemain, causant la frustration de plusieurs parents.

Spectacle et théâtre

La perfection de l’imperfection

437 spectacles, plus de 300 000 billets vendus, le prix du Spectacle d’humour/meilleur vendeur au dernier gala des Olivier : avec un seul spectacle à son actif, François Bellefeuille est vite devenu une figure incontournable de l’humour au Québec. Et sous des dehors d’échevelé colérique, se cache un homme sensible et réfléchi, qui est loin de tenir son succès pour acquis. Le Soleil l’a rencontré, à quelques semaines de la première montréalaise de son nouveau spectacle, Le plus fort au monde... dont il donnera un léger avant-goût à Orléans, le 12 janvier, à l’occasion d’une soirée de rodage – donnée à guichets fermés.

Q    Comment as-tu choisi le titre de ton nouveau spectacle, Le plus fort au monde ?


R    C’est à travers les yeux de mon fils que je suis le plus fort au monde. Mon fils a 2 ans, ma fille 6 mois, et elle va penser la même chose bientôt. Pour elle, pour l’instant, tous les hommes sont barbus comme moi. (Rires) Je ne parle pas que de mes enfants dans le spectacle, mais disons que c’est la chose qui a le plus changé, ma réalité de père, comparé au célibataire endurci et mal-aimé qu’était la trame de fond de mon premier one-man-show.

Q    Est-ce toujours le même personnage ?

R    Oui, mais il a évolué un peu, il est plus mature. (Sourire) Moi aussi j’ai évolué comme humoriste, on s’améliore tout le temps, surtout en début de carrière… j’espère, sinon, ce serait dommage. Je connais mieux mon métier, j’ai eu un gros succès avec le premier [spectacle], qui m’a permis de réaliser exactement c’est quoi, « divertir une foule ». 

Je mets énormément d’efforts à ce que le spectacle soit le meilleur possible, et la réponse du public est extrêmement importante : j’aime les rodages, j’aime peaufiner. Le scientifique en moi [c’est un ancien vétérinaire] voit l’humour comme une chose à toujours améliorer. 

Q    Peut-on dire que ton personnage a appris à « gérer sa colère » ?

R    J’utilise beaucoup la colère, mais je dirais qu’il est plus soupe au lait que colérique, comme moi dans la vie. Maintenant, je n’ai pas peur des moments plus calmes, moins énergiques, j’en ai saupoudré plus dans mon show, j’apprécie ça davantage qu’avant. 

Tu sais, une de mes tantes m’a dit il y a deux ans qu’elle n’irait jamais voir Louis-José [Houde] parce qu’il parle trop vite. C’est une fausse perception. Au début, on l’a juste étiqueté comme ça.

Quand j’ai commencé mon style, j’étais vraiment dans la colère dans le tapis, et tout le monde me disait que je ne serais jamais capable de faire un show complet… et ils avaient raison : impossible de faire plus que sept minutes dans cette intensité-là. Mais à la télé, les gens voient un numéro pour lequel il y a du montage, on va à la pause, et moi je suis au sommet de ma colère. Et beaucoup de gens n’ont que cette image de moi. Mais c’est loin d’être comme ça pendant une heure et demie : quand ce moment-là arrive, c’est calculé, et on a du fun. J’aime la colère dans le plaisir.

Arts

La liste de nos envies: spectacles

Livres, films, spectacles, disques, etc. : nos journalistes se penchent sur les sorties culturelles de 2018. Et dressent la liste de leurs envies.

THÉÂTRE

Marc Messier montera cette année – pour la toute première fois de sa carrière, précise la maison de la culture de Gatineau – sur la scène de la salle Odyssée. Le comédien tiendra le rôle-titre de Willy Loman, ce père de famille en fin de parcours, dont les rêves de grandeur tiennent davantage à la nostalgie qu’au principe de réalité, dans le drame Mort d’un commis voyageur. Cette pièce classique d’Arthur Miller portant sur l’ambition à l’heure des promesses échouées est montée par le Théâtre du Rideau Vert, dans une mise en scène de Serge Denoncourt. La confrontation père fils entre Willy et Biff sera présentée à la MCG les 19 et 20 janvier. On ne veut pas rater ça...