Théâtre

Camus, lame résistante sur fond noir

CRITIQUE / En sortant, on ne sait si c’est la pièce de Camus, la mise en scène ou le jeu des acteurs qui crée un effet opaque et hermétique (peut-être tout cela à la fois).

L’État de siège, présenté au Centre national des arts jusqu’au 18 novembre, nous laisse dans une obscurité déroutante. Que voulait signifier le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota, peut-être dépassé par un projet trop foisonnant sur les relations entre démocratie et tragédie ? Clin d’œil à l’expressionnisme allemand à la Nosferatu, avec son décor crépusculaire et anguleux, ses lumières contrastées, mais aussi à la modernité des textos ? Beaucoup trop de choses disparates sans doute, prises en étau entre une beauté plastique (au sens propre, puisqu’une bâche recouvre le plateau) et l’horreur galopante d’une peste incontrôlable.

Allégorique, cette œuvre moins connue d’Albert Camus écrite en 1948, est hantée par la Seconde Guerre mondiale. Il annonce une peste décimant tout sur son passage et les scènes de contamination sont les plus réussies. Après déclaration officielle de l’état de siège, les maisons sont réquisitionnées, les gens déportés, concentrés, réduits à « une masse ». La délation est fortement encouragée, jusqu’au cœur des familles.

Un demi-siècle après, certaines répliques nous parviennent avec une contemporanéité confondante : les « fichiers » des habitants encore en vie (et l’on pense aux « fiches S » des terroristes qui défraient la chronique, en France), ou encore la négation de toute vie privée. Le personnage de Nada, nihiliste opportuniste, a des airs houellebecquiens.      

Dans un discours pétainiste pétri de mauvaise foi, le gouverneur abdique et vend son âme au diable. Les personnages vont être confrontés à des choix cornéliens révélateurs de leur bassesse : l’intérêt individuel au détriment de l’intérêt collectif, le coût incommensurable de la résistance, de l’amour... Malgré la force de frappe de certaines répliques (« la vie vaut la mort », « les bons gouvernements sont les gouvernements où rien ne se passe », « une bonne peste vaut mieux que deux libertés »), le jeu statique empreint de solennité des acteurs ajoute à notre malaise.  

Malgré les quelques interventions des comédiens dans la salle, on se sent mis de côté, exclus de cette entreprise de restauration camusienne. Le flot verbal a beau être amplifié par des micros, il nous mithridatise. Dans ce cloaque stylisé, les pires horreurs finissent par passer sans nous offusquer. Finalement, Emmanuel Demarcy-Mota a peut-être réussi son pari.  


POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 18 novembre, 19 h 30

Où ? CNA

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

Spectacle et théâtre

Brigitte Boisjoli, chanteuse de souche

Elle engloutit une grappe de raisins et repart de plus belle : « je fonctionne aux coups de cœur », résume la chanteuse Brigitte Boisjoli, qui arrive à ne pas s’étouffer. LeDroit l’a rencontrée à la Salle Odyssée. Au diapason avec la folle cadence de sa carrière.

Elle s’excuse, s’éclipse et furète du côté du buffet de grignotines puis change de fauteuil pour se rapprocher, les mains pleines. Entre mille projets, la sortie de l’album Signé Plamondon, un concert collectif de Noël et le spectacle de ses nouvelles reprises, l’ex Star-académicienne s’est octroyé un mois et demi de congé maternité. « La vie de tournée me manquait, avoue-t-elle comme une gourmandise. J’aime le voyagement et les hôtels, je suis faite pour ça ! »

La nouvelle maman appelle volontiers ses musiciens « mes garçons » et recrée une tribu familiale sur la route des spectacles. Cuissardes sur jeans troués, feu roulant en entrevue, Brigitte Boisjoli mène ses affaires tambour battant. 

