Sam Breton se qualifie lui-même de « raconteur », par opposition au comique stand-up, où l’on saute un peu du coq à l’âne.
Sam Breton se qualifie lui-même de « raconteur », par opposition au comique stand-up, où l’on saute un peu du coq à l’âne.

Sam Breton: s’acharner à rire de tout

Sam Breton se qualifie lui-même de « raconteur », par opposition au comique stand-up, où l’on saute un peu du coq à l’âne. « Tout se transforme en histoires, dans mon cerveau », reconnaît le jeune humoriste, qui aime étirer ses sketches sur plus de 10 minutes — mais jamais sans les truffer de blagues.

« Je fais souvent des numéros [longs]. Mon but, c’est toujours de mettre le plus possible de punchs au pied carré, mais au sein d’une histoire parsemée d’autant de gags que possible », explique celui qui montera cette semaine sur les planches de la salle Odyssée. À guichets fermés, mais il sera de retour à Gatineau les 21 mars et 25 novembre prochains.

Lauréat 2019 du prix Découverte de l’année (au Gala Les Olivier) et du prix Artiste de l’année (à Juste pour rire), Sam Breton plaît à un très large public, grâce à une palette éclectique.

« Je suis tantôt bon enfant, tantôt plus trash : j’en ai pour tous les styles. [...] Et peu importe ce que tu aimes et ce que tu viens chercher comme humour, à la fin du marathon, tu vas être satisfait. » À preuve : il se réjouit d’observer, dans les rangées de fauteuils, « trois générations qui rient de bon cœur » ; ce qui, en humour, relève plutôt du « tour de force ».

« Je ne cherche pas à m’adapter; je ne fais pas ça pour ratisser large: c’est juste dans ma personnalité » de parler à tout le monde et de mettre tout le monde à l’aise. Or, sur scène « je suis très ‘moi-même’ », poursuit-il.

Le titre de son solo, Au pic pis à pelle, renvoie à l’image du bûcheur infatigable qu’il revendique. « J’aimais la définition de cette expression, qui signifie travailler avec acharnement, même si ça n’avance pas vite. »

La référence ouvrière « représentait bien mon parcours », estime celui qui a gradué de l’École nationale de l’humour (ENH) en 2013... en même temps que Jay Du Temple, Katherine Levac, David Beaucage, Mehdi Boussaidan.

Une « cohorte assez pas pire », glisse Sam Breton, rigolard.

« Moi, je n’ai jamais eu de ‘passe droit’, j’ai monté une marche à la fois, et je ne changerai rien à ce parcours », lance-t-il, sans acrimonie aucune envers ces quatre colistiers de l’ENH, dont la carrière a décollé de façon fulgurante grâce à divers tremplins télévisuels (outre leur talent naturel).

Profondeur

Sur scène, Sam Breton aime alimenter ses « histoires » de « sujets qui ne t’enlignent pas nécessairement sur du gros rire ». voire de thèmes carrément « tabou », comme le suicide. Il aime aussi livrer, en connaissance de cause, des opinions personnelles pour lesquelles les gens ont tendance à se braquer — « comme le fait que je ne veux pas d’enfant ». Un choix que Sam Breton sait ne pas faire l’unanimité, mais qu’il « assume », en acceptant d’être régulièrement « confronté au jugement des autres ».

Il ne rechigne pas à placer « des gags jugés vulgaires ou faciles », ni à recourir aux sacres. Si l’envie lui vient de mimer un chien pendant une bonne minute, histoire de « mettre un petit grain de sable dans le spectacle », il se lâche lousse.

Sam Breton sera en spectacle à la Maison de la culture de Gatineau cette année.

Il ne recule pas devant la possibilité de provoquer un « malaise » — même s’il ne semble guère apprécier la « provocation gratuite ».

« Ma face, mon énergie de kid, y’a quelque chose de très ‘familial’. On dirait que le public me pardonne énormément de trucs », tout comme on est enclin à pardonner une bêtise commise par son enfant, constate-t-il.

Mais ses écarts de langage ne doivent pas détourner l’attention du public de l’objectif second d’Au pic pis à pelle, qui est de « faire réfléchir ».

« Au début de la période de rodage, il y a plus d’un an, je [cherchais beaucoup] à faire rire sans arrêt, avec des choses simples. Puis, on dirait que la maturité a embarqué : j’ai réalisé que je ne voulais pas profiter de cette tribune sans ajouter un peu de profondeur. Je me suis donc mis à réécrire des trucs et à me lancer des défis. »

Ce numéro sur le suicide « m’a donné beaucoup de fil à retordre. J’ai dû en [tester] 60 versions différentes devant public. La ligne est mince entre ce qui fait rire et ce qui fait grincer des dents. Parfois, c’est juste un mot de trop, un détail ou une image trop précise, et je me rendais compte que je dépassais la ‘limite psychologique’ des spectateurs. »

« Sur le moment, tu veux revenir en arrière... mais il est trop tard. » Alors, tu retournes à l’écriture. Tu retouches. «Des fois, tu réévalues même la pertinence» du numéro au complet, dit-il.

« C’est un show d’humour, pas une conférence : je devrais-tu l’enlever ? Ça m’a mis en beau tabarnane. Finalement, j’ai fini par trouver le bon dosage », explique celui qui s’implique dans la cause contre le suicide. Il a d’ailleurs créé le gala Sébastien Bouchard, qui porte le nom d’un ami qui s’était enlevé la vie à 19 ans.

