Steven Soderbergh présente Unsane, entièrement tourné à l’iPhone, au festival du film de Berlin.

Soderbergh délaisse la caméra pour l’iPhone

BERLIN — Il a toujours été porté sur l’expérimentation et soucieux de son indépendance : avec Unsane, entièrement tourné à l’iPhone, Steven Soderbergh semble prêt à ouvrir un nouveau chapitre dans sa carrière et prouver que les téléphones intelligents peuvent être plus que des gadgets pour le septième art.

«C’est une époque fascinante pour faire des films. J’aurais aimé avoir un tel objet quand j’avais 15 ans», a-t-il affirmé mercredi au Festival du film de Berlin, où son nouveau film est présenté hors compétition.

Le réalisateur d’Ocean’s Eleven n’est pas le premier à tourner un film de cette manière : Sean Baker (The Florida Project) avait filmé la virée de deux transsexuelles dans Tangerine (2015) avec son téléphone, pour des raisons budgétaires.

Et fin 2017, Michel Gondry avait réalisé un court métrage, Détour, commandé par Apple. Il en avait ensuite profité pour distiller des conseils de tournage.

Mais Soderbergh est le premier à être convaincu au point de vouloir recommencer : il démarre la semaine prochaine un tournage dans ces mêmes conditions.

«Ça vous apporte un degré de maîtrise assez gratifiant», souligne l’Américain de 55 ans. Parmi les avantages évoqués, un tournage court [deux semaines], une équipe resserrée et un laps de temps réduit entre les répétitions et le moment de filmer.

Ce procédé «nous a permis de rester imbibé dans nos personnages, avec moins de restrictions que sur un plateau de tournage», a renchéri en conférence de presse Josh Leonard, un des acteurs du film. «On est contraint d’être toujours dans l’action».

Soderbergh reconnaît toutefois quelques bémols : les vibrations auxquelles est sensible le téléphone et la profondeur de champ qui doit être retravaillée.

Mais dans l’ensemble, il ne tarit pas d’éloge sur cette nouvelle caméra, ni sur la qualité de l’image. «Il fallait que le film soit viscéral. On est tellement habitué à une certaine esthétique [avec les images prises sur téléphone] qu’il y a une intimité entre le spectateur et l’image», explique-t-il.

À l’écran, difficile pour un œil profane de dire que ce thriller hitchcockien a été tourné à l’iPhone. Avec sa lumière sombre en intérieur et un grain parfois typique des caméras d’espionnage, le film se révèle particulièrement angoissant.

Femme traquée 

Unsane suit les pas de Sawyer Valentini (interprétée par Claire Foy, la reine Elizabeth de la série The Crown). Récemment installée en Pennsylvanie, la jeune femme vivant seule va se retrouver, presque malgré elle, enfermée dans une institution psychiatrique.

Là, elle va croiser un homme qu’elle accuse de la traquer. Est-ce dans sa tête (comme le suggère le titre)? Ou dit-elle vrai?

Ce portrait de femme traquée fait écho à l’actualité, avec les débats sur le consentement dans les rapports hommes/femmes, mis en lumière depuis l’affaire Weinstein à Hollywood.

Le film est également un tableau sans concession de la psychiatrie et du commerce des assurances maladie aux États-Unis, thème déjà abordé dans Effets secondaires par Soderbergh en 2013, avant qu’il n’annonce sa retraite.

Le réalisateur a depuis changé d’avis, mais s’est surtout consacré ces dernières années aux séries (The Knick, sur les débuts de la chirurgie avec Clive Owen et plus récemment Mosaic, avec Sharon Stone).

«J’ai repris goût à la réalisation grâce à The Knick. Je crois avoir confondu ma frustration envers le milieu du cinéma avec mon travail de réalisateur. Dès que je m’y suis remis, j’ai décidé de continuer», a-t-il affirmé.

Car celui qui a remporté à 26 ans la Palme d’or pour Sexe, mensonges et vidéo (1989) cherche depuis longtemps à s’émanciper de la logique des studios et a souvent alterné films de studio et œuvres plus expérimentales.

Dans la première catégorie, on trouve la série des Ocean’s Eleven (2001), avec de grosses vedettes comme George Clooney, Matt Damon et Julia Roberts.

La facette moins grand public de Soderbergh s’exprime dans des films comme Kafka (1991), Schizopolis (1996), Full frontal (2002), tourné en caméra numérique, et Solaris (2002), basé sur un roman de science-fiction déjà adapté par le Russe Andreï Tarkovski en 1972.

Unsane doit sortir sur les écrans aux États-Unis le 23 mars.