Dans le sillage des Veronic DiCaire et Céline Dion, pour la conciliation vie privée et carrière professionnelle, elle a choisi : totale fusion ! Son compagnon Jean-Philippe-Audet, « complice de tous les jours » selon le communiqué de presse, endosse les rôles de réalisateur et de guitariste sur le dernier album Signé Plamondon, sorti à la mi-octobre.

On la regarde s’enfiévrer, raconter ses premières rencontres avec le célèbre parolier, en 2011, digresser sur la Suisse, où il l’a invitée chanter à plusieurs reprises, tout en gardant la tête froide : « Je sais ce qu’il aime : une voix forte, des notes hautes, il apprécie surtout quand je chante du rock. C’est la recette gagnante. »

Deux ans après son premier album de reprises, Patsy Cline, qu’elle continue d’interpréter en concerts, la chanteuse remise avec l’exercice de reprises en soumettant une trentaine de chansons à Luc Plamondon. « Ce projet initié par mon gérant est apparu à un moment où je n’aurais jamais eu le temps de le faire, assure-t-elle. Finalement, on trouve toujours le moyen d’avoir du temps quand le projet nous tient à cœur. »

Brigitte Boisjoli se lance de nouveau en studio, armée d’une énergie surhumaine. Elle parvient même à faire chanter le parolier sur J’ai rencontré l’homme de ma vie. « On s’est dit qu’il n’accepterait pas, et jamais personne ne lui avait proposé de chanter ! Mais il m’a avoué, plus tard, qu’il avait écrit J’aurais voulu être un artiste pour lui... »

Dans la réalisation de cet hommage qui sera présenté à la Salle Odyssée le 18 octobre 2018, Brigitte Boisjoli y est allée franco, comme toujours : Je danse dans ma tête devient une ballade rock, Hymne à la beauté du monde, un air quasi sacré avec le quatuor masculin Qw4rtz. L’album caracole en tête des ventes, porté par le premier extrait, Question de feeling.   

Tout n’a pas été rose dans le processus de création qui coïncidait avec la naissance de son enfant.

 Elle préfère passer sur les moments les plus difficiles — « il m’est arrivé de craquer, de subir les effets post-partum » — et nous révèle son secret : « la discipline, la rigueur et l’organisation. » Cela ne surprendra personne, Brigitte Boisjoli a déjà décoré son sapin de Noël. 

POUR Y ALLER

Quand ? 18 octobre 2018 

Où ? Salle Odyssée

Renseignements : 819-243-2525 

Spectacle et théâtre

Dana Michel de retour au bercail

Avec Mercurial George, son deuxième spectacle solo, la chorégraphe et interprète Dana Michel revient en terre natale. Une présentation inattendue du Théâtre du Trillium, qui ose ouvrir sa saison en danse. Et en grand.

C’est d’ici que tout est parti. Dana Michel est née à Ottawa, mais a filé à Montréal dès qu’elle a eu 24 ans. Elle n’était pas encore chorégraphe, ni danseuse, donc loin de s’imaginer, un jour, être nommée dans le palmarès des meilleures « performeuses » par le New York Times. Elle n’avait qu’un bac de commerce en poche et une expérience en marketing dans une agence de publicité. Sa reconnaissance professionnelle, elle la devait surtout à ses exploits sportifs en course et en touch football, où elle se démarquait à l’université.

« Un soir, je suis allée voir de la danse au CNA sur invitation d’un ami qui y travaillait, se souvient-elle. C’était un spectacle de Pierre-Paul Savoie. Je n’avais rien compris mais c’était stimulant de découvrir une forme que je ne connaissais pas. J’en suis ressortie complètement étonnée. »

Mais voilà, l’envie de danser était assez forte pour la pousser, chaque fin de semaine, à Montréal écumer les dancefloors. « À force d’y aller régulièrement, j’ai décidé de déménager, ça me permettait de rester proche de ma famille, à Ottawa. »

Une petite annonce pour des études en danse à l’Université Concordia retient son attention, mais l’attitude reste plutôt dubitative. « J’ai mis un an à me décider, c’était un projet fou. J’avais 25 ans, je voyais ça comme une parenthèse avant de retourner travailler. Mais je savais qu’il y avait quelque chose en moi quand je dansais. »

Danser éperdument

La foi en danse de Dana Michel est une piété solide mais pas dogmatique, une foi de combat sans cesse traversée de questions et de doutes. Dès ses premières créations en 2005, elle s’interroge. Écrit ses impressions dans des carnets de notes, « en mode journal » : « c’est une manière d’évaluer où j’en suis, dans ma personne, dans la vie, » dit-elle.