Ce sketch qui « brise les stéréotypes »est devenu un « incontournable », constate-t-il en lisant les nombreux commentaires qu’on lui adresse « en privé », pour partager sa joie et sa peine mêlées, autour d’expériences liées au suicide de proches.

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POUR Y ALLER

Quand ? 28 février (à guichets fermés)

En supplémentaire les 21 mars et 25 novembre à 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements: 819-243-2525 ; salleodyssee.ca

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UN HOMME SANS INFLUENCES

Ne souhaitant être associé ou «comparé» ni à Louis-José Houde, dont il partage le débit, ni aux autres «raconteurs» que sont Simon Leblanc ou Jean-Marc Parent, Sam Breton se revendique à part, quand on l’interroge sur ses éventuels maîtres à penser.

«J’aime quelque chose dans chacun des humoristes, mais je n’ai pas “d’influences” proprement dites. Je souligne dans ma tête tel aspect ou tel truc que j’aime d’eux. J’aime reconnaître les forces de chacun, pour [évaluer] si j’ai moi aussi cette corde-là et si je l’utilise assez ou pas. »

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SAM BRETON EN AUTOPORTRAIT

Le Droit : Quel genre de gars est Sam Breton ?

Sam Breton : Je suis un gars intense. Avec moi, c’est blanc ou noir, j’aime ou je déteste, il n’y a pas de milieu. Je suis un amoureux intense, un passionné ; d’ailleurs, je n’ai eu que deux relations, dans ma vie. Des histoires à long terme. Et puis je suis un gars de détail. Il faut que tout soit rangé, droit, tight, bien placé.


LD : Quels sont tes passe-temps ?

S.B. : Je suis un passionné de hockey. Je joue au hockey et je suis le hockey. Pas juste le Canadien de Montréal, mais plein d’équipes.


LD : Tes trois grandes qualités ?

S.B. : La confiance : j’ai confiance en moi et en mes moyens ; Je sais que ça sonne prétentieux. La résilience : rien ne peut me jeter à terre, je suis toujours en train d’avancer. La rigueur : j’ai énormément de rigueur. Et je m’entoure de gens qui sont comme moi, rigoureux et consciencieux.


LD : Tes trois défauts ?

S.B. : Je suis très impatient et un peu têtu. [...] Je suis parfois arrogant. Avec moi, c’est “qui s’y frotte s’y pique”. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds, et j’ai la réplique facile, alors, des fois, je peux dépasser les limites. Il faut que je fasse un peu attention à mes commentaires, parce que j’ai la gâchette facile. Mais quand je m’aperçois que je suis blessant, je m’excuse aussi rapidement.


LD : Ton animal fétiche ?

S.B. : J’en ai bien trop pour n’en nommer rien qu’un... Seigneur ! Mon animal totem ? Le lion. [...] Mon animal préféré ? Le classique : le chien, meilleur ami de l’homme. J’ai un akita inu bringé, quasiment tigré ; mon chien, c’est un prolongement de mon bonheur. Peu importe la race, [les chiens] ont chacun leur façon de voir, leurs qualités et leurs défauts, et j’aime connecter avec eux, dans une sorte de zoothérapie. Ça te ramène à la base et au présent. 


LD : Ton pire cauchemar — éveillé ou endormi ?

S.B. : Que le public arrête de me suivre. L’humour, c’est ma vie, mon sang. Si tu m’enlevais la scène, ouillayaye ! Je ne sais pas comment je m’en sortirais... Ça me ferait mal, pas possible !


LD : Ton émission favorite, outre celles auxquelles tu as participé (Salut, Bonjour, Code G et Code F) ?

S.B. : En ce moment, je suis sur un trip : je réécoute toutes ces émissions que j’écoutais, plus jeune, comme Radio Enfer et Dans une galaxie près de chez vous. Je suis un grand fan de Tout le monde en parle, ça me tient à l’affût de ce qui se passe. Et avec ma blonde, on écoute L’Amour est dans le pré.


LD : Ton sacre favori ?

S.B. : Le bon vieux «tab***k», lourd en bouche, avec un «k» à la fin. On ne se trompe pas avec ça !


LD : Ta drogue favorite ou ton vice caché ? 

S.B. : C’est le chocolat. J’en ai déjà fait une dépendance, quand j’étais à l’École nationale de l’humour : je buvais de très gros verres de Quick en poudre, 6 ou 8 par jour. J’ai pris plus de 20 livres, cette année-là. Alors j’ai décidé d’arrêter... faque, j’avais des faiblesses et des étourdissements : mon corps réclamait ses 8 000 calories par jour. Aujourd’hui, je suis sobre.


LD : Qu’est-ce qui te fait bondir, que tu ne tolères pas ? 

S.B. : La fermeture d’esprit. Je ne supporte pas ceux qui n’acceptent pas d’écouter le point de vue d’un autre. Ça vient me chercher, t’as pas idée. Les gens bornés, les “je me moi” ça me fâche, quelque chose de rare !


LD : Quel crime pourrais-tu commettre ?

S.B. : Si on faisait du mal à ma famille, je pense que mes fils pourraient se toucher. Je pense qu’on serait tous prêts à tuer, si quelqu’un touchait à ton enfant, ta mère, tes parents. Je crois qu’on aurait tous la frustration et la colère pour nous donner avoir envie d’aller éliminer [quiconque s’en prendrait à] notre famille.