Fred Pellerin en compagnie du maire de Saint-Élie-de-Caxton, Réjean Audet et du président du comité du RE-150e, Robert Gauthier, lors du lancement de la programmation du RE-150e.

Saint-Élie-de-fiertés

La série documentaire télévisée Saint-Élie-de-Légendes — qui met en scène les authentiques villageois de Caxton tout en tissant des liens avec les légendes dont Fred Pellerin s’est inspiré pour reconstruire ce village fantasmagorique — est repartie pour une deuxième saison à l’antenne de Radio-Canada (les lundis, 20 h, jusqu’au 11 décembre).

« Il y a 20 ans, ces histoires-là » – « étaient perçues comme aliénation, une sorte de folklorisation honteuse [à Saint-Élie]. C’était des trucs qu’on se racontait les soirs où mon père disait Venez, on va jouer aux cartes ! » alors qu’on a jamais eu de jeu de cartes chez nous. Mais les gens se rassemblaient pour se parler. Moi, toute mon enfance est remplie de souvenirs de ces soirées où tout le monde se parlait et se racontait les histoires du village. Ces soirées n’avaient aucune prétention conteuse ou poétique. Quand, à 16 ou 17 ans, j’allais questionner les vieux pour qu’ils me disent ou me redisent “Le canot volant”, ou “Le Diable beau danseur”, dès qu’ils comprenaient que je voulais utiliser cette matière-là et que j’allais peut-être les nommer, ils me disaient : Nonnonnon ! C’est pas vrai ! C’est des vieilles histoires ! Ça vient de gens qui savaient pas qu’on avait inventé l’avion ! » Jusqu’au jour où on a vu les retombées et les applaudissements. Là, on s’est rendu compte que c’était pas une pauvreté que d’avoir vu passer le canot. Qu’on était dans le merveilleux. Que ça avait une valeur. Que ces histoires, il fallait les dire et les redire et les dire encore. Maintenant, c’est devenu une source de fierté. Elles habitent la bouche et l’imaginaire des gens du village. »

Et on imagine mal ce qui pourrait faire plus plaisir à Fred Pellerin que cette source de fierté... collective.

Surtout que « l’affaire » a désormais pris « des proportions hallucinantes », à présent que ces villageois de chair, de sang et de fiction sont désormais connus, appréciés et réimaginés dans l’ensemble de la francophonie, depuis Paris jusqu’aux Antilles.

« Les gens reconnaissent Méo partout. Fâque, finalement, le barbier a peut-être sévi bien plus qu’on le pensait », lance Fred Pellerin sur un ton malicieux.

DU FLOU DANS LA FRONTIÈRE CAXTONIENNE

YB : Au-delà de l’évidence caxtonienne, à quel village Fred Pellerin appartient-il ?

Fred Pellerin : Il y a le Saint-Élie de Caxton réel, géographique, celui qu’on retrouve dans une liste de payeurs de taxes ou un recensement. C’est le dedans. Mais le dedans déborde. C’est-à-dire que les contours d’un Caxton fou, dynamique, citoyen, engagé, partant, souriant, penchant du bord lumineux et voulant de belles choses... ce Caxton-là n’a pas vraiment les mêmes frontières précises. [...] Il y a ce Caxton élargi. [...] J’ai des amis qui habitent à Charrette, le village voisin... et je les tolère très bien [il pouffe de rire]. Il y a quelque chose [de plus global], une vie, un quotidien, un voisinage. Et moi, j’appartiendrais à ce village-là, qui se manifeste très très régulièrement. »

YB : qui se manifeste... hors du conte...

FP : – Bien sûr ! Les contes ne sont qu’un symptôme [rire]. C’est la partie visible. Bon, le reste aussi est visible, mais il faut être rapproché. C’est un travail de microscopie. Mais le jour où mes contes s’arrêtent, le Caxton continue [d’exister]. Alors que l’inverse serait peut-être faux...»