Sur le plateau, elle travaille sa sensibilité dans un processus qu’elle décrit poétiquement ainsi : « je fais exploser les idées, laisse retomber la poussière puis agence cette poussière à terre. »

Depuis son solo Yellow Towel, véritable coup d’envoi de sa carrière sur la scène internationale (présenté à Ottawa en 2015), elle explore la signification de la danse noire. On l’écoute parler de ses expériences, de sa volonté de les transcender : « J’étais un peu mise dans ce cadre quoi que je faisais, » confie-t-elle. Prolongement ou extension du domaine de recherche, Mercurial George poursuit sa quête instinctive sur la marginalité et sur son identité de femme noire.

Ses productions ont été présentées dans plusieurs villes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Royaume-Uni. Cette année, Dana Michel est devenue lauréate du Lion d’Argent pour l’innovation en danse de la Biennale de Venise. Précédée de cette prestigieuse reconnaissance, elle n’est pas peu fière de revenir danser à Ottawa, qui l’aura un peu éclipsée dans ses programmations. La chorégraphe ne s’en offusque guère.     

« Ma danse comprend beaucoup d’éléments autobiographiques, ça signifie beaucoup pour moi de venir danser dans ma ville natale. »


POUR Y ALLER

Quand ? 17 et 18 novembre, 19h30

Où ? Studio A de la Nouvelle Scène

Renseignements : 613-241-2727 

Spectacles et théâtre

Lemay-Thivierge vient faire rire Gatineau

La Maison de la culture de Gatineau (MCG) accueillera du 6 au 21 juillet 2018 la pièce de théâtre Fais-toi une belle vie. Cette comédie réunira Guillaume Lemay-Thivierge (qui tiendra aussi le rôle du producteur pour la première fois), François Chénier (qui en est l’auteur), Émily Bégin et Sandrine Bisson, ainsi que Charlie Lemay-Thivierge. L’adolescente est la fille du populaire comédien. On retrouvera Yves Desgagnés à la mise en scène.

Cette création originale sera présentée à la salle Odyssée en grande première québécoise les 6,7,13,14, 20 et 21 juillet, avant qu’elle parte en tournée à travers la province. 

La pièce aura pour cadre le chalet que viennent d’acheter deux couples d’amis, qui passeront ensemble un week-end destiné à requinquer Max (Guillaume Lemay-Thivierge), en pleine phase de burn-out ; chacun ayant ses petites manies, la promiscuité sera plus difficile que prévu, provoquera quelques « dérapages » inattendus, et le séjour pas du tout reposant pour les quatre protagonistes, ont laissé entendre les artisans de Fais-toi une belle vie, qui étaient de passage à la Salle Odyssée pour présenter leur pièce, lundi. 

Les créateurs ont l’ambition de « réconcilier » avec le théâtre les moins de 30 ans et d’attirer ainsi un public plus jeune que la moyenne des productions. Pour ce faire, l’équipe a privilégié une approche « moderne » et un ton contemporain et « différent », énonce le producteur Lemay-Thivierge. 

La MCG a profité du passage de MM. Lemay-Thivierge, Chénier et Desgagnés pour dévoiler plusieurs ajouts de taille à sa programmation 2017-2018, lundi. Le diffuseur a du même coup procédé à la réouverture officielle de la salle Odyssée.

Le volet chanson de la programmation de la salle Odyssée s’étaye avec la présence de Nicola Ciccone (7 mars), Ludovic Bourgeois (28 mars), 2Frères (13 avril), Dan Bigras (13 avril), Claude Dubois (8 mai) et Marie Denise Pelletier (31 mai), sans oublier le spectacle Entre vous et nous, qui réunira Luce Dufaut, Marie Michèle Desrosiers, Martine St-Clair et Marie-Hélène Thibert (24 avril).

Humour, toujours

En humour, s’ajoutent Claudine Mercier (31 nars), Anthony Kavanagh (9 avril), Les Denis Drolet (23 mai), Réal Béland (30 mai) et Lise Dion (du 8 au 10 novembre).

L’été sera particulièrement jovial à la salle Odyssée, qui verra le retour de Pierre Hébert (les dates du 25 et 26 juillet s’ajoutent à celle du 15 février) et de François Bellefeuille (3,4,10 et 11 août, en sus des prestations prévues en janvier et février). La MCG accueillera aussi le nouveau spectacle de Boucar Diouf, Magtogoek (24 et 25 août) ainsi que le duo des Grandes Crues (22 août).

Le magicien Luc Langevin sera quant à lui de passage à Gatineau le 10 mars pour présenter son nouveau spectacle, Maintenant demain.

Le Foyer de la MCG n’est pas en reste. L’espace – lui aussi entièrement rénové – accueillera la chanteuse gatinoise Renée Wilkin (27 mars) et deux tandems d’humoristes : Julien Lacroix et Mehdi Bousaidan (23 janvier) puis Daniel et Sylvie (13 février).

Ces nouveautés se greffent à une offre déjà bien éclectique, où trônent entre autres la vedette américaine du country Tim Hicks (29 janvier), le Saloon du Cirque Eloize (14 aril), quatre autres pièces de théâtre, le populaire spectacle musical Demain matin Montréal m’attend et plusieurs spectacles jeunesse.

L’expérience « Scène PNG », élaborée en partenariat avec la polyvalente Nicolas-Gatineau (où sont attendus plusieurs humoristes, dont François Massicotte, bien que soient achevés les travaux de rénovations de la salle Odyssée), se prolongera avec la venue d’Eddy King, le 30 novembre 2018.

Les billets seront mis en vente au grand public mercredi 15 novembre, dès 10h ; les abonnés y ont accès dès aujourd’hui. 

Spectacles et théâtre

L’enfant prodig(u)e au sommet de son art

CRITIQUE / Daniel Lanois était de retour à la maison, dimanche soir, le temps d’un spectacle à Gatineau dans le cadre de son actuelle tournée Time On. Un spectacle généreux de plus de deux heures, sans temps mort, ni temps d’arrêt, en fin équilibre entre ses chansons d’hier et ses expérimentations instrumentales d’aujourd’hui.

L’homme de 66 ans s’est pointé seul sur scène, casquette vissée sur la tête, lunettes au verre fumé plantées sur le nez, verre au liquide tout aussi ambré à la main, pour saluer le public en français. Celui de sa ville natale, qui comptait parmi la foule enthousiaste des membres de sa famille, qui se sont joyeusement manifestés lorsque Daniel Lanois a mentionné leur présence.

Il a ensuite servi une courte introduction à la pedal steel, pendant que s’installaient ses éternels comparses Kyle Crane, à la batterie, et Jim Wilson à la basse (qui sait aussi jouer fort joliment de ses cordes vocales quand il mêle sa voix à celle du chanteur, comme il le prouvera plus tard, notamment sur The Maker et sur la toujours poignante The Messenger). 

Ce sont toutefois les quelques notes de violon de Sébastien Leblanc qui, a priori et à peine entendues, ont fait réagir les gens : ils venaient de comprendre avec bonheur que la soirée allait prendre son envol en compagnie de la Jolie Louise de l’auteur-compositeur-interprète.

Il semblait fort à propos que le natif de Hull ouvre ainsi le bal avec les pièces en français (qu’il s’est d’ailleurs efforcé de parler presque chaque fois que venait le temps de s’adresser à la foule) ou bilingues de son répertoire. Il a donc enchaîné coup sur coup Under The Stormy Sky et O Marie, au cours de laquelle il s’est toutefois fourvoyé dans les paroles.

« Désolé, je suis en train de f**cker la pièce », a-t-il avoué (en anglais) un tantinet déconcerté, cherchant ses mots.

Il a heureusement pu compter sur quelques fans pour lui souffler le couplet suivant, lui permettant de retrouver le fil de sa chanson.

Daniel Lanois ne s’est cependant pas laissé démonter par si peu (ni par quelques soucis avec sa Les Paul), poursuivant avec aplomb en revisitant The Collection of Marie Claire, dans un crescendo d’envolées musicales particulièrement vibrant.

L’homme a fait de Ring The Alarm une invitation sentie à se rappeler les trop nombreuses femmes autochtones disparues, notamment. 

I Love You s’est quant à elle déployée sur des séquences de baisers de vieux films en noir et blanc, dans un montage syncopé qui donnait le tournis, mais qui a malgré tout laissé l’impression d’une longue étreinte passionnée, au final.

Ces projections ont en quelque sorte mis la table pour la première portion instrumentale de la prestation de Lanois. Délaissant ses guitares pour prendre place derrière ses consoles, l’artiste a dès lors transformé la salle en vaste studio d’expérimentations sonores. 

Le sexagénaire s’est même permis une « petite surprise pour Gatineau », y allant d’une toute nouvelle pièce, « dont on a à peine développé le squelette », et qu’il a ainsi en partie improvisée avec ses deux acolytes.

C’est dans de tels moments qu’il est possible de pleinement savourer non seulement la créativité de Lanois, mais surtout la fascinante et indéniable complicité qui l’unit à son redoutablement efficace batteur et à son polyvalent bassiste.

Or, c’est quand Daniel Lanois joue de sa pedal steel (« sa petite église dans une valise », comme il l’appelle affectueusement) qu’il émeut le plus, texturant des ambiances propres au recueillement.

Cela dit, il a repris le micro, pour plonger délicatement dans Still Water ou encore teinter Slow Giving d’une énergie résolument branchée sur le rock’n’roll. Invités à y aller de leurs demandes spéciales, les gens ont même eu droit à Silverado « qu’on ne joue jamais, d’habitude », mais que l’enfant prodigue a offert avec un évident plaisir. La foule, elle, aura goûté chaque note.

Théâtre

La pensée camusienne sur un plateau

Le Théâtre de la Ville présente régulièrement des spectacles en danse au Centre national des arts, mais pas en théâtre. « Peut-être il y a 30 ans », se remémore vaguement son directeur, le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota.

La célèbre institution érigée au cœur de Paris, à deux pas de la Seine et de Notre-Dame, s’exporte en tournée nord-américaine avec la pièce de théâtre L’État de siège, d’Albert Camus. Après New York et Boston, où elle a suscité des discussions animées, elle sera à l’affiche du CNA du 15 au 18 novembre, avec une présentation spéciale sous-titrée en anglais le 17 novembre.

Ce projet d’envergure s’accompagne également d’une projection gratuite du film 1984, de George Orwell (à la Quatrième Salle, le 14 novembre à 19 h), ainsi que d’une table ronde Penser l’état d’urgence : terreur et angoisse dans la politique contemporaine (15 novembre, 18 h).

Faut-il préciser que cette œuvre plus confidentielle de Camus, créée en 1948, offre un terreau fertile au débat ?

L’écrivain et journaliste né en Algérie en 1913, nobélisé en littérature en 1957, n’a écrit que quatre pièces de théâtre. Il fut un « grand penseur politique, sociétal, qui s’est engagé contre la peine de mort en 1948 » résume le metteur en scène joint à Paris, entre deux voyages.

Parmi ce corpus, L’État de siège n’a peut-être pas eu le même rayonnement que Les Justes ou Caligula, plus souvent étudiées et montées au théâtre, mais ses questionnements sur la liberté, le pouvoir totalitaire et la résistance trouvent un indéniable écho contemporain, défend M. Demarcy-Mota.

La peur entretenue

« Que fait-on face à la montée des extrêmes aujourd’hui ? » s’interroge-t-il, soulignant la contemporanéité de la pensée camusienne.

« On le voit aujourd’hui, Trump passe son temps à commenter le monde par des tweets. Camus prédisait qu’on rentrerait dans une époque où la polémique remplacerait le dialogue. Aujourd’hui, le fait polémique devient soi-disant de la pensée. » Trump a succédé à Obama, phénomène « très camusien » : « il ne suffit pas de connaître le mal, il faut savoir en guérir », cite-t-il en reprenant une réplique de la pièce.

Continuer à s’indigner, à résister face à une corruption pas tant politique qu’humaine : L’État de siège transporte les vieux démons de son époque (1948), juste après le nazisme et tout ce qui avilit l’homme. 

« La peur, développée et entretenue, est aussi l’un des grands thèmes fondamentaux de la pièce », complète le metteur en scène, philosophe de formation universitaire, qui monta également Rhinocéros de Ionesco.

« Je m’intéresse aux œuvres capables de faire le pont entre des problématiques appartenant au XXe siècle et le XXIe, siècle dans lequel je ne crois pas que l’on soit encore entré ». 

Camus avait imaginé un théâtre total pour la mise en scène de ses idées : musique, farce, chœur, et même mime. Cette multidisciplinarité, Emmanuel Demarcy-Mota l’a toujours revendiquée dans les troupes et institutions qu’il a dirigées. En fervent défenseur d’un théâtre sans frontières, libre de traverser les siècles et les formes d’expression dramatique. 


POUR Y ALLER

Quand ? Du 15 au 18 novembre, 19h30

Où ? CNA

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

Spectacles et théâtre

Les adieux d’Angèle

Depuis la fin septembre, Angèle Dubeau se promène aux quatre coins de la province pour une dernière fois. En début d’année, la célèbre violoniste annonçait qu’elle prenait sa retraite de la scène, non sans dire merci à son fidèle public, qu’elle gratifie d’une ultime tournée avec son orchestre La Pietà.

« J’aurais pu prendre ma décision et arrêter ça là, mais c’était important pour moi de faire cette tournée pour remercier les gens d’avoir été au rendez-vous pendant toutes ces années. Le public, c’est ma raison d’être », affirme-t-elle.

Évidemment, cette décision s’est prise « après une longue réflexion », indique la musicienne. « Pendant plus de 40 ans, ma vie a été réglée comme du papier à musique. J’ai fait le choix de bâtir ma carrière sur la tournée, à raison d’une cinquantaine de concerts par année partout sur la planète. J’ai adoré, je ne regrette rien, mais c’est un stress et une fatigue que d’être toujours sur la route. Je pense que les gens vont comprendre. Et je pense que mon violon peut continuer à résonner aujourd’hui sans la tournée. »

Elle cite en exemple son album-portrait de Ludovico Einaudi, sorti il y a deux ans et qui a récolté la plus que respectable somme de 15 millions d’écoutes dans le monde. « Il y a 40 ans, jamais je n’aurais pensé un jour rejoindre autant de monde avec ma musique », s’étonne encore l’artiste.

Cette tournée ne met donc aucunement un terme à sa carrière, assure-t-elle. « C’est un adieu à la scène, pas un adieu à la violoniste. »

Pour une dernière fois, donc, Angèle Dubeau s’imprègne de l’énergie que lui procurent ses fans dans une tournée d’une vingtaine de concerts, incluant un arrêt à Gatineau, samedi. « Chaque soirée est gorgée d’émotions. Parce que je suis sereine avec ma décision, ce sont de belles émotions. Chaque salle me rappelle énormément de bons souvenirs. »

Le public aussi est très émotif, affirme-t-elle. « Les gens se montrent très chaleureux. Les bravos se mêlent aux mercis à la fin du concert. Et ce qui me rend le plus heureuse, c’est de savoir que ma musique accompagne les gens au quotidien, dans leurs petits et leurs grands bonheurs- ou malheurs. »

Pour cet ultime rendez-vous, Angèle Dubeau a décidé de se faire plaisir et de faire plaisir à ses fans. Accompagnée de son orchestre La Pietà, elle présente des œuvres qui ont marqué les gens pour différentes raisons. « La Danse macabre de Saint-Saëns, du Vivaldi, quelques pièces de Ludovico Einaudi… énumère-t-elle. C’est un programme qui fait un beau survol de ma carrière. »

Il y aura aussi quelques extraits de son plus récent album, consacré au compositeur Max Richter, un Britannique né en Allemagne- aujourd’hui âgé de 51 ans. Lancé le 6 octobre, ce 41e disque en carrière est le cinquième de sa série Portrait. 

Carrière exceptionnelle

Angèle Dubeau a eu une carrière exceptionnelle sur les plus grandes scènes du monde. Elle est considérée comme l’artiste ayant offert le plus de concerts dans l’histoire de plusieurs salles de la province, toutes catégories confondues. 

Elle a également vendu plus de 600 000 albums et récolté au-delà de 35 millions de streams dans plus de 100 pays.

À l’aube de ses 55 ans, la musicienne souhaite ralentir la cadence et s’offrir le luxe du temps. Après le Québec, sa tournée la mènera au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Et après ? « J’ai deux prochains albums dans ma mire, et une chose que je veux absolument faire est de trouver une façon de combler le vide dans les écoles au niveau de la musique. J’ai vu l’importance de semer une petite graine tôt chez l’enfant, et je trouve qu’il y a une grande lacune à ce sujet actuellement. Je veux m’impliquer. »


POUR Y ALLER

Quand ? Le 11 novembre, 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca

Spectacles et théâtres

Au royaume des arts

Trois cônes glacés : c’est la nouvelle identité visuelle de Contact Ontarois pour allécher spectateurs et diffuseurs à participer à sa 37e édition.

Du 16 au 20 janvier 2018, une cinquantaine d’artistes en musique, danse et théâtre défendront leur passion au grand marché du spectacle de l’Ontario français. Parmi eux : Damien Robitaille, Jacques Jacobus, Céleste Lévis, Cherry Chérie, Julieu Kim, Yao et Cindy Doire, à l’affiche des Vitrines grand public au Centre des arts Shenkman. Mais chaque année, ce sont aussi des professionnels de l’industrie qui se réunissent à Ottawa pour une série d’ateliers conçus afin de mieux les aiguiller dans leur approche du marché canadien. 

Les artistes s’inscrivent à Contact Ontarois dans l’espoir que leur spectacle saura attirer les diffuseurs, agents-clés des tournées pan-canadiennes, voire internationales.

« Cette année, nous espérons doubler le nombre de diffuseurs étrangers en visant une quinzaine de participants, précise Martin Arsenau, le directeur général de Réseau Ontario, à la tête de l’événement. Sauf que certains sont frileux et auraient préféré que Contact Ontarois ait lieu en juin. Ils imaginent que c’est le pôle Nord en janvier ! »

Le récent statut d’observateur de l’Ontario à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) changera peut-être l’image de la province. 

Il offre assurément des perspectives encourageantes à l’industrie artistique franco-ontarienne : « les discussions avec d’autres pays francophones préparent le terrain, analyse M. Arseneau. Cette relation est indispensable pour faire évoluer les dossiers concernant les artistes franco-ontariens. »

Depuis plus de 30 ans, Contact Ontarois aura contribué à accompagner de nombreuses carrières naissantes, notamment celle de Radio Radio, il y a 10 ans. 

« L’événement avait ouvert des portes à nous autres, » corrobore Jacques Jacobus, qui vient de produire son premier album solo en mars. 

Ce retour à Contact Ontarois, c’est aussi le signe d’une nouvelle naissance pour le rappeur qui cherche de bienveillants soutiens à son virage professionnel : « Mon projet solo est tout récent, j’aimerais le faire voyager dans le Centre et l’Ouest Canadien », confie le Néo-écossais qui se produira le 19 janvier au Centre des Arts Shenkman avec Céleste Lévis et Yao.

Entrez dans la danse

Grande nouveauté annoncée pour cette 37e édition, la danse se fraie un passage privilégié au sein de la programmation. Une « bulle de danse » a expressément été créée pour la discipline, plus exigeante à vendre aux diffuseurs.

« C’était plus difficile de faire passer les chorégraphies entre un humoriste et un groupe de rock, fait remarquer M. Arseneau. Il fallait leur offrir tous les éléments pour mieux se vendre. » Cette année, BoucharDanse, Corpus et la Compagnie ODD auront leur propre vitrine « pour favoriser les échanges et discussions avec les diffuseurs. » 

À la suite de ces performances, les membres de Réseau Ontario sélectionneront les artistes qu’ils incluront dans leur programmation. 

L’occasion, pour les diffuseurs, comme pour les spectateurs, de dénicher la perle rare...


POUR Y ALLER

Quand ? Vitrines Grand Public : 17, 18 et 19 janvier

Où ? Centre des arts Shenkman

Renseignements : reseauontario.ca

Spectacles et théâtres

Le CEAO souligne ses 35 ans

Des spectacles et des concerts pour tous les goûts : c’est la programmation en danse, théâtre et arts visuels dévoilée mercredi par le Centre d’excellence artistique de l’Ontario (CEAO).

Créé il y a 35 ans, il offre une formation artistique préprofessionnelle aux élèves de la région d’Ottawa et, depuis quelques années, à tous les jeunes de l’Ontario français. 

Outre un hommage à son fondateur Jean-Claude Bergeron, cette 35e saison sera marquée par la reformation de l’Orchestre symphonique des jeunes de l’Ontario français (OSJOF) dans le cadre d’une conférence nationale sur le rôle des arts en éducation. 

Plus d’une cinquantaine de spectacles multidisciplinaires animeront l’affiche du CEAO, à retrouver sur le site Internet www.ceao.ca

Les concentrations classiques du centre regroupent arts visuels et médiatiques, cinéma et télévision, danse, écriture et création littéraire, musique cordes, musique vents et percussions, musique vocale et théâtre. 

L’admission à cette école est gratuite pour tous les élèves de l’Ontario français.

Musique

Émouvant hommage à Leonard Cohen

Des milliers d’admirateurs de la première heure de Leonard Cohen ont eu droit lundi soir à un hommage émouvant à leur chanteur préféré, qui s’est éteint il y a maintenant un an.

Un an après le décès, c’est la fin du deuil dans la tradition juive, avait expliqué il y a quelques mois Adam Cohen, le fils de l’artiste montréalais qui a organisé l’événement pour marquer cet anniversaire.

Et l’objectif de cette soirée était de rendre hommage à l’homme, mais aussi de célébrer ses œuvres immortelles, a-t-il souligné à la fin du spectacle.

La fin du deuil a été célébrée en grand, avec une brochette d’artistes canadiens, américains et britanniques, dont Sting, Elvis Costello, Feist et Lana Del Rey.

Le spectacle dans le Centre Bell de Montréal plein à craquer a commencé fort, avec une performance de Sting, qui a interprété l’une des chansons les plus célèbres de Leonard Cohen, Dance Me To The End of Love.

Sting est d’ailleurs revenu deux fois sur scène pour offrir Sisters of Mercy et Anthem.

Les spectateurs ont pu apprécier des versions originales de Hallelujah et The Future interprétées respectivement par k.d. lang et Elvis Costello. Courtney Love a également présenté la chanson Everybody Knows à saveur rock.